La poison

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Théâtre 14 , Paris

Du 09 novembre au 31 décembre 2004

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Dans La Poison, on trouve les thèmes habituels de Sacha Guitry : exécuter avec cynisme et sang-froid un acte qui s’accomplit généralement dans l’ivresse ou dans la colère et détourner la loi avec aisance tout en restant en règle avec la société. Ainsi le héros, en pleine subversion, piétine les valeurs reçues, renverse l’ordre établi, retourne à son profit tout le système judiciaire.
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Spectacle terminé depuis le 31 décembre 2004

 

La poison

De

Sacha Guitry

Mise en scène

Henri Lazarini

Avec

Marie-Christine Demarest

,

Pierre Dumas

,

Renaud Durand

,

Lionel Feix

,

Marianne Giraud-Martinez

,

Jean-François Guilliet

,

Henri Guybet

,

Bernard Lavalette

,

Pauline Meyer

,

Line Michel

,

Jean-François Rémi

,

Stéphane Rugraff

La pièce
Note du metteur en scène

A propos du film La Poison

Sacha Guitry

Usés par trop d’années de vie commune, Paul et Blandine Braconnier ne peuvent plus se supporter. Ils en sont au point de rêver chacun à la mort prochaine de l’autre. La soudaine célébrité d’un grand avocat d’assises, Maître Aubanel, qui vient d’obtenir son centième acquittement, incite Paul à le rencontrer. Habilement, Paul parvient à se faire expliquer comment procéder pour assassiner sa femme tout en minimisant les risques. Alors que Blandine est sur le point de l’empoisonner avec de la mort aux rats...

L’idée était empruntée à un fait divers insolite. On trouve là le thème habituel de Sacha Guitry : faire de sang-froid, cyniquement, ce qui s’accomplit généralement dans l’ivresse ou la colère, tourner la loi et se mettre en règle avec la société en jouant son jeu. Mais cette fois, ce qui importait, c’étaient les scènes de ménage entre les deux vieux époux, d’une âpreté et d’une cruauté qui faisaient penser à certains moments à ce que l’on a fait de mieux dans le genre réaliste au cinéma : l’Atalante de Jean Vigo et Foolish Wives (Folies de Femmes) de Ströheim.

Par ailleurs, Guitry se plaît à régler quelques comptes avec cette société française dont la médiocrité et la veulerie lui déplaisent et qui est passée aussi aisément de l’Occupation à la Libération au moment même où il se trouvait inquiété. La Vie d’un honnête homme et Les Trois font la paire, que Guitry tournera quelques années plus tard, peuvent d’ailleurs être considérés comme les deux autres éléments d’un triptyque dont La Poison est le premier volet. On y retrouvera un Guitry hautain, mordant et volontiers cynique.

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« Le Guitry qui m’intéresse n’est pas forcément celui qui a écrit ces comédies légères -très souvent d’ailleurs des chefs-d’oeuvre (Quadrille, Désiré, Faisons un rêve, Mon père avait raison) mais le Guitry de l’après-guerre, blessé, amer, sceptique, désabusé mais toujours infiniment drôle.

A cette époque, Sacha n’écrit presque plus pour le théâtre mais il réalise des films follement savoureux où un pessimisme souriant le dispute à une désinvolture malicieuse (Le Diable boiteux, Assassins et voleurs, La Vie d’un honnête homme, La Poison).

Dès lors, il me paraît plus intéressant aujourd’hui de porter ces dialogues de films à la scène plutôt que d’exhumer une fois encore Le Nouveau Testament ou La Jalousie. C’est ainsi que j’ai monté au Théâtre Montparnasse Le Roman d’un tricheur avec Jean-Laurent Cochet, que je dois créer au Théâtre de Montreux en 2005 Remontons les Champs-Elysées avec Jacques Sereys et que je propose maintenant La Poison. »

Henri Lazarini

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En juillet et août 1951, Sacha Guitry termine le découpage et les dialogues de La Poison, film dans lequel il ne paraîtra pas et dont Michel Simon sera la vedette.

Dès le 1er septembre, il convoque Michel avenue Elisée-Reclus, lui lit son manuscrit définitif et lui dit :
- Je voudrais que vous soyez heureux avec moi. Qu’est-ce que je peux faire pour vous être agréable ?
- Eh bien, voilà! J’ai toujours beaucoup souffert dans les studios de cinéma parce que je n’ai pas confiance dans les opérateurs qui ont pour l’artiste, qu’il soit vedette ou figurant, un mépris total. Pour eux, l’artiste fait partie du décor. C’est un outil qu’on déplace à volonté, qui est payé très cher et qui n’a aucune importance. Or, je suis incapable d’exprimer un sentiment deux fois de suite car, à la seconde fois, je joue et c’est un mensonge. Je souffre le martyre de cette situation. C’est pourquoi j’aimerais qu’on ne tourne les scènes qu’une seule fois, qu’on ne recommence jamais.

Le 5 septembre, à la veille du premier tour de manivelle, Sacha réunit tous ses techniciens habituels et, devant Simon, leur tient ce petit discours :
- Messieurs, nous ne tournerons les scènes qu’une seule fois, sauf si Michel Simon désire qu’on reprenne. Mais, en aucun autre cas nous ne recommencerons ! Vous serez donc responsables, vous, techniciens de l’image, de la qualité de vos images, vous, techniciens du son, de la qualité de votre son. Prenez vos précautions en conséquence !

