La petite fille de Monsieur Linh

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Les Gémeaux - Scène Nationale de Sceaux , Sceaux

Du 04 au 07 mars 2020
Durée : 1h20

CONTEMPORAIN

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Sélection Evénement

Philippe Claudel a écrit une étrange et très émouvante rencontre entre deux hommes ne parlant pas la même langue… Une histoire d’amitié hors normes, interprétée par Jérôme Kircher, seul sur scène. Cette nouvelle création poursuit l’exploration de Guy Cassiers autour des questions de migration.
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Photos & vidéos

La petite fille de Monsieur Linh

De

Philippe Claudel

Mise en scène

Guy Cassiers

Avec

Jérôme Kircher

  • Une amitié hors normes

Monsieur Linh a fui son pays que la guerre a anéanti, en quête d’un avenir meilleur pour sa petite-fille. Il ne se sent pas chez lui dans ce pays étranger, jusqu’au jour où il rencontre monsieur Bark. Celui-ci lui parle surtout de sa femme qui est décédée peu de temps auparavant. Monsieur Linh ne le comprend pas mais l’écoute, avec sa petite-fille sur ses genoux. Ils se rencontrent quotidiennement au parc, sur le même banc. Jusqu’au jour où tout change…

Un récit poignant, inspiré de la nouvelle de Philippe Claudel à propos d’un homme qui doit fuir son pays avec le peu qui lui reste.
Jérôme Kircher joue le spectacle sous forme de monologue. Étant donné qu’il est seul en scène et joue tous les rôles – le narrateur, Monsieur Linh et Monsieur Bark –, le spectacle adopte une couleur, une atmosphère et un sens particulier. Il s’agit d’un spectacle sur la force de l’imagination et de la représentation.

Jérôme Kircher raconte l’histoire avec tous les moyens dont il dispose : du texte, des mots, des images, de la musique, du son, des projections… Mais c’est en même temps un spectacle sur la solitude, sur le désir de communication avec les autres, et pas dans une moindre mesure, avec le public. Sommes-nous dans la tête du narrateur ? Les voix de Monsieur Linh et de Monsieur Bark sont-elles des voix dans la tête du narrateur ? Est-ce que raconter est une manière de surmonter un traumatisme ?

  • La presse

« Jérôme Kircher joue donc les deux personnages, le corps dédoublé, diffracté, grâce à l’utilisation de la vidéo. Et on imaginerait presque l’un né de l’imaginaire de l’autre. C’est un acteur subtil, profond, engagé, habité. Son humanité touche au cœur. » Christophe Candoni, Sceneweb, 5 avril 2018

« Et l’acteur crée lui-même, habilement et simplement, l’univers sonore délicat et envoûtant de cette aventure humaine où ce qui relie les hommes dépasse de loin les différences culturelles, les règlements et les frontières. Bouleversant. » Eric Demey, La Terrasse, 27 mars 2018

  • Note d'intention

Guy Cassiers a construit un dyptique pour porter à la scène cette réalité dure et directe de l’exil et de la migration. Tout d’abord avec Grensgeval (Borderline) sur un texte de Elfriede Jelinek puis dans un registre totalement différent, celui du rêve et de l’imaginaire avec La petite fille de monsieur Linh, Philippe Claudel.

« Nous suivons une personne qui observe son environnement de manière purement sensorielle, mais qui n’y comprend rien : il entend les mots, mais ne les comprend pas, il perçoit l’environnement, mais ne sait pas le « lire », il entend des sons, mais ne sait pas les situer, il sent des odeurs, mais ne peut pas les expliquer, etc.

Pour Monsieur Linh, le monde paraît kaléidoscopique : il voit plusieurs pièces du puzzle, mais ne dispose pas des outils (culturels) pour les assembler en un tout, contrairement au public qui peut percevoir et comprendre toute l’information, mais qui fait face à un personnage principal charmant qui n’en est pas capable : il a beau essayer, Monsieur Linh n’est pas en mesure de saisir le nouveau monde dans lequel il se retrouve soudain, une expérience extrêmement étrange et déstabilisante… Seul Monsieur Bark peut lui offrir du réconfort, même si Linh et Bark ne partagent pas un mot d’une même langue.

Là où Grensgeval peut être qualifié de cri factuel, La Petite fille de Monsieur Linh peut plutôt se lire comme une hallucination d’une réalité sur laquelle on n’arrive pas à avoir prise. Dans le premier cas, il s’agit d’un récit collectif, dans le second d’une histoire individuelle. Mais les deux spectacles partagent une même thématique : nous sommes tous égarés, nous avons perdu nos repères, non seulement le réfugié qui échoue dans un nouveau monde, mais aussi l’habitant de ce nouveau monde. Nous sommes tous en quête de solutions et ressentons tous un besoin de dialogue. Or celui-ci ne s’établit pas, ou si péniblement. »

Guy Cassiers

  • Extrait

« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »

« Chaque jour, Monsieur Linh retrouve Monsieur Bark. Lorsque le temps le permet, ils restent dehors, assis sur le banc. Quand il pleut, ils retournent au café et Monsieur Bark commande l’étrange boisson, qu’ils boivent en serrant les tasses entre leurs mains. Désormais, le vieil homme dès qu’il se lève attend ce moment où il ira rejoindre son ami. Il se dit dans sa tête “son ami”, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le gros homme est devenu son ami, même s’il ne parle pas sa langue, même s’il ne la comprend pas, même si le seul mot dont il se sert est “Bonjour”. Ce n’est pas important. »

« Sans qu’il sache le sens des mots de cet homme qui est à côté de lui depuis quelques minutes, il se rend compte qu’il aime entendre sa voix, la profondeur de cette voix, sa force grave. Peut-être d’ailleurs aime-t-il entendre cette voix parce que précisément il ne peut comprendre les mots qu’elle prononce, et qu’ainsi il est sûr qu’ils ne le blesseront pas, qu’ils ne lui diront pas ce qu’il ne veut pas entendre, qu’ils ne poseront pas de questions douloureuses, qu’ils ne viendront pas dans le passé pour l’exhumer avec violence et le jeter à ses pieds comme une dépouille sanglante. »

Philippe Claudel

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