
Après La Vie invisible, Un sacre et Léviathan, ce spectacle de Lorraine de Sagazan est le quatrième volet d’une série qui, partant de l’observation des béances du système social contemporain, emploie les moyens symboliques et performatifs de la fiction pour tenter de répondre à ce réel. Déconseillé aux moins de 16 ans.
Images et propos à caractère pornographique / Violences sexuelles. Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.
Déconseillé aux moins de 16 ans
Chiens se présente comme une installation plastique et musicale.
Après La Vie invisible, Un sacre et Léviathan, ce spectacle est le quatrième volet d’une série qui, partant de l’observation des béances du système social contemporain, emploie les moyens symboliques et performatifs de la fiction pour tenter de répondre à ce réel.
Chiens s’appuie sur une importante affaire judiciaire, communément appelée « le procès du porno ». Celle-ci met en cause l’extrême violence de l’industrie pornographique majoritaire, banalisant des atteintes graves à la dignité humaine.
Le spectacle lui, embarrasse notre idéal de justice ainsi que l’organisation et le conditionnement du système pénal contemporain. Il interroge l’histoire de notre regard par le prisme de l’industrie pornographique, par-delà le bien et le mal.
Chiens tente de remettre au centre les victimes inaudibles d’un système de représentations et d’opérer des points de bascule. La confrontation oxymorique entre la forme liturgique de la musique et son dialogue avec la pornographie met la violence à nu, tourne la norme en ridicule, conteste, reprend possession de ses conflits confisqués, s’affranchit.
Organisé autour de deux cantates de Bach adaptées par Othman Louati, auxquelles s’ajoute une musique originale qu’il compose, Chiens met en scène un chœur hybride mêlé d’interprètes professionnels et amateurs accompagné par les musiciens de Miroirs Étendus.
Un crime est-il défini par le code pénal ou par la présence d’une victime ? Est-ce le code pénal qui réclame la justice ou la blessure et sa réparation ?
S’il est vrai que quelque chose comme la société existe, que nous sommes constitués par les relations et les groupes sociaux auxquelles nous appartenons, alors il nous faut accepter l’idée que nous sommes tous impliqués dans ce qui arrive à chacun d’entre nous. Énoncer une telle idée ne signifie pas adopter une position révolutionnaire ou insensée. C’est seulement tirer les conséquences de l’existence du monde social. Oublier la validité de cette proposition reviendrait à nier même l’idée de société. Le système de jugement est un système de dépolitisation, il inculque des catégories où il est solidaire du cadre de perception qui interdit la politisation de ce qui nous arrive, détourne notre attention, déstructure et par conséquent entrave les facultés de problématisation, de mobilisation et de protestation. Le système de responsabilité individuelle génère l’incapacité de se sentir responsable de ce qui arrive. L’image du monstre empêche les démarches de remise en question.
La zémiologie est une nouvelle discipline criminologique. Elle propose d’étudier les torts qui sont faits aux individus en raison de leur genre, de leur ethnie, de leur orientation sexuelle ou de leur âge mais aussi les torts qui peuvent être causés par la pollution, la pauvreté ou les conditions de travail. Plutôt que de penser le crime, elle pense la blessure.
Chiens tente de remettre au centre les victimes inaudibles d’un système de représentations générateur de violences et d’opérer des points de bascule. La confrontation oxymorique entre la forme liturgique et la pornographie met la violence à nu, tourne l’ordre en ridicule, force à reconnaître sa loi, conteste, reprend possession de ses conflits confisqués, s’affranchit. Ce n’est pas un aveu murmuré mais déployé à la lumière publique.
Contre le documentaire ou le témoignage : l’art comme force d’action. Je souhaite affirmer l’essence performative d’une œuvre : non pas représenter mais agir. Trouver un théâtre qui a la force originelle de l’action. Le rituel théâtral ne se substitue à rien, il possède pour moi une valeur en soi, il ajoute quelque chose. Il est un acte de pensée. Je revendique l’idée de l’art comme expérience. Kantor dit d’une œuvre d’art qu’elle ne doit pas être le reflet ou le miroir de la réalité véritable, mais son équivalent.
Lors d’une conférence au Cercle d’études architecturales donnée en 1967, Michel Foucault a théorisé le concept d’hétérotopie (Des espaces autres, 1967). L’hétérotopie désigne un lieu contre-utopique ayant le « pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles. » L’hétérotopie entraîne des différences de comportements, des écarts par rapport à la norme, allant même jusqu’à inventer de nouvelles normes. C’est un lieu sacré et réservé aux individus qui se trouvent en état de crise par rapport à la société dans laquelle ils vivent. Si l’utopie offre un idéal « sans lieu réel », l’hétérotopie, elle, correspond à un lieu réel. Ce spectacle en est une.
Lorraine de Sagazan
L'opposition entre la musique baroque à contemporaine - excellente - le jeu des acteurs et le récit glaçant qui se déroule sur l'écran au-dessus de la scène provoque un maelström de sensations et de réflexions. Bravo !
Réservé via Theatreonline
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L'opposition entre la musique baroque à contemporaine - excellente - le jeu des acteurs et le récit glaçant qui se déroule sur l'écran au-dessus de la scène provoque un maelström de sensations et de réflexions. Bravo !
Réservé via Theatreonline
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