Mondes

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Théâtre de la Cité Internationale , Paris

Du 15 au 23 mars 2018
Durée : 50 minutes

CONTEMPORAIN

,

Pièce d'actualité

,

Politique

,

Théâtre musical

À partir d’images d’actualité, un texte est écrit quelques jours avant la représentation. Il est dit sur scène par Alexandra Badea qui va ensuite réagir à ce texte par l’écriture en direct de phrases projetées sur un écran. Par-dessus les photos, la voix et les mots, un guitariste ajoute sa clameur de résistance devant la violence diffusée par les médias.
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Spectacle terminé depuis le 23 mars 2018

 

Photos & vidéos

Mondes

De

Alexandra Badea

Mise en scène

Alexandra Badea

Avec

Alexandra Badea

,

Benjamin Collier

  • Comment avaler la cruauté du monde ?

En prise avec l’actualité, en réaction au bruit du monde. Deux voix qui se parlent sans face à face. D’un bout à l’autre du globe, de deux endroits où ça brûle. Deux êtres perdus dans le chaos contemporain, noyés dans l’actualité qu’ils subissent en direct. Une correspondance virtuelle comme cri de résistance, comme tentative de raconter l’incompréhensible. Une écriture qui prend appui sur les images qui circulent sur internet au moment des faits pour créer une fiction poétique, pour transcender le réel immédiat.

Comment avaler la cruauté du monde et surtout comment la transmettre ? Comment réagir à la violence médiatique ? Quels seront les événements ? Quels seront les endroits dont les deux personnages invisibles parlent ? On ne le sait pas encore. On le saura le jour où le premier mot du texte tombera. C’est l’actualité qui décidera.

Sur le plateau, juste l’auteure et un musicien. Pas de parole incarnée. L’auteure réagit par une écriture automatique en direct aux derniers événements du jour, elle réajuste le récit, elle articule la circulation de la parole et elle fait progresser l’histoire. Le musicien suit l’écriture en créant une musique improvisée. Un autre type de dialogue se crée entre les mots projetés sur l’écran et le son. Une multiplication de réactions par rapport à l’actualité.

  • Entretien avec Alexandra Badea

Dans Mondes, vous entretenez une relation épistolaire fictive avec un photojournaliste dont vous inventez l’histoire. Comment s’enchevêtre ce qui est factice — votre dialogue — avec ce qui est factuel — la photographie de presse projetée en fond de scène ?
La photo est un prétexte pour déclencher une parole poétique intérieure. La semaine d’avant la représentation, je choisis une photo qui me heurte, qui m’intrigue, qui attire mon attention. La photo qui circule sur internet, que tout le monde partage, la photo qui m’oblige à déplacer mon regard, la photo qui me questionne. Elle est à la fois un point d’ancrage et un point de décollage. Elle m’ouvre l’imaginaire, elle me donne la possibilité de m’interroger sur les paradoxes du monde contemporain. Je n’ai pas besoin de décrire la photo : elle est projetée sur l’écran, ce qui m’intéresse c’est de décrire ce que je ressens au moment où je la regarde, la valeur que je lui donne, le sens qu’elle véhicule, sa valeur manipulatrice, destructrice, ambiguë et ambivalente. Cette photo est aussi un vecteur de manipulation. La manipulation par l’image a toujours été un axe dans mon travail d’écriture. Il était temps d’aborder ce thème sans le filtrer, sans le cacher derrière une fiction ou un personnage. Je parle directement au public mais dans un même temps, je tisse une fiction. Ce n’est pas l’auteure qui parle, c’est cette femme qui a fui le monde parce qu’elle ne supportait plus son bruit, son agitation, sa violence.

Le personnage du photojournaliste entend « parler en image » à défaut de « trouver les mots justes ». Est-ce à dire que l’image se substitue à la parole ? Est-ce l’image qui illustre le texte ou est-ce le texte qui traduit l’image ?
L’image est un point de départ. Elle ne peut pas substituer le texte, car elle n’existe pas. Elle est visible pendant quelques secondes au début du spectacle, ensuite, elle est effacée par l’écriture. On l’oublie, elle n’existe que dans la mémoire du spectateur et de cette femme qui écrit, qui essaie de comprendre. L’image n’illustre pas le texte et le texte n’essaie pas de traduire l’image. J’essaie de traduire mon incompréhension, mon étonnement, ma colère, ma tristesse. J’essaie de créer de la pensée, de provoquer un questionnement. On vit aujourd’hui dans la dictature de l’image, du sensationnel, de l’émotionnel.

