Impromptu 1663

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Théâtre Suresnes - Jean Vilar , Suresnes

Du 06 au 08 octobre 2017
Durée : 2 heures

CONTEMPORAIN

,

Pièce historique

L’histoire théâtrale a retenu « l’affaire Tartuffe », un peu moins la querelle de « l’École des femmes », qui pourtant permit à Molière de répondre à ses détracteurs, non par un texte théorique, mais par deux courtes comédies en prose, révélatrices de la puissance qu’il accorde à l’écriture dramatique et au genre comique, porteur de la jeunesse et réplique à toutes les critiques.
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Spectacle terminé depuis le 08 octobre 2017

 

Photos & vidéos

Impromptu 1663

Mise en scène

Clément Hervieu-Léger

Avec

James Borniche

,

Jean Chevalier

,

Louise Chevillotte

,

Manon Chircen

,

Marceau Deschamps-Ségura

,

Charlie Fabert

,

Maïa Foucault

,

Florent Hu

,

Hugues Jourdain

,

Pia Lagrange

,

Joseph Menez

,

Asja Nadjar

,

Isis Ravel

,

Morganne Real

,

Roxanne Roux

,

Alexiane Torres

  • L'affaire « l’École des femmes »

L’histoire théâtrale a retenu « l’affaire Tartuffe », un peu moins la querelle de « l’École des femmes », qui pourtant permit à Molière de répondre à ses détracteurs, non par un texte théorique, mais par deux courtes comédies en prose, révélatrices de la puissance qu’il accorde à l’écriture dramatique et au genre comique, porteur de la jeunesse et réplique à toutes les critiques.

De cette impertinence élégante, Clément Hervieu-Léger a choisi de faire le terrain d’expression de dix-sept jeunes comédiens, tout droit sortis du Conservatoire National d’Art dramatique, instance suprême, qui les destine à une carrière brillante. C’est dans ce tourbillon, fait de cette Critique de l’École des Femmes, de l’Impromptu de Versailles et de deux autres pièces de Molière que les comédiens exprimeront leur inextinguible foi dans le Théâtre, une foi faite de doutes et de folles espérances.

« Avec L’Impromptu, Molière pousse plus loin encore son obsession du naturel et fait voler en éclats la notion même de rôle ou de personnage. Il s’agit maintenant pour l’acteur de figurer « qu’il est ce qu’il représente ». » Clément Hervieu-Léger

  • Note d'intention

6 janvier 1663. La troupe de Molière joue L’École des femmes en présence du roi. En dépit des critiques dont la pièce fait l’objet depuis quelques semaines, la représentation reçoit un accueil triomphal. Louis XIV, conquis, accorde à la troupe une gratification royale. Mais le succès, d’où qu’il vienne, n’a jamais fait taire les jaloux.

Au mois de février, Donneau de Visé publie Les Nouvelles nouvelles dans lesquelles il s’en prend violemment à Molière et à ses œuvres. L’École des femmes est l’objet d’attaques virulentes. Ses détracteurs lui reprochent ses manquements formels (non observance des règles classiques, absence d’action comme de sujet) mais ils accusent encore davantage son auteur de se livrer là à des satires personnelles. Chacun croit se reconnaître derrière le masque tombé de tel ou tel personnage. C’est la cabale des délicats.

Molière annonce alors qu’il répondra à ses censeurs par une « petite comédie », « une dissertation faite en dialogue ». Le 1er juin, il présente ainsi La Critique de l’École des femmes, pièce en un acte et en prose mettant en scène des spectateurs conversant à l’issue d’une représentation de ladite pièce. Il inaugure, ce faisant, un genre dramatique nouveau, celui de la « sortie de théâtre », que reprendront après lui Gogol, Valentin, Dubillard ou Grumberg. Mais cette réponse de Molière ne suffit à calmer ses ennemis. Donneau de Visé, Boursault, Pierre et Thomas Corneille se déchainent de plus belle. La querelle est à son acmé. Au blâme de sa pièce succèdent maintenant les attaques en règle sur sa vie privée.

Fin septembre, les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne jouent Le Portrait du peintre ou la Contre-critique de l’École des femmes de Boursault. La pièce multiplie les allusions scabreuses à la vie sentimentale de Molière en s’en prenant notamment, de manière particulièrement obscène, à Madeleine Béjart. Une fois encore, le patron de l’Illustre Théâtre ne désarme pas et choisit de répondre aux insultes par le théâtre.

Le 14 septembre 1663, à l’invitation du roi, il crée une nouvelle pièce en un acte et en prose : L’Impromptu de Versailles. Molière s’y met en scène dans son propre rôle répétant avec les acteurs de sa troupe. D’autres l’imiteront, de Pirandello à Lagarce. Il y parodie le jeu de l’Hôtel de Bourgogne, réplique avec mépris à Boursault, prie ses adversaires de rester dans les bornes de la décence et annonce qu’il se taira désormais.

« L’affaire Tartuffe », qui éclatera l’année suivante, a eu tendance à nous faire oublier quelque peu l’importance de la querelle de L’École des femmes dans notre histoire littéraire et théâtrale. Le choix que fait Molière de répondre à ses détracteurs, non par un texte théorique (ce qu’il fera avec les placets du « Tartuffe »), mais par deux courtes comédies en prose est révélateur de la puissance qu’il accorde à l’écriture dramatique et plus précisément au genre comique. Le théâtre nous parle de nous, à nous, ici et maintenant.

Molière initie là une véritable révolution théâtrale. Ainsi l’année 1663 représente, sans conteste, un tournant décisif dans la construction de l’acteur moderne. Avec « La Critique », Molière invente le théâtre en temps réel : rien ne se passe en dehors du plateau. Avec L’Impromptu, il pousse plus loin encore son obsession du naturel et fait voler en éclats la notion même de rôle ou de personnage. Il s’agit maintenant pour l’acteur de se figurer « qu’il est ce qu’il représente ».

Quatre siècles plus tard, notre obsession reste la même. Et nul mieux que Molière n’a pu, je crois, raconter avec tant de justesse l’inextinguible foi dans le théâtre qui anime dix-sept jeunes comédiens à l’heure de quitter l’école. Une foi faite de doutes et de folles espérances.

Clément Hervieu-Léger

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