
Le film de Jean Cocteau, adapté en opéra par Philip Glass. En s’appropriant à son tour ce conte, devenu un film, puis un opéra, la metteuse en scène Anne-Cécile Vandalem n’aura pas manqué de requestionner l’œuvre en général et le personnage de Belle en particulier.
Né en 1937, Philip Glass est, avec Steve Reich et Terry Riley, l’un des précurseurs de la musique minimaliste, un courant artistique né aux États-Unis au début des années soixante. Refusant toute forme d’assignation esthétique ou stylistique, il explore de nombreux genres et déplore la distinction entre la musique dite « savante » et la musique populaire. Pour autant – et malgré toutes les conventions qui le déterminent –, Philip Glass n’a pas renoncé à écrire de l’opéra. C’est ainsi qu’il créé Einstein on the Beach au Festival d’Avignon, en 1976. Fruit d’une étroite collaboration avec le metteur en scène Bob Wilson, cet opéra rompt avec la tradition, en bousculant les normes de la narration et de la composition.
Travaillant selon un cycle de trois œuvres, le compositeur choisit les scénarios de Jean Cocteau comme livrets, quand il entame sa nouvelle trilogie. Et le 4 juin 1994, au théâtre de la Maestranza de Séville, le public assiste à une adaptation de La Belle et la Bête sous une forme inédite : un opéra-cinéma. De la partition originale de Georges Auric, il ne reste plus rien. En effet, Philip Glass a décidé de synchroniser sa propre composition avec le film réalisé par Jean Cocteau, afin que le texte chanté soit aligné avec les lèvres des acteurs, au cours de la projection !
En s’appropriant à son tour ce conte, devenu un film, puis un opéra, la metteuse en scène Anne-Cécile Vandalem n’aura pas manqué de requestionner l’œuvre en général et le personnage de Belle en particulier. Dorénavant, c’est du point de vue de l’héroïne qu’est racontée cette histoire. Grâce à la caméra, sur scène, Anne-Cécile Vandalem met au point un dispositif offrant un regard critique sur l’histoire du cinéma et de la littérature. Sans jamais rien oblitérer de la fiction et du pouvoir de fascination qu’elle exerce sur le lecteur et le spectateur, la mise en scène a ici pour ambition d’augmenter et d’éclairer l’œil sur les rapports de domination entre masculin et féminin.
« À travers ce déplacement du point de vue, nous cherchons à libérer Belle du regard qui a été porté sur elle et à lui redonner son pouvoir : celui d’une femme qui, après avoir été objectivée, devient sujet. » Anne-Cécile Vandalem
1, place du Châtelet 75001 Paris