La pensée est effacée : il est devenu ringard de développer un système philosophique. Comment trouver des espaces où l’on est capable de créer du sens ? C’est ça que j’essaie de tisser. Comment ne pas se laisser manipuler par 
les images qu’on nous vend ? Comment les lire, les décrypter, les analyser et surtout comment leur échapper, comment les transcender, comment fuir ce carcan dans l’imaginaire, l’utopie, l’espoir ?

Au cours du spectacle, vous procédez à une réécriture en direct et ce faisant, différez le temps de la réflexion. Quels effets produit cette « spontanéité » sur le récit d’origine ?
Il n’y a pas de récit d’origine. L’idée de cette performance m’est venue pour combler un besoin ou une frustration. Aujourd’hui, entre le moment d’écriture, le moment de production et celui de rencontre avec le public, il y a plusieurs années qui s’écoulent. J’avais envie de raccourcir cette attente. J’avais envie de pouvoir partager avec le public mes questionnements du moment, en réaction avec les événements d’aujourd’hui ou plutôt les chocs qu’on encaisse. Il ne s’agit pas de réagir au réel immédiat, mais de créer un espace de résistance, d’évasion ou de pensée. La photo est choisie la semaine avant la représentation. Le scénario est conçu à partir de cette photo. Les personnages restent à peu près les mêmes, mais ils peuvent évoluer d’une représentation à une autre. Le texte du photographe que je lis pendant le spectacle est écrit quelques jours avant, mais le texte de cette femme qui regarde la photo est écrit au présent. Je ne le prépare pas. C’est une correspondance fictive et poétique qui ne se répond pas comme on a l’habitude de le faire dans la vie réelle. Je sais juste qu’il y a des lignes générales. Ce qui est excitant, c’est de se mettre dans une position de risque, de mise en danger, de nudité. Je suis là et j’écris ce qui me traverse sans rien vouloir provoquer ou prouver. Avant d’entrer en scène, je me dis trois choses : « tu n’es pas là pour être aimée, tu n’as rien à prouver, tu ne dois pas les convaincre. Sois celle que tu es à cet instant devant cette photo, en plein chaos du monde ». Si jamais rien ne vient, je dois être préparée à accepter le vide, à l’affronter, à le regarder.

Votre prise de recul sur l’actualité tranche avec le ton à l’emporte- pièce des médias, audiovisuels notamment. La nécessité de prendre le temps de la réflexion sensible n’est-elle pas, en définitive, votre intention première dans ce spectacle ?
C’est une évidence pour moi. On a l’impression de connaître tout sur tout aujourd’hui. On est les êtres humains les plus informés dans l’histoire de l’humanité mais tout nous échappe. On n’arrive plus à comprendre ce qui nous entoure. On vit dans des préfabriqués de la pensée qu’on avale et qu’on recrache pour avoir l’air intelligents. Ce que j’essaie de faire, c’est d’articuler une pensée personnelle et singulière à partir de ce que j’observe. Je ne sais pas si j’ai du recul. Ma performance est un état des lieux. Sur le monde, mais aussi sur la place que je prends dans ce monde. Je dis « je » mais il y a quand-même un personnage, car ça ne m’intéresse pas de parler complètement de mon unique point de vue. Ce qui est passionnant au théâtre, c’est cette possibilité de tordre la pensée, de changer de point de vue, de créer une dialectique avec soi-même.

Un musicien vous accompagne sur scène. Dans quelle mesure la musique transcende- t-elle votre récit ? Le musicien n’est-il pas un personnage à part entière, portant sa propre clameur de résistance ?
Benjamin Collier me porte dans cette aventure. La musique transcende le récit, mais elle apaise également. Benjamin devient un chef d’orchestre : c’est lui le maître du temps et du rythme, c’est lui qui me pousse ou qui me calme. Parfois, il a le pouvoir de me livrer dans un état second qui est proche de la transe. Souvent, les spectateurs nous disent qu’ils n’arrivent pas à comprendre si c’est le texte qui influence la musique, ou la musique qui influence le texte. Ce sont les deux. On est en dialogue. Benjamin écrit sa musique en direct tout comme moi je crée la parole. De temps à autre, il regarde l’écran pour voir ce que j’écris et un mot peut lui donner le rythme et le ton. On a fixé avant les grandes lignes de notre performance, son rythme, ses couleurs mais tout change au moment où l’on se retrouve au plateau. On écrit ensemble. Quelque part, deux solitudes se rencontrent comme les deux personnages de la fiction. Deux êtres séparés par un abîme, qui essaient de se retrouver, de se rencontrer, de créer ensemble une fiction commune.

Propos reccueillis par Aurélien Péroumal.

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