Le silence et la peur

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Théâtre de la Bastille , Paris

Du 20 au 29 avril 2020
Durée : 2 heures

CONTEMPORAIN

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Biopic

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En langue étrangère

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In English

David Geselson a entrepris une recherche documentaire, mêlant biographies et documents historiques, avec une équipe afro-américaine et française. Ils font apparaître une figure de Nina Simone à la vie tragique et grandiose, héritière de quatre siècles d'histoire coloniale. Spectacle en français et en anglais surtitré en français.
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Photos & vidéos

Le silence et la peur

De

David Geselson

Mise en scène

David Geselson

Avec

Dee Beasnael

,

Laure Mathis

,

Elios Noël

,

Kim Sullivan

Spectacle en français et en anglais surtitré en français.

  • Notre héritage occidental

David Geselson aime raconter des histoires… La sienne, avec En route-Kaddish présenté en 2015 au Théâtre de la Bastille, celle d'autres qui lui ressemblent un peu, comme dans Doreen accueilli en 2017 et en 2019, et cette fois celle d’une étrangère, Nina Simone.

Comment représenter cette femme noire américaine, à la vie tragique et grandiose, héritière de quatre siècles d'histoire coloniale ? Comment écrire ce qui nous est commun, d'elle à nous ou d’un bout à l’autre de l’Atlantique ? David Geselson a partagé cette recherche documentaire, mêlant biographies et documents historiques, avec une équipe afro-américaine et française. En commun, ils font apparaître une figure de Nina Simone, les fantômes des blessures, des silences, transmis depuis la conquête meurtrière du « Nouveau-Continent », faisant aujourd'hui partie de notre héritage occidental.

Elsa Kedadouche

Par la compagnie Lieux-Dits.

  • Note d'intention

La vie de Nina Simone est une traversée terrible et sublime, une épopée de 70 ans qui se termine dans une solitude presque totale, en France en 2003, à Carry-le-Rouet. C’est à la fois l’histoire d’une quête intime éperdue pour la reconnaissance et celle d’une lutte politique vitale qui résonne aujourd’hui encore. Figure tragique d’une révolte, Nina Simone, presque trop connue pour que l’on puisse s’en approcher, est sans doute irreprésentable sur un plateau de théâtre. Jouer une Nina Simone, faire chanter comme Nina Simone, est un pari risqué : on sera toujours pâle à côté du réel.

Pourtant il y a là quelque chose d’infiniment attirant. Non contente d’avoir vécu une vie épique, de l’enfant prodige effrontée de Tryon dans le fin fond de la Caroline du Nord, à la star américaine de show business devenant l’une des voix du mouvement afro-américain de lutte pour les droits civiques, Nina Simone côtoie aussi l’histoire des plus grandes figures du Mouvement : de Martin Luther King à James Baldwin, en passant par Stokely Carmichael (1er ministre des Black Panthers en 1968), à Langston Hugues. Elle est aussi malgré elle l’héritière directe d’une bonne partie de l’histoire des États-Unis : arrière arrière-petite-fille d’une amérindienne mariée à un esclave noir africain, elle porte en elle quatre siècles d’histoire coloniale. En racontant son histoire, c'est aussi le récit de la conquête meurtrière des Amériques par les différents empires occidentaux (espagnols, portugais, anglais, hollandais et français) à partir du XVème siècle qui est évoqué, et ce faisant, une partie de l’histoire des afro-américains, dont les tragiques destinées sont chevillées à la conquête du « Nouveau Monde ».

De l’arrivée de Christophe Colomb aux Bahamas, au chef Skyuka massacré avec sa tribu amérindienne dans l’actuelle Caroline du Nord, en passant par l’histoire des africains-américains victimes de l’esclavage, la pièce tente, à travers l’histoire de cette femme, de raconter et d’interroger ainsi une partie de notre histoire et de notre héritage occidental contemporain.

Le projet interroge et donne à voir, à ressentir, ce que la peur (de l'autre) peut faire taire. Comment la peur d’être détruit parce que l’on est ce que l’on est, diffuse dans les corps et les esprits de ceux qui la subissent des cicatrices indélébiles, et qui se transmettent, génération après génération ? Européens, occidentaux, nous sommes les héritiers de ces blessures, infligées ou subies. Victimes ou bourreaux, nos histoires sont le fruit des bouleversements provoqués par le développement des empires qui deviendront plus tard l’Europe sur les terres habitées des Amériques à partir du XVème siècle.

Comment faire récit commun ? Quelle légitimité pour ce faire ? Raconter l’intimité de Nina Simone est une tentative de lire une part des cicatrices et des combats de l’Histoire à travers la vie d’un individu. Le faire depuis le seul point de vue français, blanc, serait une erreur majeure. Il ne s’agit pas là de s’approprier une histoire qui n’est pas nôtre, celle des africains-américains, mais plutôt de tenter de faire communauté. De faire se rencontrer les protagonistes héritiers de deux histoires aux conséquences bien différentes, et tenter de construire, au-delà des cicatrices laissées par nos aïeux, un lieu commun : celui d’un théâtre qui fait revivre les morts pour construire un lien entre les vivants.

À l’heure où les questions d’appropriation culturelle deviennent un enjeu important pour les artistes de théâtre comme de cinéma, une équipe a été constituée pour plonger de plain-pied dans la grande Histoire, une équipe forte des expériences et des histoires de chacun, de chaque côté de l’Atlantique. Pour raconter ces histoires, pour approcher quelque chose de ce que Nina Simone porte en elle, il a été indispensable de travailler avec des artistes afro-américains. L’équipe artistique est donc construite sur la rencontre entre deux mondes, deux héritages, deux façons de travailler : franco-européen et afro-américain. Après une première session de travail en juillet 2018 à New-York à la Harlem Stage, la compagnie Lieux-dits a proposé à trois artistes afro-américains de se lancer dans l’écriture et la construction du projet. Aussi, le spectacle est à la fois en anglais et en français.

Dans la lignée de ses précédents projets, Doreen et En Route-Kaddish, David Geselson compose à plusieurs mains une forme construite à partir de documents réels et d’éléments historiques. Les biographies, autobiographies, récits intimes et l’histoire américaine servent de base de travail. Il s’agit ainsi de faire exister dans une fiction travaillée par la grande Histoire (notamment les luttes livrées entre 1945 et 1970 par des figures du Mouvement des droits civiques comme Malcolm X, Martin Luther King, Angela Davis... afin de mettre un terme à la ségrégation raciale) ce qui habite Nina Simone, ceux qui l’ont accompagnée sa vie durant, et ses fantômes, comme différentes facettes d’une pierre que l’on ne pourrait jamais embrasser d’un même regard, pour, peut-être, transcendant les peurs et les silences de l’histoire, proposer un lieu commun où se reconnaître.

« Cinquante années passées dans la peau de Nina Simone m’ont fait oublier mon nom. Et c’est une drôle de chose, à la fin, que de devoir porter un nom qui n’a jamais été le sien. Pour vivre un destin qui n’était pas le sien. » Nina Simone

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