Illusions perdues

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Espace 1789 , Saint-Ouen

Du 30 au 31 janvier 2020
Durée : 2 heures environ

CLASSIQUE

,

Sélection Evénement

Pauline Bayle adapte le grand roman de Balzac. Dans une théâtralité brute et simple, six acteurs et actrices s'emparent de la trentaine de personnages et mettent à nu les aspérités et les failles de l'âme humaine.
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Illusions perdues

De

Honoré de Balzac

Mise en scène

Pauline Bayle

Avec

Hélène Chevalier

,

Florent Dorin

,

Alex Fondja

,

Charlotte Van Bervesseles

  • Le roman de la désillusion face au monde capitaliste

Après Iliade et Odyssée d'après Homère présentés au Théâtre de la Bastille en janvier 2018 et Chanson douce de Leïla Slimani à la Comédie-Française en 2019, Illusions perdues de Balzac sera la quatrième œuvre littéraire adaptée au théâtre par Pauline Bayle.

L'adaptation des textes d'Homère révélait l'origine orale du récit, la flamboyance de l'épopée, l'universalité et l'éternité des mythes, mais aussi la variété des parcours initiatiques. Illusions perdues offre, quant à lui, une puissante oralité des dialogues, glisse du sublime au sordide et met à nu les aspérités et les failles de l'âme humaine.

Tout individu a des aspirations multiples qu'il confronte à la réalité de son époque. De ce choc naît une force capable de mettre en marche et de bousculer le monde et les hommes. Dans Illusions perdues, c'est l'ambition, liée à un féroce appétit d'amour, de gloire et d'argent qui jouera ce rôle. L'auteur dévoile les rouages de cette dynamique à travers les intrigues, les luttes et les échecs de chacun des personnages qui trouvent et prouvent leur force en affrontant les aléas souvent cruels des rapports sociaux.

La Restauration et la monarchie de Juillet ont vu la naissance d'une nouvelle bourgeoisie triomphante ayant pour principal souci de faire de l'argent. Lucien de Rubempré en est l'exemple même et, à travers son ascension puis sa déchéance, illustre parfaitement ce que Georg Lukács nommera la « capitalisation de l'esprit », et que Balzac résumait par : « Dis-moi ce que tu as, je te dirai ce que tu penses ».

Dans une théâtralité brute et simple, signature des mises en scène de Pauline Bayle, six acteurs et actrices s'emparent de la trentaine de personnages qui peuplent le roman. Ils ont pour arme la véritable polyphonie de langages qu'invente Balzac pour raconter son siècle, mêlant à l'argot un lexique propre à la ténébreuse psychologie des intrigants, liés chacun à un groupe social bien spécifique. Ainsi soulagés des archétypes de la représentation romantique, les interprètes mettent en lumière l'étonnante manière dont l'action s'amorce et se développe. Dans un espace scénique basculant de deux à quatre dimensions, la vétusté mesquine d'Angoulême – d'où vient Lucien – s'effacera peu à peu pour laisser place aux lumières éblouissantes de l'ogresse capitale qu'est Paris.

« Pour être aimé, ne quittez jamais votre maîtresse sans l'avoir fait pleurer un peu ; pour faire fortune en littérature, blessez toujours tout le monde, même vos amis, faites pleurer les amours propres : tout le monde vous caressera. » Illusions perdues, Hector Merlin à Lucien de Rubempré.

Christophe Pineau

  • Note d'intention

Si l’ambition est le centre névralgique de La Comédie Humaine, dans Illusions perdues elle est le moteur de l'intrigue. Le temps du récit étant avant tout celui de l’action, le style de cette œuvre est différent, comme animé d’une énergie sauvage. Cette dramaturgie ancrée dans l’instant fait de ce roman une épopée plus qu’une tragédieoù les héros jouent en permanence leur avenir, où les possibles restent ouverts afin que l’histoire puisse déployertoute son ampleur. Déchiré entre toutes ces opportunités, tiraillé par des forces contraires, Lucien présente une personnalité mobile, aux convictions morales sans cesse remises en cause par son désir de parvenir. C'est d'ailleurs cette versatilité qui le rend fragile, touchant, compréhensible et énigmatique.

Dans cette adaptation, les acteurs s'attacheront à la manière dont ils font avancer l’action en mettant en exergue cette versatilité des identités, en incarnant la multiplicité des points de vue, en montrant la prééminence du milieu social et la manière dont les circonstances déterminent les individus, leurs sentiments et leurs convictions.La construction en oxymore du roman : l’apprentissage, la mise en œuvre et finalement la corruption, se traduira par une évolution de l’espace scénique au cours de la représentation.

  • Les Illusions perdues et la capitalisation des esprits

«(...) Balzac, dans son œuvre d'une ampleur incroyable, saisit toutes les étapes du développement capitaliste français à son démarrage. Il en photographie, par exemple, la conséquence pour l'ancienne classe dirigeante, telle que condensée dans cette exclamation d'une Duchesse : « Vous êtes donc fous ici... Vous voulez rester au XVème siècle alors que nous sommes au XIXème ? Mes chers enfants, il n'y a plus de noblesse, il n'y a plus que de l'aristocratie. »

(...)(...) Les Illusions perdues inventent le roman de la désillusion face au monde capitaliste, comme Don Quichotte fut le roman de la désillusion du chevalier face au monde moderne émergeant. Préparé par Le Rouge et le Noir, ou Les Confessions d'un enfant du siècle, Balzac part lui aussi de cette idée d'une première génération bourgeoise, héroïque, qui renversa l'ancien régime, et qui laisse derrière elle le vide post napoléonien. Les idéalistes cèdent la place aux spéculateurs. La Restauration puis la monarchie de Juillet signent le triomphe d'une bourgeoisie qui passe désormais aux choses sérieuses : faire de l'argent.

(...)(...) Les Illusions perdues abordent la transformation de la littérature en marchandise. Balzac en explore toutes les étapes (de la fabrication du papier à l'édition, mais aussi la condition du journaliste et de l'écrivain) et en montre l'abjection. Le personnage de Lucien de Rubempré, qui combine aptitude poétique et vide intérieur, est propice à montrer tous les aspects de cette capitalisation de l'esprit, et de la visiter à travers un parcours d'ascension et de déchéance. Balzac abolit le hasard en transformant tous les événements fortuits en nécessité. Chaque accident est l'expression d'une profonde nécessité sociale. Tout détail se ramène à la totalité, comme les costumes provinciaux de Lucien vite immettables à Paris. Le lien entre l'individuel et le social, ou plutôt leur dialectique profonde et insécable, ne trouvent pas meilleurs peintres que Balzac (...)»

Georg Lukács

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