Dom Juan ou le Festin de pierre

Espace culturel Boris Vian aux Ulis , Les Ulis

Du 13 au 14 octobre 2005
Durée : 2H05

CLASSIQUE

,

Coups de coeur

Tout public à partir de 12 ans. Une mise en scène décalée, pour (re)découvrir un des grands classiques du théâtre français. Personnage légendaire de Molière, Dom Juan, « grand seigneur méchant homme », est le diable en personne. Il blasphème, méprise ses créanciers, écrase tout de sa morgue d’aristocrate. Il étincelle d’esprit et de méchanceté. Il séduit mille femmes, nobles ou paysannes, pour les humilier et les jeter après usage. A ses côtés, son valet, l’éternel Sganarelle, est terrorisé par son insolence, son aisance, son cynisme. Après avoir suivi une route droite qui s’est tracée au rythme de ses vices, ses névroses, ses désirs, ses soupirs, ses plaisirs, Dom Juan est au carrefour exact de deux routes. Au carrefour où il faut choisir : vivre encore ou mourir vite. C’est à ce moment précis que commencera le spectacle.
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Spectacle terminé depuis le 14 octobre 2005

 

Dom Juan ou le Festin de pierre

De

 Molière

Mise en scène

Anne-Laure Liégeois

Avec

Boris Alestchenkoff

,

Mathieu Besnier

,

Christian Caro

,

Léonore Chaix

,

Mathieu Dion

,

Olivier Dutilloy

,

Vincent Eyzat

,

Philippe Houriet

,

Anne Le Guernec

,

Yann Lheureux

,

François Pick

,

Sacha Saille

,

Isabelle Védie

A partir de 12 ans.

Notes d'étape 1 : 10 juin 2003
Notes d'étape 2 : 5 octobre 2003
Notes d'étape 3 : relevé topographique
Rencontre avec Yves Nilly, autour de Dom Juan

La presse

Il y a une question terrible : pourquoi monter Dom Juan ? Il y en a une terrifiante : pourquoi monter Dom Juan aujourd’hui ?
Question en deux temps que l’on sent arriver inexorablement dès le début d’un entretien. Autant éviter l’inévitable. Savoir formuler une réponse avant de sombrer dans le désarroi le plus total.

Monter Dom Juan par amour pour un auteur. Etre amoureuse de Molière, l’homme brun chevelu, celui qu’on a vu en gravure en Saint Jean-Baptiste le poitrail dénudé et souriant, en peinture fleurie sur les murs des théâtres à l’italienne, aimer la figure collée à celle de Philippe Caubère et au film de Mnouchkine. On peut monter un auteur par amour. Mais un auteur vivant… Trouver une autre réponse, peut-être.

Monter Dom Juan par amour pour le parcours dans le théâtre d’un auteur. Penser aussi à Tartuffe, au Misanthrope, à L’Ecole des Femmes… monter Dom Juan par amour du génie de Molière.

Pour son écriture. Un plaisir de bouche, de langue. Lire Dom Juan tout haut et se pâmer devant une structure syntaxique ternaire, volontiers sous-tendue par un système clos de coordinations ( !)
“quoi ? tu veux
qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend,
qu’on renonce au monde pour lui,
et qu’on ait d’yeux pour personne ?
la belle chose
de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle,
de s’ensevelir pour toujours dans une passion,
et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! " 
éructer devant le rythme des phrases et rougir de plaisir devant tant de maîtrise et d’aisance du verbe.

Monter Dom Juan pour rencontrer la langue classique dans ce qu’elle a de plus beau ; pour répondre à la sollicitation d’un chef-d’œuvre. Mettre en scène une pièce qui joue le drame de la parole. La langue fluide du personnage de Dom Juan et la parole qui se cherche de Sganarelle. Monter Dom Juan par amour de la langue.

Monter Dom Juan parce qu’il sent le petit classique illustré neuf, la salle de classe froide le matin, le vieux dictionnaire qui a aussi l’odeur de la tête sale ; monter Dom Juan par amour de son passé, pas si lointain en fait, à l’école.

Monter Dom Juan parce que l’écriture contemporaine ou les formes en marge me collent à la peau. Monter Dom Juan par refus des étiquetages et par amour pour le théâtre, tous les théâtres.

