Merlin ou la Terre dévastée

Colombes (92)
le 6 décembre 2005
Intégrale : 4h15 avec entracte

Merlin ou la Terre dévastée

C’est l’histoire de Merlin le magicien. Une épopée légendaire au pays des contes de fées, des récits mythiques, de la quête du Graal et des aventures des chevaliers de la Table Ronde qui réunit une troupe de vingt-deux comédiens et trois musiciens.

Une épopée légendaire
Entretien de Peter von Becker avec Tankred Dorst – 1979 (extraits)
Une saga dramatique
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Un jour, le diable vint sur terre pour y engrosser une pucelle. En scène, elle accouche d’un être velu, avec des lunettes et toutes ses dents, doué de la parole, de la double vue et du pouvoir de métamorphose. On le baptise Merlin, sa mission est de guider les humains sur le chemin du mal. C’est l’artiste, le créateur et le metteur en scène de cette épopée chevaleresque.

Vous le verrez désobéir à son père, imaginer une société équitable et pacifique, inventer une table ronde pour le Roi Artus, enflammer les corps et les coeurs, protéger les amours adultères de la fidèle Guenièvre et du loyal Lancelot, surveiller le sauvage dans sa quête du Graal, désespérer de voir le cours des choses lui échapper et la discorde prendre l’avantage. Vous le verrez se transformer en paon, en caillou, en oiseau… et finir en buisson d’aubépine.

Passé l’an mil, quatre poètes, Geoffrey le Gallois, Robert le Normand, Chrétien le Champenois et Wolfram le Bavarois - chacun son tour, chacun à sa façon, chacun dans sa langue qui n’était pas encore vraiment ni l’anglais, ni le français, ni l’allemand -, s’inspirent du déjà lointain souvenir des exploits chevaleresques et des guerres de conquête qui, à l’aube du Moyen Age, avaient opposé les tribus et les barons. Et, tous ensemble, ils élaborent la légende collective du Royaume d’Artus, de la Table ronde et la quête du Saint Graal. Dans des dizaines de milliers de vers, ils offrent à la société médiévale un portrait d’elle-même à la poursuite d’un rêve : la recherche d’un ordre féodal utopique. L’espoir chimérique du Haut Moyen Age, c’est de soumettre l’envie de meurtre aux lois de la chevalerie, c’est de racheter la passion charnelle par l’ascèse sublime de l’amour courtois et c’est enfin de contenir tant bien que mal les forces archaïques dans la forêt primitive par le pouvoir mystique du sang du Christ.

Depuis ce temps, chaque époque aime à s’égarer dans ces fourrés légendaires. Poètes et peintres, musiciens et cinéastes nourrissent leur imagination avec cette « matière de Bretagne » et maintiennent vivante la geste du Roi Artus. En 1980, l’allemand Tankred Dorst nous en fait la lecture pour notre fin de siècle. Gamin, il a connu le rêve dément du national-socialisme et vécu dans les décombres de l’Empire de Mille Ans. Homme mûr, il a observé, partagé peut-être le fol espoir de la jeunesse européenne, assisté à l’enlisement du rêve égalitaire socialiste, vu disparaître de la pensée occidentale l’indispensable pouvoir de contradiction.

Raconter une fois encore les aventures du Roi Artus, des chevaliers de la Table ronde et de leurs Dames d’amour, c’est le moyen plaisant de parler de l’échec de l’utopie, de montrer l’enchevêtrement du bien et du mal, de démêler les liens entre l’état sauvage et le contrat social, entre l’allégresse et la folie d’amour. Et il a si bien su le faire que son Merlin a connu plus de soixante mises en scène, du Brésil à la Californie, de la Russie au Cameroun…

Parmi la centaine de spectacles que Jorge Lavelli a offert au public en quarante années de théâtre, il suffit de citer quatre titres pour dire ce qui l’a aussitôt séduit dans l’épopée chevaleresque de Tankred Dorst et convaincu d’en donner la première version en langue française : c’est que Merlin ou La terre vaine est à sa façon une Comédie barbare, un Concile d’amour et un Triomphe de la sensibilité. Et que Merlin en cette fin de siècle renoue avec le poème majeur du Siècle d’or espagnol : La vie est un songe.

Texte français de Hélène Mauler et René Zanhd.

