Cyrano de Bergerac

Théâtre de la Porte Saint-Martin , Paris

Du 02 février au 29 mai 2016
Durée : 2h30

CLASSIQUE

,

Coups de coeur

,

Molières 2014

,

Tête d'affiche

Après son triomphe à l'Odéon et en tournée, la mise en scène audacieuse de Dominique Pitoiset arrive à la Porte Saint-Martin. Elle laisse la part belle à l'émotion et à l'élégance de grands acteurs, parmi lesquels le remarquable Philippe Torreton dans le rôle-titre. A réserver sans tarder !
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Spectacle terminé depuis le 29 mai 2016

 

Photos & vidéos

Cyrano de Bergerac

De

Edmond Rostand

Mise en scène

Dominique Pitoiset

Avec

Hervé Briaux

,

Adrien Cauchetier

,

Antoine Cholet

,

Patrice Costa

,

Gilles Fisseau

,

Yveline Hamon

,

Jean-François Lapalus

,

Bruno Ouzeau

,

Tristan Robin

,

Julie-Anne Roth

,

Philippe Torreton

,

Luc Tremblais

,

Martine Vandeville

Molière 2014 du Comédien dans un spectacle de théâtre public : Philippe Torreton

  • Faire naître un peu de beauté

Après sa création à Rennes et une tournée triomphale dans toute la France, voici enfin à Paris l’homme au panache comme vous ne l’avez jamais vu !

Dans l’imaginaire collectif, s’il est une créature dont la silhouette de cape, d’épée, de plume paraissait fixée pour l’éternité, c’est bien Cyrano. Et puis arrive un jour où un artiste se penche sur un texte qui, a priori, ne lui paraissait pas destiné, y reconnaît des motifs qui l’intéressent depuis toujours, y dégage scène par scène une cohérence nouvelle… Dominique Pitoiset, dans son travail, s’est souvent fondé sur une dramaturgie du corps souffrant, capturé dans la cage de scène comme en une boîte d’entomologiste  : on n’a pas oublié à l’Odéon le Prospero aveugle de sa Tempête, et le Willy Loman de sa Mort d’un commis voyageur revivait toute la pièce dont il est le protagoniste en un seul long flash-back où se déchaînait sa confusion mentale.

Son Cyrano relève de la même vision. Enfermé dans un asile, il porte dès les premières minutes la plaie à la tête qu’il ne reçoit d’ordinaire qu’au dernier acte. Toute l’intrigue n’est peut-être que le délire d’un homme seul, une histoire qu’il parvient à faire partager comme un jeu à ses camarades de détention, pour faire naître un peu de beauté dans leur existence affreuse.

Pitoiset est parti de l’intuition que Cyrano voulait être ce qu’il est, ne cessait jamais de se hisser, de gageure en gageure, à la hauteur de l’identité qu’il s’était rêvée. Il est en somme le premier à se prendre pour Cyrano. Et il fait tout pour en persuader le reste du monde, qui finalement ne demande pas mieux : c’est tellement distrayant, et même pratique, de côtoyer un gaillard assez fou pour défier les puissants et se battre au besoin à un contre « oh ! pas tout à fait cent »… Au fond, si le nez de ce Cyrano-là n'existait pas, il l’aurait inventé, cet accessoire indispensable à la construction de son idéal de soi, cet appendice obscène bien fait pour l’astreindre à tenir sans jamais faiblir son rôle de provocateur paranoïaque, contraint de surmonter à force d’esprit l’horreur du corps.

Et ça marche : ce Cyrano qui se bâtit ainsi sous nos yeux, nous l’accompagnons, nous y croyons, nous nous laissons conquérir, emportés par sa force et sa poésie. Décidément, Cyrano ne sera plus jamais comme avant. Pitoiset a largement gagné son pari – et avec lui Philippe Torreton, qui tient là l’un de ses plus grands rôles.

« J'errais dans un méandre ;
J'avais trop de partis,
trop compliqués, à prendre ;
J'ai pris...
Lequel ?
Mais le plus simple,
et de beaucoup :
J'ai décidé d'être
admirable, en tout,
pour tout ! »

  • La presse

« (...) le spectacle ne déroute pas longtemps et emporte peu à peu le spectateur dans une étrange et forte émotion. (...) Au milieu d'eux, Philippe Torreton relève l'un des plus beaux défis de sa carrière. (...) Mais cet internement de Cyrano chez les fous, c'est une idée de dingue, exécutée avec une raison et une tendresse confondantes. » Gilles Costaz, Le Point, 17 février 2013

« Tout Cyrano est un homme qui souffre. La tradition veut que cela soit avec panache. Chez Philippe Torreton, le panache porte un très beau nom : l'élégance. On s'incline. » Brigitte Salino, Le Monde, 25 février 2013