Monter Dom Juan parce qu’un jour on rencontre celui qui pourrait être croit-on Dom Juan. Mais non seulement il fallait croiser Dom Juan mais aussi Dom Juan + Sganarelle. Il fallait rencontrer Christian Caro, Christian Caro + Olivier Dutilloy.

Il faudrait aussi parler d’Anne Le Guernec pour Elvire, de Léonore Chaix et Mathieu Dion pour Charlotte et Pierrot, de Philippe Houriet pour Dom Louis... tous les rôles sont une évidence. C’est la première fois que cela m’arrive !

Monter Dom Juan parce que encore ici, tenter de répondre à la question incontournable, obsessionnelle " quelle route prendre pour sa vie, pourquoi celle-là, comment, avec qui… " angoisse vis-à-vis du destin. Toujours la même question là, dans tous les spectacles. Accepter de reconnaître qu’on parle de soi. Parler de soi sur scène et espérer que ses interrogations propres recouvrent celles des autres.

Et puis pourquoi monter Dom Juan aujourd’hui ? La réponse est rapide car la question ne se pose pas !

La pièce de Molière reste en suspens. Elle est " ouverte " . Son sens n’est ni clair, ni univoque. Elle ne dit pas qui a raison, à chacun de construire sa vérité. Aucune leçon. Elle ne peut donc cesser d’être lue, d’être représentée. Elle parle de l’humain, de la liberté de l’individu, sans rien fermer. Et aujourd’hui, hier, demain, l’humain est la seule matière à jouer.

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Dom Juan est le drame de la maturité, de la connaissance de soi, le drame de la conscience humaine. De cet instant de conscience fort et palpable que non seulement on vieillit, mais qu'aussi on va mourir.

Après avoir suivi une route droite qui s'est tracée au rythme de ses vices, ses névroses, ses désirs, ses soupirs, ses plaisirs, Dom Juan est au carrefour exact de deux routes. Au carrefour où il faut choisir : vivre encore ou mourir plus vite. Ce croisement des routes, Molière le commanda aux peintres des tentures du décor pour l’Acte V. Rond point. Rencontre. Loin, aux portes de la ville. Dom Juan prendra la route du Festin de pierre, où plus rien ne pousse. De la poussière plein la bouche. Où ni la religion ni l'amour du père ou de la chair n'ont de prise. Sa route, celle de la mort rapide, du suicide.

Dom Juan est joué par un homme de quarante ans - un âge où l'on n'est plus un jeune homme, mais un homme jeune -, Sganarelle par un homme de trente ans - un âge où l'on est encore un jeune homme ! Sganarelle n'est pas encore parvenu à cet instant de la connaissance de soi. Ce n'est pas une différence sociale qui dicte ses reproches, ses étonnements, ses conseils à Dom Juan, mais une différence d'âge. Une différence de science aussi. On est allé à l’école ou pas. Mais sa naïveté est surtout celle de celui qui ne peut pas encore comprendre. Dom Juan pédagogue. Sganarelle prend des notes, enregistre sur bande son ce qu’il doit retenir pour devenir plus tard un parfait Dom Juan.

Elvire a le même nombre d'années que Dom Juan, plus une jeune fille. Elle choisit la religion pour vivre encore ; concession qui lui coûte, qu’elle accorde au temps ou à sa famille ; leçon apprise et débitée.
Mathurine au carrefour de son âge n’a pas les moyens du choix, ne pourra prendre aucun chemin.
Pierrot est de ceux que la pauvreté éloigne des questionnements. Jusqu’à sa fin une bête de somme ; mais une bête qui se bat. Sans autorisation de regard sur lui-même.
Dom Louis, le père, le terrible " je saurai laver la honte de t’avoir fait naître " est déjà loin sur l'autre route. Il trace son chemin avec l'aide du religieux et du vice dompté.
Le Pauvre avec la religion et la misère, Monsieur Dimanche avec l'argent.
Charlotte, les frères d'Elvire, sont loin encore du carrefour.

Tous, excepté Sganarelle, forment le chœur des " autres " . Chacun peut être tour à tour le commandeur. Ils sont ceux qui condamnent celui qui choisit la destruction de soi. " Les autres " qui envoient en enfer le suicidé.

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Pas de levée de rideau mais une chute de rideau. Noir et velours. L’espace de jeu ne se dévoile pas tout de suite ; les spectateurs s’installent, et là noir-salle… mouvement de fer, de toile ou d’étoffe et on pénètre dans un nouvel univers. Ici avec Dom Juan, tout tombe par terre. Noir-salle et c’est la chute. Dom Juan récit d’une chute. Instant où se dévoile le gouffre avec fond. Fracas de la masse noire qui s’affaisse. L’espace est secoué quand il se révèle. Le plateau, recouvert d’une fine couche de neige-poussière, part en fumée.

