Le Misanthrope

Lucernaire , Paris

Du 01 février au 29 avril 2012
Durée : 1h30

CLASSIQUE

,

Coups de coeur

Alceste vit comme un échec absolu la cupidité, l’hypocrisie et le mensonge de ce monde qu’il rêvait honnête et vertueux. Comment nous arrangeons-nous avec nos déceptions et nos désillusions ? Alceste a voulu sauver le monde, il finit par le fuir. Or pour le metteur en scène Dimitri Klockenbring, il ne s’agit pas de sauver le monde, mais de l'affronter.
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Spectacle terminé depuis le 29 avril 2012

 

Photos & vidéos

Le Misanthrope

De

 Molière

Mise en scène

Dimitri Klockenbring

Avec

Blandine Bellavoir

,

Pierre Buntz

,

Romain Cottard

,

Inès de Broissia

,

Lorraine de Sagazan

,

Dimitri Klockenbring

,

Tristan Le Goff

,

Nicolas Lumbreras

,

Joséphine Mikorey

,

Benoît Moret

,

Thomas Zaghedoud

Alceste : « Puisqu’entre humains, ainsi, vous vivez en vrais loups »

  • Un couple Alceste / Célimène pétri de contradictions

Alceste prétend se comporter sans hypocrisie. Affligé par la frivolité de la société, il revendique un idéal d’honnêteté et de transparence des coeurs. Il clame son intransigeance face au pouvoir et à ses compromissions et préfère, par exemple, perdre un procès où son bon droit est établi, plutôt que d’influencer le juge comme le fait son adversaire… Son indignation et sa souffrance sont telles, que parfois il lui prend l’envie de quitter le monde des hommes.

Mais pour son plus grand malheur, il est aussi jalousement amoureux de la belle et jeune veuve Célimène. Celle-ci, qui médit à loisir de ses semblables, est entourée de nombreux prétendants. Même si elle semble manifester une préférence pour Alceste, elle continue pour autant de donner espoir aux autres. Or Alceste prétend à un amour exclusif, qui réformerait la dame. Ce couple pétri de contradictions ne résistera pas et ne permettra pas à Alceste de se réconcilier avec le monde.

  • Le mot du metteur en scène

Molière nous montre que l’enjeu humain qu’est l’ouverture à l’autre, tient quasiment de l’impossible. D’une part, parce que le narcissisme blessé y est un obstacle majeur, d’autre part parce que la peur face au mystère qu’est l’autre, l’altérité, paralyse toute forme d’action. Alceste a besoin de clarté, de transparence, on pourrait même dire d’omniscience de l’autre ; la limite que représente la conscience de l’autre, l’impossibilité d’y pénétrer, lui est insupportable.

Pourtant il s’empêche lui-même de rencontrer, car il n’accepte pas de quitter le champ des certitudes, pour faire place à une sensation beaucoup plus floue, peut-être beaucoup plus risquée aussi : la confiance en l’autre. Mais il ne s’agit pas de faire tenir à Molière un discours christique. Ce qu’il nous montre avec une lucidité féroce, c’est que la cruauté ambiante empêche toute forme de confiance et donne l’impression, que les personnages évoluent dans une jungle inquiétante, qui exige des stratégies de survie.

Mais si Molière décide de raconter un univers violent et impitoyable, il décide dans le même temps, d’en faire une comédie. L’humour comme consolation. Une consolation que je veux traquer dans notre travail sur le Misanthrope, pour faire apparaître quelques petits miracles : l’attachement de Philinte à Alceste que je trouve bouleversant ; certains échanges entre Alceste et Célimène dans lesquels je crois ; la rencontre d’Eliante et de Philinte.

(...) Le Misanthrope est une comédie qui se termine mal. Une mouche, prise au piège dans un verre, se débat jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent. Elle se cogne inlassablement contre les parois transparentes, toujours dans l’espoir d’accéder à la liberté. Alceste me fait penser à cette mouche. Il se débat, lui aussi, inlassablement, incarnant la souffrance de l’humain qui s’acharne à atteindre un idéal, un absolu, n’acceptant pas ou ne voyant pas les limites intrinsèques de cette quête. Cette énergie dépensée me bouleverse, car elle met au jour son paradoxe, témoignant d’une incroyable volonté de vie dans un monde qu’il ne supporte pas.

Alceste est blessé, orgueilleux, tyrannique, utopiste, amoureux, drôle… On rit de lui comme d’un adolescent, mais il nous questionne : n’avons-nous pas le droit de refuser le monde tel qu’il est ? Il nous déstabilise même, à tel point que par moments, le public doit être désespéré de donner raison à Philinte. C’est dans ce foisonnement de sensations et de pensées que se situe pour moi la nécessité de monter cette pièce et du théâtre en général : ne pas se laisser gagner par une schématisation ambiante de l’être humain. Explorer toutes ses ambiguïtés, ses incohérences,
ses contradictions. Embrasser les humains dans leur complexité.

L’argument de la pièce est simple : il s’agit d’un groupe de gens et de leur façon d’être au monde. Dans notre société, qui pousse à l’extrême le
culte de l’individu, le questionnement intime sur le rapport à autrui, que soulève la pièce, est d’une validité tout aussi forte de nos jours. Je pense que Alceste est un personnage éminemment contemporain, en ceci qu’il est dans un antagonisme permanent entre son désir individuel et les nécessités sociales. L’homme sait-il mettre son ego de côté afin de s’ouvrir à l’autre ? Que penser d’un homme qui préfère être sûr de son malheur plutôt que d’espérer un bonheur incertain ? À quelle part de liberté faut-il renoncer pour rencontrer l’autre ?

(...) Alceste vit comme un échec absolu la cupidité, l’hypocrisie et le mensonge de ce monde, qu’il rêvait honnête et vertueux. Comment nous arrangeons-nous avec nos déceptions et nos désillusions ? Lui, se retire du monde. Cette comédie se termine mal car pour moi cette issue est un échec. Alceste a voulu sauver le monde, il finit par le fuir. Or pour moi, il ne s’agit pas de le sauver, mais de l’affronter.

J’ai choisi de mettre en scène des comédiens, que l’on peut penser jeunes pour ces rôles – moyenne d’âge 25 ans (excepté Oronte et Arsinoé) –, car c’est la tranche d’âge où, de nos jours, il n’est plus question d’innocence ni même d’adolescence, mais où l’on est amené à se positionner vis à vis du monde qu’on est censé intégrer. Mon but n’est pas d’honorer un « classique », mais de m’en servir pour parler des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Dimitri Klockenbring

  • La presse

« Alceste et Célimène se révèlent tout bonnement brillant. Un Molière actuel. » Revue Arès

« Un Misanthrope contemporain, convaincant, qui respire la jeunesse et vise juste. (...) Dimitri Klockenbring a une approche mesurée du Misanthrope, un poil révérencieuse peut-être, mais cette humilité et cette douceur sont toutes à son honneur. Car on sent chez lui une pertinence dans le propos et une vraie réflexion sur l’âme humaine. » Les Trois coups

« Les personnages sont remarquablement interprétés. » Froggy’s delight

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Morgane G. (1 avis) 22 avril 2011

RE: Le Misanthrope Excellente pièce : mise en scène hors du commun, magistrale, hors des santiers battus et rebattus du Molière étudié ou plutôt massacré au lycée. Enfin un metteur en scène et des acteurs qui se donnent les moyens de nous replonger dans l'oeuvre du maître : près de 4 siècles ont passé et il redevient plus que jamais actuel. ALLEZ-Y !!!!!!!
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