« En transformant ainsi l’espace de jeu en hospice, voire en hôpital psychiatrique, le metteur en scéne Dominique Pitoiset offre une vision nouvelle de Cyrano de Bergerac. Il y a du culot et ça n’est pas en vain. (… ) Autre audace : choisir Philippe Torreton, pour incarner ce rôle-titre, mi-historique, mi-légendaire, d’écrivain capitaine frondeur, fier et libre. L’acteur incarne un Cyrano voyou et chevaleresque, mais fragile aussi. Il est un acteur mûr jouant un personage fatigué qui reverdit. » Télérama, Emmanuelle Bouchez. Avril 2013

« Avec flegme et sang-froid, Philippe Torreton maîtrise la vigueur du rimeur et bretteur des Cadets de Gascogne. Un Cyrano imprévu qui tient bien la route. » Véronique Hotte, La Terrasse, 2 mars 2013

« Torreton réussit le pari de faire resplendir le grand théâtre d'Edmond Rostand. On admire la vaillance et la finesse sans faille de son jeu très physique, concret toujours, et celle de ce qu'on nomme diction, terme bien impropre ici tant Torreton est chez lui avec l'alexandrin. » Odile Quirot, Le Nouvel obs, 17 février 2013

« Sa prestance, sa justesse, sa diction, son sens de la dérision, sa joie à jouer le décalage et sa folie transfigurent tout. Une prestation rare. » L’Express

« Une vision originale et pertinente, portée par un excellent Philippe Torreton » Le Figaroscope

« Un Cyrano inattendu, à qui le public fait un triomphe » Le Monde

« Avec Philippe Torreton dans le rôle-titre, c'est dément. Et convaincant » Le Point

« Du grand art » Télérama

« Philippe Torreton, magistral dans le rôle-titre » La Croix

« Emouvant, formidable ! » Le Nouvel Obs

« Fabuleux » Paris Match

« Cette mise en scène singulière fait mouche sur l’humanité de Cyrano. » La Terrasse

  • Extrait

LE BRET, désolé, redescendant, les bras au ciel.
Ah ! dans quels jolis draps...
CYRANO
Oh ! toi ! tu vas grogner !
LE BRET
Enfin, tu conviendras
Qu'assassiner toujours la chance passagère,
Devient exagéré.
CYRANO
Hé bien oui, j'exagère !
LE BRET, triomphant
Ah !
CYRANO
Mais pour le principe, et pour l'exemple aussi,
Je trouve qu'il est bon d'exagérer ainsi.
LE BRET
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire...
CYRANO
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci !

Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac, acte II, scène 8

  • Note du metteur en scène

Cyrano me fait penser à mon cher Alceste. Voilà un homme qui ne transige pas et qui dit toujours ce qu’il pense, quoi qu’il lui en coûte – carrière, succès, ou tout simplement sécurité. Et Rostand a soin de nous montrer que la compromission peut prendre des formes très insidieuses. Cyrano s’abstient, bien sûr, de faire activement sa cour auprès des puissants. C’est bien le moins. Mais son exigence va plus loin. Même quand les puissants font le premier pas, il préfère refuser la main qu’ils lui tendent. D’où l’autre grande tirade, moins célèbre, mais non moins brillante que celle des nez. La tirade des « non, merci !» est une ode à la gloire de l’indépendance, de l’autarcie, au risque de la solitude : « Avoir un ventre usé par la marche ? [...] Non, merci. » Un ventre usé par la marche ! Quelle formule, et qui pourrait resservir tous les jours ! C’est d’une drôlerie et d’une virtuosité confondantes. Et tout est de cette veine. Difficile de savoir où arrêter la citation. Au dernier vers, peut-être, où toute la haute moralité de Cyrano se concentre en une maxime : «Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !» ?... La séduction de Cyrano est si éloquente qu’on risquerait de s’y laisser prendre, et l’on aurait vite fait de devenir misanthrope à son tour...

Cyrano exagère, il le sait et l’assume. Mais peut-être doit-il exagérer – car il est un artiste. S’il tient à « être seul, être libre », comme il le dit plus bas, c’est pour s’assurer un droit essentiel à ses yeux : « N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît ». C’est difficile, voire impossible. Mais pour lui, c’est vital. Telle est la première loi : ne pas exposer sa singularité, « ne pas être obligé d’en rien rendre à César ». Ainsi va Cyrano : ridicule, parfois, mais toujours fier d’avoir préservé son humble part personnelle. Nez au vent, tête haute. Même s’il en fait trop. Ainsi font les artistes : ils exagèrent. Mais c’est à ce prix – et bien souvent à leurs dépens – qu’ils peuvent aider autrui à s’arracher, au moins de temps à autre, aux puissances aliénantes qui travaillent toujours à nous dicter le sens de nos vies – un sens, comme par hasard, qu’elles disent unique.

