Les paravents

Chaillot - Théâtre national de la Danse , Paris

Du 08 janvier au 03 février 2004
Durée : 3H30

CONTEMPORAIN

Dédiés à la mémoire d'un "jeune mort", Les Paravents opposent fellagas et légionnaires dans une Algérie où s'agitent colons et travailleurs arabes. Tous se retrouvent au bordel comme dans la mort. Poème et fête théâtrale, la fresque déploie dans une pléthore de tableaux quatre-vingt-seize personnages autour de Saïd et Leïla, sujets d'un royaume des vivants en dialogue avec celui des morts.
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Spectacle terminé depuis le 03 février 2004

 

Les paravents

De

Jean Genet

Mise en scène

Jean-Baptiste Sastre

Avec

Hanane Hajj Ali

,

Hanane Hajj Ali

,

Mounzer Baalbaki

,

Antoine Balabane

,

Axel Bogousslavsky

,

Laure Calamy

,

Etienne Curron

,

Eléonore Hirt

,

Daniel Laloux

,

Carmen Lebbos

,

Jean-Jacques Levessier

,

Jacques Pieiller

,

Julie Pilod

,

Dick Rivers

,

Alexandre Steiger

,

Julia Vidit

Contre toute logique de guerre
L'oeuvre de Genet
Notes de Jean Genet

Dédiés à la mémoire d'un « jeune mort », Les Paravents opposent fellagas et légionnaires dans une Algérie où s'agitent colons et travailleurs arabes. Tous se retrouvent au bordel comme dans la mort. Poème et fête théâtrale, la fresque déploie dans une pléthore de tableaux quatre-vingt-seize personnages autour de Saïd et Leïla, sujets d'un royaume des vivants en dialogue avec celui des morts.

Cette oeuvre traduit la manière dont Jean Genet perçoit le théâtre, un univers de conventions et d'artifices qu'il convient de faire exploser. Accessoires, les paravents s'imposent comme les symboles et les réalités de la comédie des apparences. Ils envahissent la scène, champ de bataille que Genet rêve comme "un lieu voisin de la mort". La pièce est créée en 1966, quatre ans après la fin de la guerre d'Algérie. Dans ses notes de travail adressées à Roger Blin, Genet précise qu'il ne s'agit ni d'un manifeste contre la colonisation ou la guerre, ni de l'apologie du monde arabe.

Jean-Baptiste Sastre réunit des comédiens français et des comédiens libanais rencontrés à Beyrouth lors d'un atelier de travail autour des Paravents. Après avoir mis en scène récemment Labiche et Marlowe, Jean-Baptiste Sastre revient au théâtre de Genet, qu'il a abordé une première fois en 1997 avec Haute Surveillance. Là où les détracteurs du poète voyaient dans Les Paravents la pourriture et l'ordure de la société, le metteur en scène souhaite révéler la grâce, la légèreté et la beauté de cette oeuvre.

Pierre Notte

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On parle beaucoup de Genet et fort peu de son œuvre. Commente-t-on celle-ci, c’est pour en revenir au personnage Genet, pour exalter la légende de cet « enfant de l’Assistance, voleur, mendiant, bagnard, pédéraste… et artiste ». Bref, on ne cesse de canoniser « Saint Genet ». Chaque critique se croit tenu de refaire, pour son propre compte et à sa mesure, l’itinéraire tracé une fois pour toutes par Sartre. Impossible de sortir du tourniquet : l’œuvre de Genet renvoie au personnage Genet et ce personnage n’existe que pour cette œuvre. Alors tout discours critique paraît dérisoire et vain : Sartre n’a-t-il pas dit tout ce qu’il y avait à dire sur l’artiste Genet comme héros de notre temps et antithèse du révolutionnaire Boukharine, et Genet lui-même n’avait-il pas déjà, dans le Journal du voleur, mis la dernière main à son portrait ?