Une porte étroite au fond.

Le plateau est vide, un prolongement de la salle, les fauteuils en moins. Boîte noire et nue. Au fond seulement onze bancs. Ceux d'école, raides sur lesquels on s'est assis, couché, sur lesquels on est monté ; sur lesquels on a appris et crié un jour " Me ferez-vous la grâce, Dom Juan, de vouloir bien me reconnaître ? "  ; sur lesquels on a parfois vu son premier spectacle. Ceux qui font un bruit infernal quand ils bougent ou tombent, ceux aux pieds verts et au dos vernis. Ceux des églises peut-être un peu aussi.

Les onze personnages, à leur poste au bout du banc, à mesure qu’avancera le texte, formeront une ligne de regards, reflets des spectateurs. Séparée de la salle par la ligne que forme le rideau au sol, la scène saura gagner, par le regard échangé, progressivement la salle.

De l'eau répandue sur le sol pour dire le naufrage au deuxième acte. Mélange d’eau et de cette fine pellicule de neige-poussière, sable du tumulus de Charlotte. Tumulus : celui depuis lequel elle regarde loin, l’horizon ; boue. Les pas se marquent, les pieds laissent des traces. On n’avance pas impunément.

Un voyage initiatique à travers les arbres. Un spectre, squelette vissé par la tête, mannequin d'étude aux jambes ballantes. Manipulé par Charlotte ; danse de mort, joyeuse, comme une danse macabre ; la jeune fille et la mort. Musique avec du son vivant ; de la voix. Peut-être Tigers Lillies. Avant, tous les sons disaient l’enfermement et le vide : musique électro minimaliste. Peut-être le japonais Rioji Ikeda.

Un commandeur, un parmi ceux assis sur les bancs - peut-être un différent chaque soir, la parole est à prendre – un des " autres " , poursuivant dans un faisceau de lumière celui qu'il condamne. Le Commandeur on l’attend… on le verra ?

Une table longue sans nappe blanche aux quatrième et cinquième actes qui ne quittera plus le plateau. Préférer les Tuperware à la belle vaisselle. Le repas raté ; l’installation et le confort impossibles.

Le spectacle est créé en hiver. Les costumes seront ceux de la saison. Le travail sur le froid offre d'éloigner le corps et quand la chair est visible, ce n'est qu'au prix d'un long effort. (Dom Carlos, après s’être battu en forêt montre son corps. Trouble.) Défaut aussi chez moi de la projection : le spectateur et l'acteur ne peuvent vibrer que sous un même climat, de là à dire que Dom Juan ne jouera qu’en hiver… mais peut-être l’été lui est-il interdit ?

Les costumes ne sont pas d'époque ! Pas d'histoire, pas de temps, un drame humain. Sans date. Ils ne sont pas non plus vraiment d'aujourd'hui. Ils ne sont pas. Les costumes : juste pour les taches qu'ils offrent dans l’univers sombre. Il y a toujours une matière qui trahit le siècle, une coupe de cheveux ou des dents trop belles.
Les hommes sont en noir, en gris, en bleu, en marron… ?

Les femmes sont en blanc : toutes les trois en robe de mariée. Elvire était prête au mariage ; Charlotte était en route pour l’autel où elle aurait dit " oui " à Pierrot ; Mathurine, quand elle nous apparaît, a répondu à la demande de Dom Juan et vient juste d’enfiler sa robe blanche.

La couleur de Dom Juan : gris sombre bleuté aujourd'hui, avec des éclats de blanc comme dans les eaux fortes de Dürer ; un Chevalier et la Mort…

Anne-Laure Liégeois

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Dom Juan sur la route - février 04

Même quand on pense en avoir fini avec cette question, elle revient : pourquoi monter Dom Juan aujourd’hui ?

C’est ainsi, on s’y résoudra, Dom Juan est la pièce du " pourquoi le théâtre ? " Puisque chacun semble déjà en avoir fini avec le personnage - celui avec un " n " , le Don Juan, rien que souvenir, imagerie, pièce quelconque d’un vide-grenier de la culture vernaculaire occidentale, entre décapotable des années soixante, libération sexuelle, fantasme soft, et sortie annuelle à l’opéra.

