Bunker

Malakoff (92)

du 14 au 15 octobre 2026 2h30

Bunker

CONTEMPORAIN Société Offre adhérent 34,5 €

Dans ce huis clos d’anticipation créé au Festival d’Avignon 2026 avec le cinéaste Matthieu Bareyre, la metteuse en scène Marion Siéfert déploie sa théâtralité baroque et cherche ce qui est la source du poème : la rencontre de la parole et du silence. À partir de 15 ans.

Bunker - Photographies

À partir de 15 ans.

  • Un huis clos d'anticipation

Dans une France à +5°C, Paul, le PDG d’un grand groupe pétrochimique, s’est réfugié avec sa fille dans le bunker de luxe qu’il s’est fait construire. Depuis son antre, cet homme augmenté d’implants neuronaux continue de gérer à distance ses affaires. Tout irait pour le mieux pour lui si sa fille Ami ne s’était pas enfermée depuis quelques jours dans un profond mutisme…

Dans ce huis clos d’anticipation créé au Festival d’Avignon 2026 avec le cinéaste Matthieu Bareyre, la metteuse en scène Marion Siéfert déploie sa théâtralité baroque et cherche ce qui est la source du poème : la rencontre de la parole et du silence.

  • Note d'intention

France 2026 : alors que le pays étouffe sous une canicule qui dure, à la mi-juillet, depuis deux mois, les ultrariches de ce monde se construisent des igloos intérieurs. Bunker nait de la volonté de mettre en scène les responsables de la destruction du vivant, de les exposer, dans leur trivialité, leur quotidien et leurs pulsions. Non pas comme des « grands de ce monde » ou des forces invincibles, mais dans leur humanité bien trop humaine, alors même que leur projet est de s’en extirper. Loin d’être une extravagance, le bunker est le lieu où se manifeste, de la façon la plus évidente, l’idéologie séparatiste d’une classe dominante extractiviste, protégée par les lois actuelles et le totem du libre marché.

Entrer dans ce bunker, c’est avant tout entrer dans une maison. Nous avons voulu éviter les codes et les attendus de la science-fiction, et montrer très concrètement le quotidien de ce père, de cette fille et de cette grand-mère. Le spectateur se retrouve alors face à une famille, avec ses habitudes aberrantes vécues et présentées comme tout à fait normales, ses violences psychologiques, ses liens d’amour étouffants. Nous avons choisi de regarder la famille comme le lieu d’exercice d’un pouvoir, dans sa réalité matérielle avec, en son cœur, la question de l’héritage, un des leviers majeurs de perpétuation des classes dominantes.

Pourquoi aucune pièce ou film ne racontent, précisément, les responsabilités dans l’écocide actuel de Christophe de Margerie, de Patrick Pouyanné ou des PDG successifs de General Motors ? Avec cette pièce, nous avons voulu montrer les coupables dans l’étendue quotidienne et secrète de leur médiocrité morale, dans leurs pulsions vitales d’autoconservation comme dans leur destin de mort. L’art peut, entre autres, servir à ça. Toute la fragilité de Paul, notre personnage principal, est celle propre à l’hypermasculinité blanche, « pétromasculinité » dirait Cara New Daggett, qui se venge sur son entourage et la nature de ne jamais parvenir à réaliser
l’idéal de puissance qu’il promeut. Paul pourrait sans doute être regardé comme une exagération, une caricature, mais après deux ans de recherches sur les ultras-riches, nous y voyons davantage une synthèse atténuée d’une élite décadente dont le délire dangereux culmine chaque jour toujours davantage. Notre fiction est sans aucun doute bien loin de la cruauté qui vient.

Toute une esthétique romantique présente le mal comme un mystère insondable, une sorte d’entité métaphysique qui agirait à distance, presque dans le dos des individus. Nous voulions au contraire regarder les responsables de la mort du vivant dans leur réalité matérielle, sociale et prosaïque. Si nous devons croire encore à quelque chose, c’est pour notre part à un art qui nous ramène au sol raboteux de la réalité, qui ne se trouve pas de bonnes raisons de ne pas empoigner le tissu poisseux des responsabilités et des compromissions, qu’elles soient celles des grands magnats comme notre Paul ou des « petits chefs » qu’évoquait le réalisateur Emmanuel Marre lors de son discours à Cannes. 150 ans d’extraction pétrolière pourraient au moins nous servir à comprendre que le mal qui nous brûle n’a rien d’un mystère qui nous dépasse et que sa régénération perpétuelle est assurée par nos besoins en stocks fossiles. Elle a lieu tous les jours en continu à l'abri de nos entrepôts et de nos docks automatisés, au nom du « doux commerce » tant loué depuis Montesquieu.

Afin de sortir des rengaines jumelles du catastrophisme et de l’impuissance, nous avons eu envie de nous servir de cette pièce pour se demander comment tenir face à tout cela ; comment résister, de l’intérieur, dans un monde que nous n’avons pas choisi et dont nous héritons. En cela, Bunker s’adresse en priorité, comme tout ce que nous avons fait avant, à la jeunesse. La pièce ne propose aucun manuel mais explore sous une forme fictionnelle un petit système de relations humaines, à partir de ce qui fonde le théâtre et ce qui nous relie en tant que société. Elle place en son cœur le langage, dans tout ce qu’il a de réversible : à la fois force destructrice et salvatrice, puissance et impuissance, ensemble de signes qui tient notre identité mais dont la multiplication peut devenir parfaitement vaine. Face à son utilisation perverse, le personnage d’Ami réaffirme la puissance du silence choisi, force intimement liée à notre corps, à sa pesanteur, à sa lenteur et à son rythme immaîtrisable.

C’est pour nous, le temps d’une pièce, laisser le corps reprendre les droits que ce monde nous enlève peu à peu, ses besoins fondamentaux : penser, écouter, respirer, danser, aimer.

C’est, le temps d’une pièce, éprouver ce que nous ressentons comme une évidence, jetée là : aujourd’hui, la chose la plus subversive que nous puissions faire, c’est décélérer.

Matthieu Bareyre et Marion Siéfert, juillet 2026

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Informations pratiques - Malakoff scène nationale – Théâtre 71

Malakoff scène nationale – Théâtre 71

3, place du 11 Novembre 92240 Malakoff

Accès handicapé (sous conditions) Bar Grand Paris Hauts-de-Seine Librairie/boutique Restaurant Vestiaire
  • Métro : Malakoff - Plateau de Vanves à 272 m (13)
  • Bus : Hôtel de Ville à 129 m, Victor Hugo à 149 m, Plateau de Vanves à 231 m, Pierre Larousse - Carrefour du 8 Mai 1945 à 301 m, Adolphe Pinard à 394 m
  • Voiture : Périphérique, sortie Porte de Vanves ou Porte Brancion puis direction Malakoff Centre-ville.

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Malakoff scène nationale – Théâtre 71
3, place du 11 Novembre 92240 Malakoff
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