Certes, une de ses préoccupations essentielles a été de façonner sa légende. Ses romans sont autant de biographies factices, autant de miroirs trompeurs destinés à faire resplendir son image. Mais Genet ne s’en est pas tenu là. Dès le Journal du voleur, il nous avait aussi montré l’envers de ces miroirs. Peut-être est-ce précisément le livre de Sartre qui lui a permis de sortir du tourniquet dans lequel, maintenant, s’enferment les critiques. Il l’a reconnu lui-même : «vJ’ai mis un certain temps à me remettre. J’ai été presque incapable de continuer à écrire… Le livre de Sartre a créé un vide qui a permis une espèce de détérioration psychologique. Cette détérioration a permis la méditation qui m’a conduit à mon théâtre. »

Bernard Dort,
Genet ou le combat avec le théâtre

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Je ne dis pas que le texte écrit de la pièce est d’une valeur tellement grande, mais je puis vous affirmer que, par exemple, je n’ai méprisé aucun de mes personnages - ni Sir Harold, ni le Gendarme, ni les Paras. Sachez bien que je n’ai jamais cherché à les « comprendre », mais, les ayant créés, sur le papier et pour la scène, je ne veux pas les renier. Ce qui me rattache à eux est d’un autre ordre que l’ironie ou le mépris. Eux aussi ils servent à me composer. Jamais je n’ai copié la vie - un événement ou un homme, guerre d’Algérie ou colons - mais la vie a tout naturellement fait éclore en moi, ou les éclairer si elles y étaient, les images que j’ai traduites soit par un personnage soit par un acte.

Jean Genet,
Lettres à Roger Blin

Il y a quatre ans environ, j’étais dans le train. En face de moi, dans le compartiment un épouvantable petit vieux était assis. Sale, et, manifestement, méchant, certaines de ses réflexions me le prouvèrent. Refusant de poursuivre avec lui une conversation sans bonheur, je voulus lire, mais, malgré moi je regardais ce petit vieux : il était très laid. Son regard croisa, comme on dit, le mien, et ce fut bref ou appuyé, je ne sais plus, mais je connus soudain le douloureux -oui, douloureux sentiment que n’importe quel homme en « valait » exactement - qu’on m’excuse, mais c’est sur « exactement » que je veux mettre l’accent - n’importe quel autre. « N’importe qui, me dis-je, peut être aimé par-delà sa laideur, sa sottise, sa méchanceté. »

C’est un regard, appuyé ou rapide, qui s’était pris dans le mien et qui m’en rendait compte. Et ce qui fait qu’un homme pouvait être aimé par-delà sa laideur ou sa méchanceté permettait précisément d’aimer celles-ci. Ne nous méprenons pas : il ne s’agissait pas d’une bonté venant de moi, mais d’une reconnaissance. Le regard de Giacometti a vu cela depuis longtemps, et il nous le restitue. Je dis ce que j’éprouve : cette parenté manifestée par ses figures me semble être ce point précieux où l’être humain serait ramené à ce qu’il a de plus irréductible : sa solitude d’être exactement équivalent à tout autre.

Jean Genet,
L’Atelier d’Alberto Giacometti

Une réalité est certainement hors de moi, existant par et pour elle-même. La révolution palestinienne vit, ne vivra que d’elle-même. Une famille palestinienne, essentiellement composée de la mère et du fils, qui furent parmi les premières personnes rencontrées à Irbid, c’est ailleurs que je l’ai découverte. Peut-être en moi. Le couple mère-fils est aussi en France et n’importe où. Ai-je éclairé ce couple d’une lumière qui m’était propre, faisant d’eux non des étrangers que j’observais mais un couple issu de moi et que mon habileté à la rêverie aura plaqué sur deux Palestiniens, le fils et sa mère, un peu à la dérive dans une bataille en Jordanie ?

Tout ce que j’ai dit, écrit, se passa, mais pourquoi ce couple est-il tout ce qui me reste de profond, de la révolution palestinienne ?
J’ai fait ce que j’ai pu pour comprendre à quel point cette révolution ressemblait peu aux autres et d’une certaine façon je l’ai compris, mais ce qu’il m’en reste sera cette petite maison d’Irbid où une nuit je dormis, et quatorze ans durant lesquels je tentai de savoir si cette nuit avait eu lieu. Cette dernière page de mon livre est transparente.

Jean Genet,
Un captif amoureux

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Laurence D. (1 avis) 18 janvier 2004

RE: Les paravents moi aussi, j'étais impatiente. Et pourtant ces 3h20 m'ont semblé très péniblement longues... Le texte est déjà difficile à saisir - je ne le remets pas en question - mais la scénographie beaucoup trop chargée n'ajoute rien à sa compréhension. Seuls quelques acteurs jouent vraiment bien (la mère de saïd) et Dick Rivers ratrappe un peu le coup. Dans l'ensemble très décevant et très lourd.
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Par

Anne-pascale G. (1 avis) 07 octobre 2003

Les paravents Impatiente de voir l'intéprétation de cette pièce d'un grand auteur
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