Dur pour Don Juan, alors Dom se débat entre l’icône défraîchie de héros domestique et l’image de frère de Sisyphe, qu’un Camus voit " profondément conscient de l’absurdité de la vie à laquelle il oppose sa générosité, son courage solitaire, bref l’héroïsme de son existentialisme lucide " .

Rien à faire, ce Dom doit être expliqué, analysé, justifié, alors qu’il ne demande que le contraire, échapper à toute logique et vivre, exister, crever l’écran et brûler les planches, faire de l’univers un théâtre et de l’existence une comédie.

Dom Juan est un personnage qui parle sous la plume d’un égaré, d’un faiseur de théâtre qui n’est plus sûr de rien, surtout pas de sa vie, qui ne croit plus qu’au théâtre et à ses feux et qui pourtant ne maîtrise plus rien de ce théâtre, de ses comédiens à son public, de son essence à sa finalité : pourquoi le théâtre, et qu’est-ce que le théâtre ? Boum. Ce n’est plus un rideau qui tombe, c’est l’écroulement du monde et de ses artifices, la fin des illusions, la fin du rêve et des idéaux de jeunesse.

Tout se joue sur le moment, de vie comme de théâtre, désir de vie et de théâtre, le plaisir de l’instant, et le plaisir d’une langue tendue sur l’instant, la conquête, le désir et le besoin irrépressible de passer déjà au plaisir suivant.

Faut-il jouer la naïveté, celle d’une représentation dont on ne connaît pas la fin ? Ce serait choisir l’illusion commode du théâtre contemporain où l’écriture serait en devenir et donc plus intéressante, plus en prise avec notre temps.

Mais il n’y a pas plus en prise avec notre temps que Dom Juan, ce personnage qui brûle la vie et se consume sous nos yeux, et tout le plaisir du théâtre se révèle ici : Dom Juan est cet homme en représentation dont nous connaissons tous la fin et qui nous surprend pourtant dans son insolence des commencements, nous qui ne savons plus rien de la beauté des commencements, si vieux, nos yeux fatigués par la laideur du quotidien.

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 " Anne-Laure Liégeois bouscule tout ce qui pourrait subsister comme idée reçues sur la pièce. [...] tout est ici prétexte à contre-pieds, clins d'oeil, références. [...] Et cela donne une fraîcheur et une fougue à une pièce qu'elle contribue à nous faire découvrir avec un oeil neuf. " Stéphane Bugat, Le Journal des Spectacles, décembre 2004

 " Basculant les conventions, Anne-Laure Liégeois effectue un grand écart hardi : gags potaches, scènes kitchissimes lorgnant du côté de Pierre et Gilles. Grâce à un travail au cordeau, celle qui a toujours refusé les étiquetages restitue avec fougue et humour son amour pour la langue de Molière, s’agrégeant les faveurs d’un jeune public plus attiré par la Star Ac’ que par le répertoire classique. "  A Nous Paris

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Avis du public : Dom Juan ou le Festin de pierre

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Pacha E. (1 avis) 17 octobre 2005

RE: RE: Dom Juan ou le Festin de pierre La pièce est modernisée. Elle semble essentiellement basée sur la scénographie. Mais, sans avoir lu la pièce et l'avoir étudiée, je trouve que l'on a du mal a comprendre. Certaines scènes sont osées et la musique électro montre bien, une sorte de descente aux enfers. Malgrès des textes parofis mal prononcés, en tout cas pas assez forts, c'est une pièce a voir, mais je vous conseille de lire une fois la pièce avant ^^. PS: Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, il n'y a aucun lien avec lépoque de Molière ( vetements d'aujourd'hui, le mégaphone du garde..etc..) &lt&lt==== A Voir
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Anne A. (1 avis) 08 février 2005

RE: Dom Juan ou le Festin de pierre J'ai trouvé qu'il ya de bonnes idées, notamment celle que le Commandeur soit tous les protagonistes (toutes les victimes ?). En revanche le texte est parfois massacré, certains acteurs articulent peu, c'est dommage. Et certains aspects sont glauques (bière qui ruissellle sur le torse...) Anne
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Sabrina K. (1 avis) 12 décembre 2004

Dom Juan ou le Festin de pierre j'aimerais qu'on me fasse part de vos avis sur la pièce de Don Juan de Anne Laure Liegeois
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