Effectivement, l’extraordinaire acteur ne tournera ses scènes qu’une fois, à l’exception de quelques séquences particulièrement longues qui lui donneront des problèmes de mémoire. Lorsque cette éventualité se présentera, Sacha manifestera toujours la plus exquise patience. Et Michel Simon, longtemps après, évoquera « le meilleur souvenir de sa carrière ».(…)

Témoignage d’une parfaite entente entre l’auteur et son équipe, La Poison sera « dans la boite » en onze jours !

Sacha Guitry - Cent ans de théâtre et d’esprit, par Jacques Lorcey

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«On peut faire semblant d’être grave, on ne peut faire semblant d’avoir de l’esprit.»

Sacha Guitry avait pour métier de jouer la comédie, mais son personnage physique, massif et imposant, n’a jamais pu masquer la vivacité, la fantaisie, la légèreté qu’il avait en lui. Il fut un très grand homme d’esprit.

Il avait au coeur un regret : son enfance. Elle avait certes été merveilleuse - ses parents étaient d’une qualité rare - mais elle restait marquée par leur séparation et l’étrangeté d’une résidence lointaine - Sacha est né en 1885 à Saint-Petersbourg où son père, l’illustre comédien Lucien Guitry, jouait chaque hiver au Théâtre Michel. Il vécut dans la capitale russe jusqu’à l’âge de six ans. Au fond, il resta toujours intrigué par ce qu’aurait dû être son enfance dans une famille unie. «Ce qu’il y a de persistant en nous, c’est l’enfance, mais n’en ayant pas eu, j’ai dû imaginer ce qu’elle aurait pu être. »

Les Mémoires d’un tricheur ont dû naître sur ce terreau-là. Il commença à écrire, encouragé par sa première femme, Charlotte Lysès. Il connut quelques échecs, mais bien vite vint le succès de Nono, en 1905 - il avait vingt ans.

On le voulait léger et charmeur, spirituel aux limites du superficiel, mais derrière les facéties et les pirouettes, il y avait une dimension documentaire et implacable. Jules Renard, son ami, écrivit « Ce jeune homme si doué qui pourrait écrire la bonne pièce vulgaire de tout repos ne tient qu’à être original. Il connaît le théâtre comme un vieil acteur et il l’oublie. Il dédaigne ce qui est commun et prévu, la basse sensiblerie, le plat lyrisme, les effets de mendiants, l’odieuse scène bien filée. Il ne veut être que personnel, gamin, téméraire, insolent et poète. »

Il y a dans son théâtre un mélange à doses d’innocence ou de naïveté et d’expérience précoce, il y a du cornique et du bouffon, mais il y a par-dessus tout la liberté. Personne n’est plus libre que Sacha Guitry, il ne se contraint sur rien, mais son audace est sereine et ne comporte ni provocation ni défi.

Molière confiait à ses héros, parfois si différents de lui-même, ses joies et ses peines. Si l’on veut connaître davantage Sacha Guitry, il suffit de lire son oeuvre et de comprendre sa manière de travailler. Ses mises en scène étaient à la fois précises - il assignait à chacun de ses personnages la place et le mouvement - et économes. Ses décors reflétaient sa personnalité et ses goûts, ils étaient constitués de vrais tableaux, de ses propres dessins, de bibelots personnels, de meubles signés qui lui appartenaient. Il ne se laissait pas arrêter par les conventions de son temps, il les bousculait, il était lui-même avec un naturel tranquille.

En 1911, on tenait le jeune Sacha Guitry pour amoral, on disait son imagination délirante. Ses idées, modernes, étaient seulement très en avance sur son temps. Il disait ce qu’il pensait, révélait ce que l’on taisait généralement, renversait les barrières figées de bons penseurs. Il ne faisait aucune concession, on l’aimait, on le détestait, il acceptait cette idée, il en était même fier.

Il a régné, comédien, auteur dramatique - de plus de cent trente pièces - , cinéaste - une trentaine de films - sur une époque frivole. Il était un enchanteur timide et discret, indiscipliné et farceur. Il était aussi un observateur acerbe, un critique juste des travers de la société, un philosophe désabusé, parfois autoritaire et exigeant, un homme sensible, secret, rongé par l’inquiétude d’être seul ou abandonné, superstitieux, exclusif.

Mais sa curiosité s’étendait à l’universalité des choses et des êtres. Il adorait la vie et la bonne humeur. Il respectait les autres. Sa courtoisie était proverbiale, il aimait ses partenaires et leur témoignait affection et fidélité.

Il racontait : « Comment je joue la comédie ? Sans méthode, sans façons, sans gêne, sans habitudes, avec facilité, avec plaisir, par plaisir, pour mon plaisir, pour le plaisir du public ».

Toute sa vie, il pratiqua l’amour de la tolérance et la haine de la calomnie, il fut généreux avec discrétion et rigueur. Travailleur acharné, conteur infatigable, il aimait les belles histoires. Ayant acheté une édition originale de l’Ecole des femmes, il fut saisi d’émotion en ouvrant la page 52 : dans la marge, Molière avait de sa main rayé le mot Amour pour le remplacer par le mot Esprit.

Sacha Guitry est mort en 1957, les années ont passé, « il n’a plus d’ennemis, puisqu’on lui reprochait avant tout d’être vivant », a dit François Truffaut qui aimait sa générosité et la « morale de survie » du Roman d’un tricheur, film qu’il tenait pour un chef-d’oeuvre.

Sacha Guitry a maintenant rejoint Molière dans l’éternité, il est devenu à sa façon un classique, et de nouvelles générations découvriront ici, je l’espère, ce poète de la fantaisie, de l’insolence, de la tendresse et de la liberté.

Jean-Claude Brialy

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