Comparution immédiate, une justice sociale ?

Théâtre du Rond-Point , Paris

Du 27 septembre au 22 octobre 2017
Durée : 1h15

CONTEMPORAIN

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Coups de coeur

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Documentaire

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Sélection Evénement

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Sélection Pièce d'actualité

Bruno Ricci incarne avec justesse accusés, juges, procureurs, avocats ou victimes des audiences croquées par la journaliste Dominique Simonnot. Critique des dysfonctionnements de la justice, portraits d'êtres à la dérive, poèmes de détenus, Michel Didym met en scène la triste comédie humaine des pauvres gens.
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Spectacle terminé depuis le 22 octobre 2017

 

Photos & vidéos

Comparution immédiate, une justice sociale ?

De

Dominique Simonnot

Mise en scène

Michel Didym

Avec

Bruno Ricci

« Justice en France, une loterie nationale. »

  • La scène en prétoire

Pays des droits de l’homme ou pas, la justice peut s’avérer expéditive. Un abattage lors des comparutions immédiates : un quart d’heure pour juger un suspect, lui éviter la détention et empêcher qu’il croupisse en préventive. Manque de moyens, lourdeurs administratives, précipitations et les cas s’enchaînent. Le détenu est relâché ou il intègre le monde carcéral. À tort ou à raison. À l’ombre, dans la réclusion, Jean Genet, Sade, Wilde ou Casanova ont signé des pages lumineuses. Hors de la prison, la journaliste Dominique Simonnot a écrit pour Libération puis Le Canard enchaîné des chroniques judiciaires savoureuses, Carnets de justice ou Coups de barre.

Comédien de cinéma et de télévision, Bruno Ricci entre en scène avec ce matériel, théâtre documentaire, propos recueillis lors des audiences de différents tribunaux. C’est la justice ordinaire qu’il donne à voir et à entendre. Policiers, avocats, procureurs, juges et prévenus, paroles authentiques, mêlées à celles des poètes des prisons.

Après avoir rassemblé en 2013, au Rond-Point, Romane et Richard Bohringer dans J’avais un beau ballon rouge, Michel Didym met en scène les paroles d’hommes et de femmes comparaissant devant un tribunal correctionnel. Il invente une scène théâtrale transformée en prétoire qui permet au public de juger à son tour la justice de son pays.

  • La presse

« Portrait incisif et décapant d’une institution à bout de souffle. Bruno Ricci avance en funambule adroit sur le fil de la distanciation, entre incarnation et commentaire. » Catherine Robert, La Terrasse, 2 octobre 2017

« Un spectacle lumineux et sans faille. Bruno Ricci, subtil et épatant incarne tous les personnages avec une vérité et un engagement qui nous aimantent. » Marina da Silva, l’Humanité, 2 octobre 2017

« C'est féroce. On rit beaucoup. Mais ce n'est pas bêtement destructeur. Il n'y a que de l'humanité, de part et d'autre. Parfois, une lettre est glissée. Lettre venue de prison. Aussi bouleversante qu'éloquente. » Armelle Héliot, Le Figaro, 28 septembre 2017

« l'acteur est très subtil, très touchant, joue en finesse, ne passe jamais en force, donne toute leur chance aux mots, à la vérité des mots. » Jean-Luc Porquet, Le canard enchaîné, 4 octobre 2017

  • Note d'intention

La Justice est une affaire sérieuse semée d’embûches, de règles, de codes, de procédures qui s’apparentent à des fausses pistes et des chausse-trappes. Et même si son exercice est périlleux ; il s’apparente parfois à une comédie.

La Justice demeure un marqueur de l’état d’une démocratie, elle en est son thermomètre. De cela, nous en convenons tous, pourtant la Justice n’est pas la même sur la totalité du territoire français. Chaque parquet est différent et juge différemment le même délit. Il est à noter aussi qu’un juge, empli des meilleures intentions, ne se comporte pas de la même façon à 9h du matin ou à 21h30 après une journée marathon d’audiences. « Justice en France, une loterie nationale », avait justement titré Dominique Simonnot dans un ouvrage qui constatait qu’entre Bobigny et Draguignan le territoire finissait par « déteindre » sur les magistrats. La Justice devenant une affaire de terroir. Vaut-il mieux être jugé à Lille ou à Bordeaux ? Le même crime pouvant être puni d’un an ferme ou de trois mois avec sursis. C’est selon. Les avocats commis d’office sont payés au forfait, récupèrent les dossiers à la dernière minute et découvrent en pleine audience l’étendue des problèmes.

La Justice est affaire de classe !

Faite au départ pour empêcher les prévenus de croupir en préventive, la comparution immédiate remplit-elle véritablement sa fonction ? Il est fondamental aussi de noter l’extrême lassitude des personnels de justice. Les moyens toujours restreints qui leurs sont alloués arrivent en retard, les interprètes ne sont plus payés, les experts non plus. On frise la saturation. La Justice est parfois à la limite du burn-out. Les dégâts humains sont énormes. Les conséquences irréparables.

Michel Didym

  • Extrait

Tribunal de Paris

Après le délibéré, une ribambelle attend dans le box et le président s’emmêle gravement. Deux mois sans mandat de dépôt annonce-t-il à José qui sourit :
- « Oh merci président ».
- « Six mois ferme » colle-t-il à Houari, un toxico qui dort debout.
Mais tout à coup, il consulte sa pile de dossiers, regarde Houari :
- « Qui êtes-vous ? Le 5 ou le 3 ? Où est le 5 ? »
- « C’est celui qui vient de sortir » chuchotent les assesseurs gênés, « Vous lui avez mis la peine du 3 ! ».
Le juge rectifie la peine de Houari :
- « Vous c’est deux mois, sans mandat de dépôt !
- « Oh, merci ! Oh vous êtes un ange ! »
Le juge glousse et ordonne :
- « Faites remonter le 5 ! ».
José revient.
- « Vous, c’est six mois ferme ! »
- « Je comprends rien... Je sors pas ce soir ? »
- « On vous avait pris pour un autre ! Vous c’est six mois ! »
(MARTEAU)
Pourquoi s’excuser, hein ?

Avis du public : Comparution immédiate, une justice sociale ?

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Isabelle D. (1 avis) 19 septembre 2017

un tableau plein de couleurs et nuances sur l'univers de la justice, qui interroge sans blamer, constate sans condamner. Interprétation remarquable.
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S X. (144 avis) 04 octobre 2017

Un très bon spectacle ! Les "coups de barre" lus dans le canard enchaîné sont incarnés - malgré le propos plutôt désespérant - avec drôlerie par le comédien, et heureusement contrebalancés par les lettres poétiques de détenu(e)s. C'est très humain, pas du tout manichéen, et ouvre la réflexion...
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