
Thomas Bernhard, un trouble-fête ? - C'est lui qui l'écrit. Bien calé au fond du fauteuil à oreilles, il espionne, scrute, dissèque les invités de ce « dîner artistique » dans la Gentzgasse à Vienne. Énorme caricature qui déclenche les rires.
Thomas Bernhard, un trouble-fête ? - C'est lui qui l'écrit. Bien calé au fond du fauteuil à oreilles, il espionne, scrute, dissèque les invités de ce « dîner artistique » dans la Gentzgasse à Vienne. Énorme caricature qui déclenche les rires.
Mais le grand inquisiteur se remet lui-même en question : « Je hais ces gens mais je suis quand même forcé de les aimer ». - C'est lui qui l'écrit. Il n'est pas à une contradiction près. Son irritation c'est sa thérapie. De ces gens il a besoin. Ils sont son punching-ball.
Le fauteuil à oreilles est au centre de la scène. L’écrivain (interprété par Robert Plagnol) est dans le fauteuil à oreilles. Seul. C’est son poste d’observation. Seul, comme Edgar dans son phare (Danse de mort de Strindberg). Il scrute, il débusque, ceux qui entrent dans l’appartement des Auersberger, les invités. Lui-même s’est rendu, malgré lui, à ce « dîner artistique ».
Les invités on ne les voit pas, ce sont des ombres projetées dans le décor, on entend leur brouhaha. Ils prennent vie quand il les nomme, il tire à bout portant sur eux, la caricature est énorme, déclenche le rire. Mais derrière le rire il y a, cachée, autre chose…. Le grand inquisiteur se remet lui-même en cause. Son irritation c’est une thérapie en direct – elle s’applique d’abord à lui – il parle directement au public, son témoin. L’implacable portraitiste se révèle. Il s’échappe à grandes enjambées du « dîner artistique ». Sur le Ring désert, il se baigne dans la nuit ; il court, court et court tant qu’il peut pour se délivrer.
Ne lâche-t-il pas : « ces gens sont quand même les meilleurs pour moi […] Je maudis ces gens mais je suis quand même forcé de les aimer. »
Il n’est pas à une contradiction près. Il a besoin d’eux, ils sont son punching-ball, ils lui sont nécessaires, indispensables. Il existe contre eux. Le défilé des invités est un échantillon du genre humain, de la faune artistique et intellectuelle, artificielle, corrompue…. La mise en scène se concentre autour du fauteuil à oreilles, une ronde infernale, ridicule si comique et émouvante quand le vieil acteur du Burgtheatre prononce et répète comme une litanie : des arbres à abattre. Dans la pièce : La Société de chasse dont j’ai réalisé la mise en scène en 1991 il est aussi question d’arbres à abattre. Des arbres malades du bostryche, malades comme l’humanité. C’est la purification par la nature.
Jean-Louis Thamin
31, rue de la Gaîté 75014 Paris