
Stanislas Nordey met en scène Madame de Sade, la fascinante pièce de Yukio Mishima.
« C'est en lisant La vie du marquis de Sade de Tatsuhiko Shibusawa que pour moi, en tant qu'écrivain, se posa l'énigme de comprendre comment la marquise de Sade, qui avait montré tant de fidélité à son mari pendant ses longs emprisonnements, a pu l'abandonner juste au moment où il retrouvait enfin la liberté.
Telle énigme a servi de point de départ à ma pièce, en laquelle on peut voir une tentative de fournir au problème une solution logique. J'ai eu l'impression de quelque chose de fort vrai, en même temps que de fort peu intelligible paraissait derrière l'énigme, et j'ai voulu considérer Sade dans ce système de références.
Il est peut-être singulier qu'un japonais ait écrit une pièce de théâtre sur un argument français. La raison en est que je souhaitais employer à rebours les talents que les comédiens de chez nous ont acquis en représentant des pièces traduites de langues étrangères. »
Yukio Mishima
Mishima et Sade. Deux univers en apparence totalement opposés, disjoints. Et pourtant.
On sait peu, en France , à quel point le théâtre a constitué et inspiré Yukio Mishima, principalement connu ici par ses romans.
Madame de Sade est sans doute d’un point de vue architectural, structurel, sa plus belle réussite.
Trois actes, six femmes, l’aube de la Révolution Française, l’ombre d’un homme dont on parle sans cesse mais que l’on ne verra jamais.
Le propos de Mishima, quand il entreprend la composition de cette pièce (1969), est d’essayer de comprendre pourquoi Renée de Sade , qui avait montré tant de fidélité à son mari pendant ses longs emprisonnements, a pu l’abandonner juste au moment où il retrouvait enfin la liberté.
La pièce pourrait s’intituler : Sade vu à travers le regard des femmes.
Autour de la figure de Madame de Sade (Mélanie Thierry), Mishima organise presque comme un mathématicien une forme de ronde. Il convoque cinq personnages, cinq caractères, chacun porteur d’une fonction bien précise : Madame de Montreuil, la mère de Renée, représentant l’ordre social et la moralité ; Madame de Simiane, la religion ; Madame de Saint Fond, l’appétit charnel ; Anne la sœur de Renée, la jeunesse et le manque de principes ; Charlotte la servante, la révolution à venir.
Le texte est implacable, dans son déroulement, à la façon d’un thriller psychologique avec la figure insaisissable et imprévisible de Renée de Sade au cœur de cette danse d’amour, de sexe et de mort.
La facture du spectacle sera, à la fois, classique et épurée. Costumes d’époque, plateau quasi nu, la joute verbale comme principal décorum autour d’un sextuor de comédiennes : Mélanie Thierry, Lamya Regragui, Julie Pouillon , Sophie Mihran, Claire Toubin, le rôle de Madame de Montreuil n’étant pas encore distribué à l’heure où j’écris ces lignes.
Stanislas Nordey, avril 2024
37 bis, bd de la Chapelle 75010 Paris