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Comment en êtes-vous arrivé au Projet-Merlin ? Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce matériau ?
Peter Zadek a toujours témoigné un grand intérêt pour le matériau “Arthur”, depuis des années nous en parlions, mais jusqu’alors je ne savais que faire de ces histoires. De Parsifal, de Tristan et Iseut, je savais ce qu’on en apprend par l’étude de la littérature allemande et par les opéras de Wagner pour lesquels j’éprouvais longtemps de l’aversion. (…) En vérité, ce qui m’a poussé à écrire un “Merlin”, ce fut une halle, une gigantesque ancienne halle au poisson, tout en longueur, dans le port de Hambourg, une cathédrale, ceinte de galeries, où l’on pouvait jouer partout et de bas en haut : c’est là que devait avoir lieu la représentation. C’était une idée fascinante. Avec Zadek, j’ai discuté le plan et j’ai commencé à me plonger dans la littérature arthurienne. Finalement, j’ai écrit un premier descriptif pour voir quelle ampleur aurait le spectacle. Puis j’ai passé un contrat avec le Schauspielhaus de Hambourg où je m’engageai à livrer un premier texte "brut" pour la fin de l’année 1978. C’était un délai très court et ce travail me faisait peur. C’est toujours très joli de s’imaginer la chose finie, l’idée qu’on se fait de la pièce achevée est toujours plus belle que le travail, - travailler, écrire, ce sont des défaites -. Et puis la peur de ne pas parvenir à écrire ce que l’on se représente. Ensuite, il a bien fallu commencer quelque part, j’ai commencé par le moment où les frères Mordred provoquent le Roi Arthur, dans la dernière partie de la pièce qui traite le déclin du royaume d’Arthur, puis j’ai écrit toute la fin de la pièce, pour m’approcher des personnages. Ensuite j’ai fait des notes sur les autres actes et voilà que cela donnait une œuvre de huit heures avec une masse de scènes.

Vous avez un jour déclaré que vous aviez une aversion à l’égard d’une certaine forme de grande dramaturgie.
Considéré superficiellement, “Merlin” est naturellement un matériau pathétique : des chevaliers, des rois, les problèmes de l’humanité. C’est la raison pour laquelle je craignais de ne pas m’en sortir. Et ce n’est qu’en me mettant au travail que j’ai pris clairement conscience du mouvement intérieur varié de l’ensemble. En lisant l’esquisse, j’avais l’impression que les modèles médiévaux du conte de fées se réfléchissaient dans un œil d’aujourd’hui, dans une ironie. Il y a naturellement des scènes comiques. Mais les histoires et les personnages sont pris au sérieux, jamais de façon parodique. Un traitement parodique et spirituel du monde de la chevalerie serait tout simplement plat… Peut-être y a-t-il un effet ironique quand les chevaliers sont tous assis à des guéridons de café, chacun le sien, avant l’invention de la table ronde, ou bien quand se mêlent les époques, le passé et le présent. Mais ce sont des créatures humaines, pas des héros radieux, pas des héros d’opéra ni de bande dessinée.

Au moment où vous écrivez une scène, en avez-vous déjà des images spécifiquement théâtrales ?
J’écris d’abord des mouvements, des rapports entre les personnages, des images, parfois un fragment de dialogue afin de saisir un personnage, un ton. Je note une suite d’images. Jamais une construction finie. Ordonnancer quelque chose, cela signifie aussi l’enfermer dans des frontières. D’abord il y a les images, les personnages et les images et les scènes doivent trouver leur thème, - je veux dire : la nouveauté, la chose originale, celle qui fascine, c’est toujours le détail, le thème n’est jamais nouveau.
Vous avez dû consulter de nombreuses sources pour faire vôtre ce matériau mythique. Pendant le travail, sans cesse et avec de plus en plus de plaisir de lecteur, j’ai feuilleté Malory ; Parsifal, je l’ai lu dans diverses versions, j’ai lu aussi quelques récentes adaptations du matériau arthurien, le roman de White, des légendes celtes, des sources historiques ; le livre de Heinrich Zimmer sur Merlin et la Table ronde. Avec Ursula Ehler, nous avons beaucoup lu sur ce sujet, mais à vrai dire rien en profondeur. J’étais tellement avide d’écrire cette histoire selon mes propres idées…

Vous introduisez aussi, je crois, des personnages plus récents, plus modernes, Mark Twain fait une apparition, et Rothschild.
Au début ces personnages étaient même beaucoup plus nombreux. Quand j’ai commencé à écrire, en août 1978, j’avais noté des personnages et des événements en relation lointaine avec l’histoire : le yankee Mark Twain, le danseur fou Nijinski, Louis II, Kennedy, l’aviateur Hermann Göring, la family-Manson, Fourier – c’était une première approche du thème. Au début nous avions pensé faire une sorte de collage, pas une vraie pièce. Puis, pendant le travail, j’ai éliminé de plus en plus ces personnages auxiliaires, j’ai mieux compris les vieilles histoires, j’ai attaché de l’importance à les raconter à ma manière. Les associations avec des événements d’aujourd’hui et les personnages historiques doivent naître des histoires elles-mêmes. 

