
L’Odeur des tissus propose de poser un regard empathique et amusé sur une communauté dont l'entente est toujours en tension. À partir de 12 ans
À partir de 12 ans
Tout se passe dans une résidence destinée à des femmes. Sept pensionnaires y cultivent gaiement leur faculté d’émerveillement avec l’aide de Claudia, la dévouée directrice. Réunies à l’écart de la société, Modeste, Clara, Sorana, Babou, Noé, Phillys et Paulette prennent le temps de se reconstruire. Elles forment un ensemble drôle et enjoué, entre retraite spirituelle et utopie politique. Au travers d’activités manuelles, artistiques, ou encore par la pratique de la discussion, elles s’essayent, tant bien que mal, à l’art de la joie.
Dans L’Odeur des tissus aucune dispute n’éclate réellement, aucun drame n’advient, les mini accidents de la vie normale du groupe finissent toujours par s’effacer devant la tendresse extrême que ces femmes veulent se donner les unes aux autres. On chante, on se dit des haïkus, c’est ridicule, ça ne ressemble à rien qui existe. Cette non-histoire, cette incongruité miraculeuse me touche par la poésie inattendue et en fait très burlesque qui s’y déploie. Un danger court silencieusement dans les tous petits détails, comme un diable prêt à pulvériser le fragile équilibre de cette utopie. Malgré notre besoin de conflit, notre attente avide de péripéties, la pièce déplace malicieusement notre attention vers les interstices, elle invite à regarder les petites choses, celles qui n’ont jamais la place d’honneur : comment se passer un thermos de thé, préparer une table, se faire une bise pour la nuit, disposer un pot de fleur. Au moyen clownesque d’une politesse de tous les instants, ces femmes tentent de préserver la paix qu’elles partagent. Cet effort inexplicable maintenu jusqu’au bout, c’est ça qui est spectaculaire. C’est la force et la folie de la pièce.
Marion Duphil
159 avenue Gambetta 75020 Paris