
Muni de son seul violon, un jeune soldat rentre chez lui en permission. Mais en chemin, il se laisse séduire par les promesses du diable, si bien qu’à son arrivée, tout le monde l’a oublié. Spectacle en français et anglais, surtitré en français et anglais
Spectacle en français et anglais, surtitré en français et anglais
La fortune lui rendra-t-elle le bonheur ? Bloqué en Suisse pendant la Première Guerre mondiale, Igor Stravinsky se rappelle un conte russe d’Afanassiev, Le Déserteur et le Diable, pour écrire avec Charles-Ferdinand Ramuz une œuvre mêlant musique et récit, L’Histoire du soldat.
Inspirés par la légende du joueur de flûte, George Benjamin et Martin Crimp signent ensuite Into the Little Hill, leur premier opéra, où deux chanteuses interprètent les personnages avec virtuosité et intensité.
L'Opéra-Comique s’associe au Théâtre de Gennevilliers pour présenter ces deux œuvres dans une approche commune, portée par une mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, afin de (re)découvrir la portée poétique de ces contes musicaux.
Presque un siècle, deux guerres mondiales et la mutation extrême de nos modes de vie en ce début de XXe siècle, séparent L’Histoire du Soldat d’Into the Little Hill… Mais deux contes, textes immémoriaux venus de la nuit des temps, les rapprochent. Comme si d’un côté Ramuz et Stravinsky, et de l’autre Crimp et Benjamin, avaient ressenti le besoin, pour comprendre leur moment d’histoire et créer une œuvre qui lui fassent écho, de s’appuyer sur des fictions ayant traversé le temps et l’espace. Des œuvres populaires et rassurantes, capables de parler aux adultes comme aux enfants, avec lesquelles on peut jouer, réinterpréter, et les faire scintiller comme des pierres précieuses dans un rayon de lumière. Stravinsky comme Benjamin inventent une musique nouvelle à partir de ces légendes. Là est sans doute le fondement du désir de les faire cohabiter sur scène, de les mettre en tension, de les faire se regarder l’une l’autre.
Dans L’Histoire du Soldat, œuvre maintes fois mise en scène, nous avons essayé, sous les couches de lectures imprégnées de folklore, de retrouver l’os, l’image primitive : la solitude d’un jeune soldat, pris dans une guerre qui le dépasse, lancé sur les routes à une époque où il ne pouvait guère connaître plus que les limites de son village. La solitude du marcheur, l’innocence de la jeunesse emportée dans le tourbillon de L’Histoire. Certes le diable le tente, certes une narratrice l’observe avec distance et malice, mais c’est cette solitude, confrontée aux épreuves, obligée de changer de siècle à toute vitesse, qui nous importe et nous intéresse. Comment construire sa conscience dans un monde confus et plein de tentations, comment conquérir son destin quand des forces démesurées vous emportent et menacent de vous détruire ?
Dans Into the little hill, relecture de la légende du joueur de flûte de Hamelin des frères Grimm, deux jeunes femmes alternant les rôles mettent en scène la figure d’un ministre qui, cédant à la pression populaire au mépris de ses propres convictions, ordonne l’extermination de « rats » envahissant la ville. Ces rats, dans la relecture très politique et crue de Martin Crimp, s’avèrent être des familles d’étrangers avec leurs enfants, des migrants, des réfugiés… Depuis la création de l’œuvre en 2006, la prémonition de Martin Crimp n’a cessé de se confirmer. Les deux protagonistes apparaissent aujourd’hui comme deux
activistes défendant les droits humains dans une semi-clandestinité, construisant un récit parodique pour dénoncer avec violence les dérives contemporaines affectant les démocraties occidentales.
Ces deux œuvres, malgré leur commune cruauté, induisent des esthétiques et des expressions radicalement différentes, tant musicalement que scéniquement. Nous ne souhaitons pas les « lisser » ou les homogénéiser, nous essaierons de pousser le contraste entre elles au maximum, de les faire résonner avec les outils et les images d’aujourd’hui en espérant que chacune à sa façon mais avec humour, sincérité et vitalité, éclaire notre présent troublé.
Marie-Christine Soma et Daniel Jeanneteau
41, avenue des Grésillons 92230 Gennevilliers
Voiture : Porte de Clichy, direction Clichy-centre. Tout de suite à gauche après le Pont de Clichy, direction Asnières-centre.
A 86 Sortie Paris Porte Pouchet. Au premier feu tourner à droite, avenue des Grésillons.