Une chambre au-dessus de la mer

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Théâtre de Poche-Montparnasse , Paris

Du 15 septembre au 18 octobre 2020
Durée : 1h15

CONTEMPORAIN

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Seul(e) en scène

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Tête d'affiche

Alain Vircondelet a réuni des textes de Marguerite Duras, centrés sur la ville de Trouville, où elle résidait. Sur une musique de Michel Legrand, Macha Méril incarne l'écrivaine à sa fenêtre, la mer, les soirs d’orage...
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Une chambre au-dessus de la mer

De

Marguerite Duras

Adaptation

Alain Vircondelet

Mise en scène

Stéphan Druet

Avec

Macha Méril

  • Une histoire de vie et de mort

« Comme sous la forme d’un journal, Marguerite Duras nous livre depuis son refuge de Trouville les sentiments, les secrets, les souvenirs, les rêves que lui inspire le spectacle de la mer, c’est l’histoire d’un « amour fou ». Ses lecteurs savent ces choses-là : quand elle parle d’elle, chacun se reconnaît. Je l’ai toujours lue certaine de ce pacte entre elle et les autres. Et comme les autres, j’ai tout retenu : parce que c’était elle, et que d’une certaine manière c’était aussi moi. » Macha Méril

« Ceci n’est pas une pièce de Marguerite Duras. Mais ce pourrait en être une aussi puisque tout a été écrit par elle, tiré d’une cinquantaine de sources, textes recueillis ici et là, dans l’œuvre mais encore dans ses conversations privées et publiques et cousus les uns aux autres. Trouville en est le motif majeur, et particulièrement le lieu de ce texte, plus justement celui de ses appartements situés au-dessus du vaste hall des Roches Noires dessiné par Mallet-Stevens et qu’elle appelait sa « chambre noire ». De sa fenêtre, la mer, les soirs d’orage, entrait avec violence et elle aimait par-dessus tout ces temps de fureur comme ceux aussi de calme, à l’aube comme au crépuscule.

Ces textes étaient donc capables en les nouant, en les liant entre eux, de former une nouvelle histoire, celle répétitive de la vie et de la mort, du désir et de la solitude, de la peur et du défi. Ils se sont imposés en effet, les uns aux autres et par une sorte de magie secrètement active, se sont coulés dans l’admirable musique de ses mots. Pour lire et jouer cet « autre » texte de Marguerite Duras, Macha Méril, magnifique, seule pour dire, comme une autre Winnie, celle de Oh ! Les beaux jours, les mots toujours recommencés d’une vie aux prises avec elle-même. »

« Le titre Une chambre au-dessus de la mer, repéré au détour d’une page, s’est présenté de lui-même. Dans une vidéo tournée par l’Ina, Duras, marchant le long de la plage de Trouville, déclare : " Il faut être dans un état d’écoute intense qui vous vient de l’extérieur. Tout vous arrive alors de tous les côtés. Ca vous arrive de vous, d’un autre, peu importe, mais ça vous arrive de l’extérieur. Ce qui vous arrive dessus, dans l’écrit, c’est la masse du vécu, tout simplement. (...) On est hanté par son vécu, il faut le laisser faire. " 

Sa méthode nous a guidés pour composer le texte. Nous tirions le fil et tout venait, l’histoire entière de Duras, comme une pelote que l’on déroule, depuis l’enfance jusqu’à l’heure de la mort, les paysages de son Asie, et l’interrogation constante de son écriture, sa solitude, le malheur merveilleux du dernier amour et la présence de la mer. »

Alain Vircondelet, adaptateur

  • Note d'intention

Nous partons de la boîte noire, comme écrin aux mots de Duras, incarnés par Macha. Macha n’est pas Marguerite Duras, il ne s’agit pas ici d’un biopic. Elle en est la voix, merveilleusement inspirée par le lien qu’elle a entretenu avec l’écrivain. Dans la façon de dire le texte de Duras, le travail sur les ruptures est très important. Comme dans un concerto, on passe d’une émotion à une autre, d’une situation à une autre...

La musique joue un rôle capital dans notre spectacle. Nous avons composé une bande-son à partir de bruitages, de rumeurs d’ambiances, auxquels se mêle parfois la voix off de Marguerite Duras, extraite d’entretiens. La musique de Michel Legrand, notamment des passages de son Concerto pour violoncelle, absolument bouleversant, s’insère dans cette grande partition sonore qui dialogue avec Macha.

Le travail sur la lumière est très important. La lumière crée et structure les espaces de jeu. Nous avons opté pour une nudité totale du plateau. Rien qui puisse évoquer la mer autre que les mots de l’écrivain et la présence de Macha.

Ma rencontre avec Macha Méril remonte à l’hiver dernier, lors de la création du spectacle Michel for ever, que j’ai écrit et mis en scène au Théâtre de Poche avec Daphné Tesson à la mort de Michel Legrand, pour célébrer son oeuvre. Nous avons eu envie de travailler ensemble, Macha et moi, et ce texte sensible composé par Alain Vircondelet à partir des écrits de Marguerite Duras, nous a incités à fabriquer un objet théâtral inattendu autant que puissant. La proximité de l’acteur avec le public qu’autorisent les dimensions du Poche, l’atmosphère familière de ce lieu avec lequel j’entretiens une relation de fidélité artistique depuis des années et l’esprit d’exigence et de liberté qui y règne ont tout naturellement dirigé nos pas vers lui.

