
Cendrillon est le dernier opéra de Pauline Viardot, compositrice, pianiste et cantatrice, qui est l’une des grandes figures oubliées de la vie musicale française du XIXe siècle. Créé en 1904, l’ouvrage est une variation lumineuse du conte de Perrault, qui rend le destin de l’héroïne plus réaliste et plus humain sans altérer le merveilleux de l’histoire.
Il est remonté par la co[opéra]tive sous la direction de Bianca Chillemi, dans un arrangement pour ensemble de chambre signé Jérémie Arcache, qui conserve les lignes de la partition originale en lui donnant de nouvelles couleurs.
À la mise en scène, David Lescot - qui a également réécrit le livret - s’attache autant à faire ressentir la féerie, la drôlerie du récit d’enfance qu’une dimension plus sinueuse, cruelle, complexe, à travers la manière dont est évoqué le monde social, les âges de l’existence, le rôle du hasard dans nos vies.
S’il conserve les figures imposées du conte de Perrault (la jeune fille esclavagisée par ses sœurs, la fée arrivée en renfort, la citrouille transformée en carrosse, la pantoufle perdue qui permettra de retrouver l’inconnue du bal), la Cendrillon de Pauline Viardot comporte aussi des dimensions qui lui appartiennent en propre et qui en font l’originalité. Derrière la fantaisie, on y trouve une grande attention portée au thème social. Ici Cendrillon se consacre à recueillir les damnés de la terre. Son père, le baron de Pictordu, est un parvenu au passé louche, en proie à une mélancolie que lui inspire le souvenir de son ancien état. Le Prince, pour trouver chaussure à son pied, se déguise en mendiant, et il confiera, pendant le bal, son statut de Prince à son chambellan. Bref, tout bouge et personne n’est à sa place. Une sorte de cruauté, une curieuse inquiétude teintent l’œuvre, et révèlent que derrière le monde enchanté du conte se niche une conception de la vie et de l’état du monde plus trouble qu’il n’y paraît.
Lorsque j’avais adapté La princesse au petit pois pour l’Opéra Trois contes (2019), créé avec le compositeur Gérard Pesson, j’avais proposé six versions successives du récit originel d’Andersen, faisant varier sa forme, son issue et ses thèmes. C’est lors de cette création que j’ai fait la rencontre de Bianca Chillemi, avec qui j’ai construit une profonde affinité artistique, et qui partage avec moi le souhait de nouer d’emblée le projet musical, l’adaptation du livret et la réalisation scénique. Avec l’arrangeur Jérémie Arcache, nous avons tous les trois constamment travaillé ensemble à élaborer une adaptation où musique et texte soient soudés par un rythme et un souffle communs.
Les parties dialoguées de l’œuvre, devenues un peu désuètes, ont fait l’objet d’une pleine réécriture, et j’ai voulu donner à cette matière théâtrale une dimension musicale, toujours soutenue par les instruments, et située entre le parlé, le scandé et le chanté, comme de petites vignettes rythmiques qui sont aussi un élan, une rampe de lancement pour les morceaux lyriques. Avec l’équipe artistique qui m’accompagne depuis de longues années, (Alwyne de Dardel à la scénographie, Mariane Delayre aux costumes, Matthieu Durbec à la lumière, Serge Meyer à la vidéo), nous avons inventé un monde de fantaisie, celui de l’enfance, plein de drôlerie, mais où perce la vérité des rapports sociaux et des vérités humaines, des âges de l’existence, et du rôle du hasard dans nos vies.
Enfin, le projet lui-même consiste à inventer un dispositif scénique qui intègre les musiciens à la scène. Ce mélange, cette perméabilité, ce partage entre les interprètes, est une recherche que je poursuis depuis de longues années au fil des 5 créations musicales et théâtrales que j’ai pu mener. Elle est mon utopie de théâtre et d’opéra, et j’aimerais la voir réalisée ici. Cendrillon, enfin, telle que nous l’avons voulue, pourrait être un personnage de notre époque, une adolescente qui éprouve en allant au bal le vertige des premières fois. Elle observe le monde avec étonnement. Pourquoi chasse-t-on le pauvre, l’étranger, au lieu de l’accueillir ? Pourquoi les princes prennent-ils princesse, et pas l’inverse ? Ne serait-il pas temps de changer certaines de ces choses, et d’accomplir quelques révolutions, de manière douce mais ferme ?
David Lescot
Très belle énergie, costumes superbes, une belle mise en scène, c’est drôle et fin et en plus de très belles voix.
Réservé via Theatreonline
Pour 1 Notes
Très belle énergie, costumes superbes, une belle mise en scène, c’est drôle et fin et en plus de très belles voix.
Réservé via Theatreonline
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