
Coup de cœur de la rédaction Le 19 septembre 2026
Dans un futur traversé par les mémoires du passé, Fara et Francis s’aiment, se blessent et restent pourtant liés l’un à l’autre. À travers ce couple, allégorie de l’Afrique et de la France, Léonora Miano interroge les héritages du colonialisme, les rapports de domination et ouvre une brèche vers une possible réconciliation.
Au XXIIe siècle, Fara et Francis s’aiment mal. Elle, héritière de la Nubia, est une femme libre, souveraine, accomplie lors de sa rencontre avec Francis. Lui vacille, se relève grâce à elle, puis retombe dans ses égarements. Intense, leur relation est faite de désir brûlant, de disputes orageuses et de tendresse. La séparation est pourtant impensable pour ce couple en crise, comme si un secret ancien les retenait ensemble.
À travers ces figures, allégories de l’Afrique et de la France, Léonora Miano interroge la domination, celle universelle des sexes comme celle des empires, héritée du colonialisme. À l’heure où les identitarismes se font face et la fraternité semble inatteignable, elle fait entendre - comme dans le reste de son œuvre littéraire dont Révélation Red in blue trilogie accueilli à La Colline en 2018 - une réalité plus complexe et profonde. Avec cette première mise en scène, qui emprunte parfois au cabaret et invente les esthétiques africaines du futur, Léonora Miano brise les silences et ouvre la possibilité d’une issue apaisée et émancipatrice pour tous.
Elle [la pièce, ndlr] est née d’une question que je travaille depuis longtemps : comment poursuivre, dans des conditions lumineuses et fécondes, une histoire qui a mal commencé ? Entre l’Afrique francophone et la France, il y a un passé d’une grande violence mais aussi un attachement. C’est ce lien trouble, dérangeant, parfois impossible à dire publiquement, qui m’intéresse.Aujourd’hui, les discours entre l’Afrique et la France sont souvent faits d’aigreurs, d’accusations, de promesses de rupture. Il me semble pourtant que cette rupture n’est réellement souhaitée ni d’un côté ni de l’autre. Le problème de fond n’est pas seulement politique : il est aussi affectif. C’est cet attachement mutuel, mal assumé, que j’ai voulu mettre au jour, pour voir si une issue rédemptrice, émancipatrice pour tous, peut être envisagée.
[…]
Le couple permet de déplacer le regard. Il donne un visage, un corps, une voix à des rapports historiques et politiques qui, autrement, peuvent rester abstraits. Les questions de pouvoir, de dépendance, d’humiliation ou de tendresse deviennent immédiatement sensibles. Fara et Francis ne sont donc pas seulement deux personnages : ce qu’ils incarnent est plus vaste. Leur relation est toxique, mais elle n’est pas dépourvue d’attachement. Elle est faite de conflits, de désir, de dettes, de blessures anciennes. De l’extérieur, elle peut sembler incompréhensible ; de l’intérieur, elle est complexe. Chacun semble savoir de l’autre quelque chose qui n’apparaît que dans l’intimité. Il fallait toutefois que la fiction reste première. On doit pouvoir suivre Redemption Song comme une histoire d’amour, d’argent, de désir et de pouvoir dans un milieu de grands bourgeois. Francis est compromis dans une grave affaire, liée à Bruce, et sait que cela peut provoquer la colère de Fara. Le conflit éclate, réveille d’anciennes blessures, et pose une question simple : ce couple peut-il encore survivre ? L’allégorie politique est là, mais elle ne doit pas écraser les personnages.
Léonora Miano
Le premier degré est sans grand intérêt. Le second contient le message politique mais manque de clarté. D’une part, il n’est pas toujours aisé de faire le lien entre la pièce et tel ou tel événement de l’histoire de l’Afrique si on ne connait pas celle-ci parfaitement; d’autre part, le message sur une réconciliation affective entre Europe et Afrique n’est pas vraiment étayé. Heureusement, le spectacle dure moins qu’annoncé mais la première heure semble très longue. Pas facile de passer son temps à essayer de trouver le message caché derrière chaque phrase ou chaque action. Un peu frustrant d’aller voir une pièce qui nécessite pour être comprise qu’on maitrise déjà suffisamment le sujet pour ne pas avoir besoin d’aller la voir.
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Le premier degré est sans grand intérêt. Le second contient le message politique mais manque de clarté. D’une part, il n’est pas toujours aisé de faire le lien entre la pièce et tel ou tel événement de l’histoire de l’Afrique si on ne connait pas celle-ci parfaitement; d’autre part, le message sur une réconciliation affective entre Europe et Afrique n’est pas vraiment étayé. Heureusement, le spectacle dure moins qu’annoncé mais la première heure semble très longue. Pas facile de passer son temps à essayer de trouver le message caché derrière chaque phrase ou chaque action. Un peu frustrant d’aller voir une pièce qui nécessite pour être comprise qu’on maitrise déjà suffisamment le sujet pour ne pas avoir besoin d’aller la voir.
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