Stéphan Druet

  • Entretien avec Macha Méril

Quel est votre lien avec Marguerite Duras ?
Je l’ai rencontrée dans les années 70, et je l’ai beaucoup fréquentée alors. Nous faisions partie des mêmes groupes qui se mêlaient aux étudiants. J’ai une aventure avec elle ! Un jour, elle m’a proposé de jouer dans un film écrit par elle qui s’appelait La Chaise longue. Elle avait une sorte de fascination pour « mon regard russe ». Elle m’emmène à Londres pour voir Losey, à qui elle souhaitait confier la réalisation du film. Mais celui-ci refuse car « il ne travaille pas sur des castings imposés » déclare-t-il. Sur le chemin du retour, j’ai dit à Marguerite : « Faites ce film vous-même ! », et de là est sorti Détruire, dit-elle, son premier long-métrage. C’est à partir de ces années-là, les années 80, qu’elle a commencé à faire du cinéma.

Comment la considériez-vous ?
Je l’ai beaucoup estimée, je ne lui ai jamais trouvé de défaut. Ce que j’aime chez elle c’est qu’elle n’a pas honte d’être une femme. Elle en est fière. Moi je n’aime pas le mot : « féminisme », mais je trouve admirable sa conscience d’être femme, sans chercher à imiter les hommes. Elle ne s’aimait pas. Elle aurait aimé être grande et belle. Mais les femmes l’aimaient, elle les séduisait parce qu’elle était géniale. Mais elle a souffert toute son existence de ne pas être belle.

D’où ce sentiment de solitude qui traverse son œuvre ?
C’est une chamane. Comme artiste, je la comprends. Elle appartient à cette catégorie de gens qui ne vivent pas les choses comme les êtres humains normaux. Ce sont les génies. Michel Legrand était comme ça. Ils essaient de participer à la vie, mais ne peuvent pas faire comme les autres. Marguerite avait une vision presque « mediumnique » de l’existence. Elle était surpuissante. Elle n’était que dans l’écriture, que dans ce qu’elle écrivait.

Comment définiriez-vous son écriture ?
Elle est très singulière. Elle admirait les auteurs de théâtre, Racine, Marivaux... Mais dans sa propre façon d’écrire, il y a déjà quelque-chose de très théâtral, de très musical. C’est un auteur transversal, au carrefour de plusieurs disciplines, le roman, le cinéma, le théâtre, auxquels elle apporte son style si personnel. Elle est en dehors des autres.

Qui vous a donné l’idée de ce spectacle ?
Alain Vircondelet a réuni les textes de Marguerite Duras, en hommage à la ville de Trouville, à laquelle elle était très attachée. Elle avait acquis un appartement dans l’acien hôtel des Roches Noires, construit à la fin du 19ème, où résida entre autres Marcel Proust, et qui ouvre directement sur la plage. Alain m’a confié la lecture de ce recueil intitulé Une chambre au-dessus de la mer, que j’ai dit l’été dernier, à l’occasion du Prix Marguerite Duras à Trouville, dans le hall même des Roches Noires. J’appartiens au jury de ce Prix depuis des années, aux côtés de plusieurs artistes amoureux de l’oeuvre de Duras. Les gens étaient très émus de cette lecture et leur réaction m’a donné envie de poursuivre le travail sur une scène de théâtre.

Et son lien avec la mer, comment le comprenez-vous ?
La mer est dans tous ses livres. Pour elle, c’est la seule puissance naturelle qui existe. Personne ne fait des descriptions aussi charnelles, aussi animées de la mer. Elle est d’ailleurs présente dès son premier livre Le barrage contre le Pacifique. C’est la Nature. Mais pas au sens où George Sand l’entendait dans son rapport avec la forêt par exemple. Pour Duras, la mer est une puissance naturelle. Une chose invincible, qui relève du mystique et du divin, indépendante des humains, et qui ne s’arrête jamais.

Vous allez symboliser la mer dans le décor ?
Ah pas du tout ! Il faut que tout soit très nu visuellement sur le plateau. Mais très riche dans l’univers sonore. Stéphan Druet est un magicien des colonnes sonores. La mer arrivera par l’oreille. Et puis après c’est à l’acteur de jouer ! De nous emmener. Michel Legrand disait : « Il faut quand on se présente faire un exploit ! ». Quand on est très ambitieux, on doit faire confiance au public, on en fait un complice, on l’estime, c’est ce qui se passe auThéâtre de Poche. L’exi- gence de ce théâtre s’applique aussi bien aux artistes qu’au public. Il y a dans ce lieu une sorte de respect mutuel des uns pour les autres, très rare aujourd’hui, et qui en fait la personnalité.

Propos recueillis par Stéphanie Tesson

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