
Avec ce spectacle où la contemplation, l’hésitation et la dérision ont toute leur place, le collectif Mélodrame Production ne campe ni des meneurs ni des pionniers. Simplement quelques dissidents modestes, confrontés à notre urgence commune : tout remettre en chantier, tout reconstruire sur d’autres bases. À partir de 12 ans
À partir de 12 ans
Ils auraient pu faire comme tout le monde. Mais parce qu’ils ne voulaient plus flotter dans la société liquide, parce qu’ils espéraient donner un peu de sens et de saveur à leur existence, ces quatre-là ont fait un pas de côté. Ils sont allés voir ailleurs, dans un coin de campagne. Ils ont bien quelques grands mots dans la tête. Mais ils n’arrivent pas tout cuirassés de doctrines.
Ils viennent avec leurs espérances, leur désir d’autre chose. Leur bric-à-brac d’idées et d’utopies. Leurs questionnements, leurs inquiétudes, leurs naïvetés. Ils jettent tout dans l’aventure. Le chemin se fait en marchant. Ils marchent.
L’Obéissance est tellement douce est une fiction douce aux accents comiques qui questionne notre rapport au temps, au collectif et au territoire. Nous avons imaginé des personnages en quête d’un ailleurs : le théâtre devient le lieu d’expérimentation d’un idéal avec ses déboires, ses possibles et ses désaccords.
Pour cette nouvelle création, une écriture de plateau que nous portons collectivement, nous écrivons à partir d’improvisations. C’est un nouveau défi pour notre collectif qui tient à ce que la pièce coïncide le plus étroitement possible avec ses interrogations et ses envies artistiques.
Nous ne concevons pas d’écrire un spectacle sans l’articuler au monde dans lequel nous vivons. Beaucoup de lectures politiques ont engendré la naissance du spectacle. Par exemple, l’anthropologue David Graeber a écrit un article sur les boulots qui n’ont aucun sens, il a été alors inondé de témoignages et en a fait un livre qui écharpe la notion de valeur travail : Bullshit Jobs. Ces témoins confient leur perte de repères et de symboles : secrétaire inutile qui déprime et fait tout pour être viré ou un employé de bureau mort que personne ne remarque dans l’openspace.
Nous souhaitons représenter la jeunesse à laquelle nous nous identifions, qui cherche d’autres manières de vivre et se pose la question du sens et des valeurs à donner à une vie dans un monde abîmé. Cette inquiétude contemporaine rejoint de grandes figures littéraires à la fois comiques et troublantes : Gregor Samsa transformé en cafard dans La Métamorphose de Kafka ou le « Je préfère ne pas » de Bartleby chez Melville.
La pièce que nous créons ensemble questionne aussi le rapport qu’entretiennent des individus à un lieu. Comment nos personnages contemplatifs conçoivent-ils l’espace qu’ils occupent ? Comme un jardin à faire fructifier ? Une propriété à défendre ? Un horizon à poursuivre ? Un territoire à conquérir ? Une zone à protéger ? Notre processus de création s’inspire de l’observation de lieux extérieurs.
La dramaturgie du spectacle se déploie à la manière d’une promenade de l’écrivain suisse Robert Walser, qui quitte son cabinet de travail pour flâner entre ville et campagne. L’endroit d’où démarre le spectacle ne reste pas le seul lieu visité. Débutant dans un rapport direct et simple avec le public, la fiction bascule peu à peu dans un monde onirique et fantastique.
Nous revendiquons une autre approche de ce qui tend l’action dramatique : ne pas proposer un théâtre d’affrontement. Nos personnages ne s’affirment pas comme sachants, ils privilégient une forme d’errance et demeurent dans la constante découverte.
Par leurs promenades, leurs activités banales, le dévoilement progressif d’une toile peinte et les débats esthétiques qu’elle suscite, ils tentent de refonder notre conception de la beauté et de la représentation. C’est comme s’ils nous invitaient à affiner notre regard sur le monde.
Nous souhaitons tenir le pari d’un théâtre qui a pour principal matériau l’imaginaire des spectateurs. D’où le choix d’une épure scénique. Le hors-champ et l’invisible deviennent aussi importants que ce que l’on voit. L’intervention du Chœur de Henry V devient credo théâtral : « Complétez notre spectacle par votre esprit ». Dans cette pièce de Shakespeare, le chœur déclare aux spectateurs que jamais la bataille d’Azincourt ne sera représentée de manière réaliste : la pièce se présente d’emblée comme un grand appel à l’imaginaire qui suppose un spectateur actif par sa fantaisie.
Nous souhaitons atteindre une simplicité dans l’approche du jeu, un rythme qui permet des respirations.
Melodrame Production
17, boulevard Jourdan 75014 Paris