
La crise écologique est aussi un prétexte à raconter plus largement une crise civilisationnelle sociétale et systémique, en perte de sens et de repères. Suivant une force inertielle, ce monde qui ne nous rend pas même heureux se poursuit.
Nos capacités d’engagement et d’action sont fracturées et nous ne parvenons pas vraiment à trancher sur ce que nous valorisons aujourd’hui. Le monde va vers toujours plus d’artificialisation.
Dans la pièce, comme un parcours initiatique, il y a la tentative qu'un peu de naturel émerge. Même si tout frotte (la volonté de divertir contre le désir d’engagement) reste le constat implacable, la seule chose qui n’oscille pas, et sur laquelle on ne parvient pas à construire ou fédérer, si ce n’est par un accord cérébral consensuel : on pressent bien que tout va de travers, on pressent tous la chute, et après ? L’inertie gagne. « Le déraillement » voulu se négocie. Personne n’est exemplaire, tout le monde s’attend pendant que ça brûle et décline.
Nous sommes spectateurs, comme ceux du théâtre assistant à cet éloge de la ruine. Les personnages incarnent cette ruine et ce déclin. Y avait-il du panache ou sont-ils même passés à côté de leur mort ? Ont-ils raté leur fin ? Qu’est-ce qu’il reste ? À quoi tout cela aura-t-il servi ? Pour autant il y aura eu l'espoir, l'humour, des tentatives de rassemblement, des initiatives « citoyennes » dans la salle. Est-ce dérisoire ?
Est-ce le cadre qui les rend dérisoires ? Est-ce un problème d’exemplarité, de système ? D’où vient le problème ? Qui est l’ennemi ? Pour Barrau, cette question est complexe car l’ennemi premier c’est nous même. Pour tenter quelque chose il faut se trahir. Trahir le pan de soi offert aux autres par systématisme, ce qu’on attend de nous. Les choses n’ont pas à être comme elles sont. Ça peut changer. Et le premier terrain d’expérimentation, le sujet, c’est nous. La pièce pousse les personnages à se reconnaître, se découvrir, se rencontrer, mais les dés sont pipés. Pour autant, il s’est passé quelque chose. Une tentative.
La pièce : une tentative.
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