Fin de l'histoire

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Colline (Théâtre National) , Paris

Du 03 au 28 novembre 2015
Durée : 3 heures

CONTEMPORAIN

Christophe Honoré reprend une pièce inachevée de Gombrowicz et s'inspire de philosophes pour questionner le patriotisme et la place dans l’Histoire des générations épargnées par la guerre.
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Spectacle terminé depuis le 28 novembre 2015

 

Photos & vidéos

Fin de l'histoire

De

Witold Gombrowicz

,

Christophe Honoré

Mise en scène

Christophe Honoré

Avec

Jean-Charles Clichet

,

Sébastien Eveno

,

Julien Honoré

,

Erwan Ha Kyoon Larcher

,

Elise Lhomeau

,

Annie Mercier

,

Mathieu Saccucci

,

Marlène Saldana

« Hitler n’existe pas !
Il n’y a pas de Hitler !
Ah ! si l’on pouvait découvrir
Qu’il n’y a pas de Hitler ! »

  • L'Immature

L’été 1939, alors que la Pologne se prépare au pire, le jeune Witold doit faire face à sa famille qui se lamente de ses fréquentations, de son irresponsabilité, de son peu de goût pour la vie adulte. Witold se tait, il rêve d’atteindre le lieu où se crée l’Histoire dont il pense pouvoir changer le cours...

Reprenant le fil d’une pièce inachevée de Gombrowicz, Christophe Honoré lui associe le Journal et les écrits polémiques de l’auteur polonais, notamment son célèbre Contre les poètes. Après Nouveau Roman, pour continuer à inventer une forme de théâtre impure, joyeuse, vivace, quoi de mieux que l’Immaturité, thème cher à Gombrowicz ? L’immature, c’est selon lui l’être sans forme, en devenir, l’inachevé permanent – l’adolescent caché en tout adulte qui ne demande qu’à surgir...

Fidèle à son écriture de plateau, Christophe Honoré demandera à ses comédiens de constituer deux groupes, d’abord un trio adolescent, sensuel, amoureux, pur et ensuite le clan des adultes, image figée de la Famille, se métamorphosant bientôt en figures historiques : Mussolini, Daladier, Staline, mais aussi en philosophes : Hegel, Kojève, Derrida... sans oublier, dernier en date, Francis Fukuyama, connu par ses thèses sur la fin de l’Histoire. Ils apporteront leur contribution à la question posée : que veut dire aujourd’hui, pour une génération épargnée par la guerre, avoir sa place dans l’Histoire ?

« Moi, avec ma nature de poète, j’ai envie de rendre à la beauté de l’espèce humaine son caractère sauvage, primitif, immoral, implacable.... Son caractère personnel... Regardez... quand s’achève l’enfant et que l’adulte n’est pas encore vraiment là, c’est-à-dire entre quatorze et vingt-quatre ans, l’homme jouit d’une sorte de floraison. C’est chez lui la seule période de beauté absolue. Il existe dans l’humanité une réserve immortelle de beauté et de charme qui est – Hélas, hélas ! – liée à la jeunesse. Oh, non, il ne suffit pas d’admirer la beauté des tableaux abstraits – elle est sans risque – il faut l’éprouver à travers ce qu’on a été, ce qu’on n’est plus, à travers cette infériorité de la jeunesse. »
Witold Gombrowicz

  • Note d'intention

L’état fragmentaire et incomplet du texte de Gombrowicz fut la raison première de la séduction de L’Histoire sur moi. Je cherchais après Nouveau Roman, la matière d’un spectacle où je pourrais poursuivre un travail sur une forme impure, joyeuse et vivace. Je cherchais un texte à travailler par amputations et par ajouts, un texte qui m’entraîne vers une écriture de plateau où d’autres textes existants ou à écrire, pourraient venir s’agglomérer à une matrice initiale. A la lecture de L’Histoire inachevée de Gombrowicz, j’ai immédiatement su que je tenais là à la fois mon point de départ et mon cadre de travail, le noeud de la fiction et la promesse d’un déploiement.

Au théâtre, je ne peux oublier mon travail de cinéaste. Je ne peux oublier les efforts pour ne pas tant montrer des images qu’être capable de les faire dialoguer entres-elles. Je n’oublie pas la vieille distinction godardienne «fiction» versus «documentaire» : la fiction c’est la certitude, le documentaire c’est la réalité avec son incertitude. Et je me dis qu’au théâtre comme au cinéma, le travail du metteur en scène consiste à éclairer l’un avec l’autre. Entretenir le dialogue. Le dialogue entre la fiction d’une famille et le documentaire de l’Histoire. Entretenir le dialogue entre les mots et les images. Entre l’intime et le groupe.

Fin de l’Histoire fera dialoguer cette pièce inachevée L’Histoire et l’ensemble de l’oeuvre de Gombrowicz, notamment son journal et ses articles polémiques sur la littérature comme Contre les poètes. Mais je me propose d’ouvrir ce dialogue au philosophe et économiste Francis Fukuyama, connu pour ses thèses où l’achèvement de l’Histoire survient, le jour où un consensus universel sur la démocratie met un point final aux conflits idéologiques. On pourra penser que je cherche ainsi à apporter une fin à L’Histoire de Gombrowicz en évoquant le concept de fin de l’Histoire. Une lecture au pied de la lettre. Il me semble pourtant que j’interroge de cette manière la logique même du texte de Gombrowicz, je la relis depuis aujourd’hui.

Gombrowicz a connu l’exil, il fut témoin des conséquences de la guerre sur ses proches. Son rapport à l’Histoire est nourri de ses expériences, de ses actes. J’appartiens à une génération protégée de l’Histoire, qui semble toujours se jouer ailleurs et dont je suis plus informé que témoin. En partant du texte de Gombrowicz, j’aimerais réussir à mettre en scène cette contradiction, cette énigme : que représente aujourd’hui l’expression «avoir sa place dans l’Histoire» ?

J’imagine le spectacle en quatre mouvements.

Le premier reposera sur le texte de l’acte 1 de L’Histoire (Fragment 1 à 13), il s’organise autour de la confrontation de Witold avec sa famille, l’examen de maturité qui tourne mal et le procès qui, le condamnant au silence, lui donne enfin la parole. Il se terminera sur les mots de Witold : ...Si seulement je pouvais atteindre le lieu où se crée l’Histoire.

S’ouvre alors le deuxième mouvement, qui est à inventer. Où l’on verra Witold au coeur de l’Histoire. Mais je me propose de le plonger non pas comme Gombrowicz dans le palais de l’Empereur Guillaume à Berlin en août 1914, mais en Crimée, dans le palais de Livadia, alors que s’ouvre la conférence de Yalta en 1945. J’aimerais que par ses actes et ses paroles, Witold y commette une uchronie. L’auteur d’une uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue, créant un effet domino qui influe sur le cours de l’Histoire.

Le troisième mouvement offrira un commentaire du deuxième mouvement. Une réunion de philosophes débattant du texte de Fukuyama sur «La fin de l’Histoire». Witold sera présent en compagnie d’Hegel, de Marx, Kojève, Fukuyama et de Baudrillard.

Le dernier mouvement aura pour cadre, comme dans l’acte 3 de L’Histoire, le café Ziemianska à Varsovie. Nous ne serons plus au début des années 1930, mais aujourd’hui. Et Witold s’adressera depuis aujourd’hui aux poètes du vingtième siècle. Il traduira en actes ses positions sur la beauté.

Christophe Honoré

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