Dominique Pitoiset

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Avis du public : Cyrano de Bergerac

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Amélie D. (4 avis) 04 avril 2016

mon Dieu quel gâchis ... que sont devenus les Gascons? pourquoi ce parti pris de les coller en asile de fous? Je suis blessée au plus profond de mes tripes par cette vulgarité et ce non-sens absolu: où sont les noblesses de cœur et l'accent gascons ?Pourquoi les fourrer dans un asile? sont-ils donc fous ? Pas dans l'esprit de l'auteur ni dans celui de l'âme gasconne... Pitié, ce besoin moderne de trouver du nouveau à tout prix, mais pas à n'importe quel prix.. L'intérêt de cette masturbation en public,même éphémère ? Non , décidément la mise en scène non seulement ne m'a pas séduit , mais me dégoûte. Les acteurs pourtant sont puissants , il est vrai... Il faudrait sans doute y venir en aveugle pour apprécier ... J'attends le Cyrano du Ranelagh pour me "rincer "les yeux...
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Raphaele M. (1 avis) 31 mars 2016

je vous hais Vous avez fait de Cyrano un puceau fou. On ne vois que son nez alors qu'il nous apprend la beauté . Il est enfermé alors qu'il nous apprend la liberté et a vivre seul . Je vous hais, vous donnez raison à Soral
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Marthe L. (4 avis) 21 mars 2016

Torreton fabuleux mise en scène désastreuse et seconds rôles palichons La pièce est portée par Torreton (les spectateurs sont venus pour lui mais ce n'est pas une raison).Situer l'action dans un hôpital psychiatrique n'apporte rien à la pièce et ne met pas en valeur le texte de Rostand. L'individu qui se masturbe tout au long ne fait ni "moderne" ni "profond", et ça devient vite crispant.C'est moche, comme le décor, comme les costumes sales, comme les acteurs inaudibles (sauf Torreton à la diction parfaite). Torreton est un superbe acteur, Rostand un auteur génial, ils méritaient mieux!!Dommage, dommage.
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ALAIN S. (5 avis) 20 mars 2016

Torreton sauve la soirée.. Torreton sauve la soirée. Mise en scène stupide, personnages glauques (le gars qui passe son temps à se tripoter durant la scène finale ... fallait oser!), une Roxane plus qu'improbable, un de Guiche présenté comme un débile libidineux, des seconds rôles dont on ne comprend rien à la diction (et j'étais au 6 éme rang ..!).... Mais .. Mais Il y a Torreton. A qui on troque le survetement de banlieue pour la tenue de Cyrano pour la scène finale .... Torreton ... rien à dire .... Il y a une totale maitrise du rôle. Très fort de sa part de faire oublier la médiocrité qui l'entoure.
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Aurélia T. (1 avis) 19 mars 2016

Torreton est excellent mais parvient difficilement à faire oublier l'absurdité et la vulgarité de cette mise en scène qui peine à se justifier elle-même...
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Christine B. (2 avis) 15 mars 2016

cyrano spectacle laid ,vulgaire ,sinistre ;mise en scène de pacotille ;texte totalement dénaturé: quiconque n'a jamais la piéce ne comprendra rien. Cyrano a perdu son panache;il ne reste plus que des vers de mirliton. Surtout ne pas y emmener des enfants. Seuls des adultes n'allant jamais au théâtre ont pu apprécier ce spectacle racoleur.
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Amélie D. (4 avis) 04 avril 2016

alors pourquoi avez-vous mis 5 étoiles ????
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Monique H. (3 avis) 10 mars 2016

Cyrano de Bergerac au Thêatre de la Porte Saint-Martin Le 6 mars 2016 Un chef d'oeuvre tourné en dérision ! Médiocrité de la mise en scène et des costumes ( où se mêlent tenues débraillées et quelques rares habits d'époque ) vulgarité de comportement de beaucoup d'acteurs , diction souvent inaudible , interprétation "moderne" dénaturant le texte . Seuls quelques passages du texte d'origine , globalement respecté , sauvent la mise . Mais tout est fait pour susciter la dérision , plutôt que l'admiration , loin de la grandeur d'un personnage , drapé de panache .
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Agnes A. (1 avis) 29 février 2016

Formidable et audacieux ! Cyrano de Bergerac, ça fait 40 ans qu'il me fait pleurer et qu'il m'enflamme. Mais joué par Torreton, ça devient du fanatisme!!! Et les acteurs qui l'accompagnent dans le monde de la folie enfermée créée par le metteur en scène sont tous hors pair ! Bravo,merci.
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Stéphanie H. (1 avis) 15 février 2016

Déconcertant mais fabuleux Une mise en scène déconcertante mais les acteurs sont excellents et le texte si fabuleux qu'on entre vite dans le jeu. A aller voir!!!
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Jackie O. (16 avis) 08 février 2016

un peu déconcertée, au début, par la mise en scène mais la prestation de Torreton a balayé cette impression : quelle finesse dans son jeu pour servir un texte aussi moderne. Merci
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