Les Justes

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Théâtre de la Bastille , Paris

Du 03 au 23 novembre 2008
Durée : 1h40

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Théâtre direct et brut, le travail de Gwénaël Morin est saisissant. Sans manière et sans accessoire, les mots des comédiens sont des actes qui nous clouent dans une attention tendue et jubilatoire. A voir absolument pour une écoute renouvelée de ce grand texte de Camus.
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Spectacle terminé depuis le 23 novembre 2008

 

Les Justes

De

Albert Camus

Mise en scène

Gwénaël Morin

Avec

Guillaume Bailliart

,

Stéphanie Beghain

,

Mélanie Bourgeois

,

Julien Eggerickx

,

Pierre Germaine

,

Grégoire Monsaingeon

  • Comme une déflagration

Gwénaël Morin présente sa mise en scène des Justes d'Albert Camus, créée en 2005 au Festival Paris Quartiers d'Eté... Une distribution parfaite, où l'on retrouve notamment l'incroyable Stéphanie Béghain. Théâtre direct, brut et saisissant, le travail de Gwénaël Morin est comme une déflagration. Il retient l'attention par sa force et sa limpidité.

Sans manière et sans accessoire, les mots des comédiens sont des actes qui nous clouent dans une attention tendue et jubilatoire. Pour une écoute renouvelée de ce grand texte de Camus, il fallait une équipe armée d'une grande qualité de jeu. C'est chose faite.

Aude Lavigne

  • Entretien avec Gwénaël Morin

Comment avez-vous commencé à faire du théâtre ?
À côté de l’école d’architecture de Lyon où je faisais mes études, il y avait une école d’ingénieur avec une activité théâtrale universitaire importante. J’ai commencé par monter des textes de Beckett, qui sont un peu comme des partitions, des propositions de comportement qu’il faut tester, par exemple : « Se mettre à gauche, rentrer et faire trois pas ». Je trouvais ça très excitant et ça m’a conduit à me dire qu’il y avait peut-être la possibilité d’établir un pont entre les pratiques plastiques qui sont celles de Bruce Nauman par exemple et les pratiques théâtrales. J’avais besoin de m’adresser à quelqu’un et d’agir au présent. La solitude et le différé ne me satisfaisaient pas dans la fabrication d’objets plastiques.

Quelles sont vos premières mises en scène ?
Le premier spectacle que j’ai produit s’appelait Pareil, pas pareil. On a joué au Théâtre de l’Élysée à Lyon. C’était un assemblage de dialogues d’amour pêchés à la volée dans les films de Godard et de réflexions sur la peinture de Gerhard Richter, sur le pourquoi il faut peindre. On mettait en parallèle l’engagement artistique et l’engagement amoureux, par l’intermédiaire des trois protagonistes, deux femmes et un homme. Puis j’ai adapté un texte d’Adamov qui s’appelle Fin août. Le spectacle est un monologue de trente minutes qui s’appelle Débite ! Allez vas-y. C’est l’histoire d’un homme qui se fait piétiner par des femmes à talons. Une espèce de bataille, une expérience érotico-limite.

Pourquoi avoir choisi de monter Les Justes d’Albert Camus ?
Je ne veux pas que mon amour de la littérature puisse présider au choix des pièces que je monte. Je ne veux pas que ma relation intime avec un texte puisse être le moteur déclencheur. Je cherche sans cesse des motifs extérieurs pour m’intéresser à un texte en particulier. Je voulais faire quelque chose sur le terrorisme, sur la violence en me posant cette question : « Est-ce que la violence a une force de transformation sur la société ? ». Je suis revenu tout naturellement sur ce texte que je connaissais depuis le lycée pour l’avoir étudié.

Et pourquoi avoir enlevé l’acte IV de la pièce ?
Il y a cinq actes dans Les Justes. J’ai coupé l’acte où l’on retrouve le protagoniste principal, celui qui a lancé la bombe, en prison. Il subit un examen de conscience où il doit répondre de son acte. Le peuple est incarné par un personnage qui s’appelle Foka, et la veuve, La Grande Duchesse, représente en fait la religion. J’ai coupé ce passage car il nous fait sortir de la pièce. C’est celui où Camus expose sa thèse, alors que ce qui m’intéresse, c’est la relation entre les êtres humains tendus vers le but de commettre un attentat. Il y avait du second degré dans cet acte IV et je me méfie du théâtre réflexif ou du théâtre de thèse. Le texte n’est pas, pour moi, un lieu d’exposition littéraire, philosophique. C’est un lieu d’expérience de relations artificielles entre les hommes. Pour moi, le sujet unique, ce serait péremptoire de le décréter, mais je voudrais dire que le sujet de théâtre qui me préoccupe, c’est la relation de l’homme avec autrui. Je pense que le sujet unique du théâtre, c’est ça. Et en faire l’expérience.

Comment s'est organisé le travail avec les acteurs ?
Dès le début je voulais qu’il y ait autant de comédiens que de personnages. Il y avait deux choses qui comptaient : bien apprendre son texte par cœur et jouer un rôle. Non pas interpréter un personnage, mais tenir un rôle. Donc j’ai dit aux acteurs : « Voilà, c’est ton rôle, c’est ta mission et tu viens avec ton texte par cœur». On a commencé dès le premier jour des répétitions à faire ce qu’on a appelé par la suite des « répétitions à l’aveugle », où il était question de jouer tous les jours le plus possible, tout le texte, sur la base de ce qu’on savait par cœur. C’est une forme d’organisation politique, de faire de la mise en scène. Il s’agit d’organiser les relations des gens entre eux, de manière collective. Il faut organiser cette espèce de micro-société. Une fois que cette société est organisée, il semblerait qu’il soit temps de la livrer au public. Il faut assurer la cohésion politique de ce groupe-là, celui qui a le texte. Puis évidemment il faut du recul, on se met à avoir besoin d’objets, on travaille le rythme, la lumière… C’est un deuxième travail, où effectivement la question du sens se pose, au moment où il s’agit d’exposer les choses. Là, je me retrouve un peu tout seul.

Aude Lavigne

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