“Merlin” n’est-il pas un projet destiné à s’opposer à une certaine forme de sérieux germanique, qui marque la transmission du mythe ?
Ces histoires ont une profondeur et un sérieux, mais elles ont été souvent enfouies sous l’emphase ou le savoir germanistique. Ce n’est d’ailleurs que maintenant que je remarque combien elles sont merveilleuses. Le Parsifal est l’une des plus grandes histoires qui soient au monde, et aussi Tristan et Iseut, une histoire incroyablement belle.
Ma conception de base pour Merlin, est que ce personnage est le magicien, l’enchanteur, l’animateur, et qu’il est aussi le meneur de jeu qui met en marche et dirige la pièce. Nous voyons des tableaux, des scènes, des fragments de scènes de la vieille histoire d’Arthur, nous écoutons des conversations de la Table ronde, en partie comiques, en partie philosophiques. La magie et le divertissement, la musique, les combats, les aventures fantastiques doivent entraîner le spectateur dans des humeurs changeantes. Et, de même que Merlin est fils du diable et d’une pieuse femme, qu’il connaît - et parfois confond - le passé et l’avenir, je joue avec le temps d’une façon relativement libre. Le mode de représentation est pour une part réaliste et pour une part fantastique. Sans cesse, je néglige la continuité et l’unité des personnages. Et dans ce sens, cette pièce pourrait devenir un commentaire sur le théâtre.

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  • Une saga dramatique

Il est des légendes qui traversent les temps et les continents pour devenir un morceau d’un immense patrimoine culturel que les hommes se partagent. Les aventures du Roi Arthur, de l’enchanteur Merlin, de la reine Guenièvre, de Lancelot du Lac et des chevaliers de la Table Ronde en font partie. Dans la légende du Graal, Merlin, né du Diable et d’une mortelle, est enchanteur, devin et conseiller du roi Arthur. Tankred Dorst s’en inspire largement pour composer une saga dramatique faite de récits multiples et de digressions permanentes, proche du théâtre élisabéthain et du théâtre épique baroque espagnol, où il mêle le tragique et le grotesque, le merveilleux et le réel dans une narration quasi romanesque à rebondissements toniques haletants.

Tankred Dorst représente ces mythes qui nous hantent par la distance et l’ironie. Dans cette mise à distance jubilatoire, il y a non seulement un pari esthétique, mais également une leçon politique. Le travail de Jorge Lavelli révèle les questions essentielles que pose l’auteur sur le pouvoir et l’abus de pouvoir, l’amour et la mort, la lutte du bien contre le mal. Mais il convie aussi le spectateur à s’interroger sur le passé et le présent de l’histoire de l’Europe, sur la recherche et la perte d’une utopie démocratique que les chevaliers de la Table Ronde ont tenté de proposer dans le cadre légal de la chevalerie. Renoncer à la logique du pur rationalisme, entrer dans le féerique et le rêve, exposer les situations contradictoires avec humour et ferveur… voilà ce qui est proposé dans un véritable voyage dans le passé, le présent et l’avenir, voyage magique et divertissant que mène Merlin l’enchanteur.

Entre combats de chevaliers et discussions politico-philosophiques, nous percevons derrière les héros mythologiques de véritables êtres humains avec lesquels nous pouvons communiquer, dans le rire ou les larmes. Un grand geste poétique hors du temps dans une mise en scène toute au service de l’essentiel, une épopée de héros qui viennent nous parler à nouveau, qui resurgissent du fond de notre imaginaire où ils étaient enfouis.

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A Bobigny (hiver 2005) :
Vendredi à 19h : intégrale
Samedi à 19h : intégrale
Dimanche à 15h30 : intégrale

A Colombes :
Mardi 6 décembre 2005 : spectacle annulé pour des raisons techniques

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Avant-Seine
88, rue Saint-Denis 92700 Colombes
Spectacle terminé depuis le mardi 6 décembre 2005

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