
Un journaliste du New York Times vient interviewer Sophie Chardin, petite-fille du grand violoniste Paul Chardin, pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort.
Un journaliste du New York Times vient interviewer Sophie Chardin, petite-fille du grand violoniste Paul Chardin, pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort. Cet immense artiste est un personnage trouble, qui a travaillé à l’« épuration de la musique » pour le gouvernement de Vichy. Durant cette enquête, où viennent témoigner les fantômes de la famille, chacun se dévoile petit à petit.
Dans son roman épistolaire, Jacques Attali nous plonge au cœur de l’intimité d’une famille française. Chez les Chardin, au seuil de la mort, il est coutume d’adresser une lettre à ses enfants, à la fois bilan et héritage, révélant un secret de famille. Ces lettres ont vocation à constituer un Livre de Raison qui renferme l’histoire de la lignée. Sur six générations, le lecteur traverse l’histoire de France, du milieu du XIXe siècle à nos jours, ses évolutions politiques, sociales et économiques, le changement des mentalités avec, en lame de fond, l’antisémitisme.
Adapter un roman épistolaire au théâtre représentait évidemment une gageure. Mais au fond, ce qui m’a le plus touchée dans le texte de Jacques Attali, c’est l’histoire des deux derniers de la famille, Sophie-Julia et Pierre-Abdul, deux cousins issus de germains sur qui pèse lourdement l’histoire de la lignée.
C’est donc assez naturellement que j’ai choisi de faire dialoguer ces jeunes gens, alors que les autres personnages restent des émanations du passé. Ces réminiscences, ces ombres, sont soit des souvenirs, soit le fruit de l’imagination d’un des deux cousins, soit une lettre, écrite à l’approche de la mort. Les quelques lettres qui demeurent, en tout ou en partie, sont aussi un hommage et un clin d’oeil au roman de Jacques Attali.
Après qu’on a traversé, dans le roman, un bon siècle d’histoire de France, qu’on a voyagé de Lyon à New-York en passant par Jérusalem, on se retrouve en 2022 à Grignan. C’est là que j’ai situé la pièce, dans l’atelier de Sophie, qui fabrique d’étranges « statues de soie ». Ces statues paraissent vivantes, comme peut l’être le passé, même métempirique. Sophie a su transcender la douleur de la vie, le poids de la lignée. Il n’en est pas de même pour Pierre-Abdul, personnage plus sombre, plus torturé, qui a choisi, en tant que journaliste, de couvrir tous les grands conflits du monde. Lui se cache d’ailleurs derrière une identité d’emprunt, dans son impatience à découvrir la vérité sur le passé de sa famille, et en particulier sur celui de son grand-oncle Paul, violoniste de génie qui a travaillé à « l’épuration de la musique » dans le gouvernement de Vichy.
Si Paul s’avère coupable du pire, faut-il garder sa production artistique, ou l’effacer avec toute trace de l’homme ?
De révélation en révélation, au cours du dialogue entre les deux cousins, les fantômes - ou, plutôt, les représentations du passé de chacun - se dissipent, et la réconciliation entre les deux branches de la famille devient enfin possible.
Élisabeth Bouchaud
On ne peut qu'applaudir devant cette belle réalisation théâtrale car il n'est pas évident de donner vie sur scène à une création littéraire. Un sujet douloureux - ruptures, trahisons, mensonges gangrénant une famille stylisée dans la reconnaissance et l'adulation d'un homme célèbre et célébré. La fracture entre l'artiste reconnu sur un piédestal et l'homme mélange complexe de haines et de vilénies. Bravo pour la splendide mise en scène, les décors élégants et l'utilisation en arrière fond de projections holographiques qui donnent une intensité aux personnages évoqués... Une magistrale démonstration d'Art magnifié dans l'esprit de La Reine Blanche... Merci
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On ne peut qu'applaudir devant cette belle réalisation théâtrale car il n'est pas évident de donner vie sur scène à une création littéraire. Un sujet douloureux - ruptures, trahisons, mensonges gangrénant une famille stylisée dans la reconnaissance et l'adulation d'un homme célèbre et célébré. La fracture entre l'artiste reconnu sur un piédestal et l'homme mélange complexe de haines et de vilénies. Bravo pour la splendide mise en scène, les décors élégants et l'utilisation en arrière fond de projections holographiques qui donnent une intensité aux personnages évoqués... Une magistrale démonstration d'Art magnifié dans l'esprit de La Reine Blanche... Merci
2 bis, Passage La Ruelle 75018 Paris