
Pour la création de cette lecture Les Murmures de l’âme, Isabelle Adjani a choisi des auteur(e)s dont les textes font principalement écho aux réalités du féminin – sa condition, son exception – de la toute jeune fille à la femme : Françoise Sagan, Marguerite Duras, Anne Dufourmantelle, Camille Laurens, Patrice Chéreau...
J’ai découvert le monde de la « lecture » assez récemment. Il m’était relativement étranger. Non pas en tant que spectatrice mais comme comédienne. J’ai ressenti là un plaisir d’une nature inconnue. Je lisais du Racine, ou encore du Duras… Ce fut comme une révélation, qui a produit une exaltation nouvelle. On rentre dans le texte, ça se fait de façon vibratoire, entre le frémissement qu’il y a dans l’écoute du public et le frémissement de la diction. C’est son écoute qui vous guide. Et c’est si inattendu de sentir les gens à ce point captifs sur une voix seule, parfois seulement accompagnée, mais subtilement, de musiques. Ces lectures demeurent des moments à la fois éphémères et inoubliables. Elles s’inscrivent en nous pour toujours. Quand je parle de textes qui m’ont traversée comme ça, je n’apporte aucune preuve au public, juste mon enthousiasme. Je trouve cela très beau, et cela rejoint quelque part une tradition orale. Si le public n’était pas là, je n’existerais pas. Alors que si je ne suis pas là, il continue d’exister !... On ne peut pas jouer sans public. Quand je suis moi-même spectatrice au théâtre, j’attends qu’il se passe quelque chose en moi, qu’on me transmette un désir, une émotion, une réflexion ou qu’on modifie ma pensée, qu’on me révèle quelque chose de moi face au monde.
Un public qui vient vous voir, c’est un public qui vous offre sa confiance, pour qu’au moins un peu de ce moment d’échange fasse une différence. Qu’il permette de pénétrer une autre réalité qui met entre parenthèses la vie quotidienne. Ce sont des moments précieux.
Peut-on vivre sans ? Je ne crois pas.
Pour la création de cette lecture Les Murmures de l’Âme, les choix se sont portés vers des auteur(e)s dont les textes font principalement écho aux réalités du féminin – sa condition, son exception – de la toute jeune fille à la femme. Il y a aussi l’amour personnel et de toujours de l’écriture à travers ces choix. Françoise Sagan, Marguerite Duras, Anne Dufourmantelle, Camille Laurens, Patrice Chéreau... et d’autres s’invitent à chaque nouvelle représentation comme des compagnons de vie indéfectibles que j’aime infiniment retrouver. Ils ont en commun une intelligence, une acuité mentale hors normes, une sensibilité certainement surdéveloppée. J’ai eu l’immense chance de rencontrer certains d’eux et même pour certains de travailler avec eux, pour eux. Ce sont des artistes et des êtres d’exception qui ont structuré ma pensée, mon être tout entier.
Isabelle Adjani
216 boulevard Raspail 75014 Paris