Antoine et Cléopâtre

Théâtre Suresnes - Jean Vilar , Suresnes

Le 11 mars 2006
Durée : 2H20

CLASSIQUE

Lewis Furey a allié l’essentiel de son talent de musicien et de son imaginaire théâtral pour créer un opéra moderne pour 12 chanteurs et musiciens. Un monde désenchanté illuminé par l’éclat d’une passion qui fait croire à l’amour…
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Spectacle terminé depuis le 11 mars 2006

 

Antoine et Cléopâtre

De

William Shakespeare

Mise en scène

Lewis Furey

Avec

Stéphane Aubin

,

Julien Compagne

,

David Cronkite

,

Roxanne Hegyesy

,

David Laurin

,

Jean Maheux

,

Sylvie Moreau

,

Renaud Paradis

,

Violaine Paradis

,

Sylvain Scott

,

Donald Taruc

A partir de 14 ans.

Théâtre musical
Notes d'intention

Depuis qu'il règne sur la partie orientale du monde, Antoine sombre peu à peu dans une passion pour Cléopâtre qui met en péril l'équilibre de l'Empire qu'un homme, Octave César, veut gouverner tout seul… Dans cette sombre histoire d'amour, d'ambition et de guerre, Shakespeare se penche sur les contradictions qui hantent ses personnages jusqu'à les anéantir. Tragédie de la passion dévorante, mélange de grandeur et de mélancolie, cette œuvre est la plus surprenante du Génie élisabéthain.

Lewis Furey a composé une vingtaine de musiques de films, réalisé des vidéoclips (Céline Dion, Françoise Hardy, Carole Laure…) et mis en scène de nombreux spectacles musicaux dont une version de Starmania (Victoire de la Musique 94). Il allie ici l'essentiel de son talent de musicien et de son imaginaire théâtral débridé pour élaborer un opéra moderne servi par 9 comédiens-chanteurs et 3 musiciens de haut niveau.

Face à la loi et l'ordre représentés par Octave César, Lewis Furey adopte le point de vue de Cléopâtre qui incarne l'extravagance sensuelle et la licence. Femme éternelle, héroïne moderne qui exprime sa différence, son unicité et ses désirs, Cléopâtre refuse la notion même de frontière.

Un monde désenchanté illuminé par l'éclat d'une passion qui fait croire à la vérité de l'amour…

Adaptation française de Jean-Michel Desprats.
Direction musicale de Stéphane Aubin.
Chorégraphies de Claude Godin.

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Northrop Frye écrivait en 1989 : « Je ne sais pas quelle pièce sera perçue comme la plus importante au XXIe siècle, à supposer que nous nous rendions jusque-là, mais Antoine et Cléopâtre est celle qui se rapproche le plus du genre de monde qui semble être en train de s'instaurer actuellement. » Et c'était avant que George W., Colin Powell et Condoleeza Rice ne fassent irruption sur la scène mondiale, avant que Bill Gates, AOL et Time/Warner ne décident de se partager les recettes des autoroutes mondiales de l'information, avant l'avènement de notre monde unipolaire.

L'Histoire évolue de façon cyclique et, aujourd'hui, nous sommes revenus à la phase romaine du cycle. Antoine et Cléopâtre traite d'un monde dominé par une puissance impériale : Rome. Trois hommes en sont les piliers : Antoine, 40 ans, brillant général ; l'ambitieux César Octave, enfant chéri des masses, âgé de 28 ans ; Lépide, le vieil homme d'état.

Chaque empire a son îlot de résistance ; celui de l'Empire romain est l'Égypte. La loi et l'ordre sont représentés par Rome et Octave César ; l'extravagance sensuelle et la licence, représentées par l'Égypte et Cléopâtre. Au milieu se trouve Antoine, qui oscille entre les deux.

L'histoire d'Antoine devient la nôtre : « l'histoire de la déchirure d'un sujet. De la guerre éternelle entre notre Orient et notre Occident. De la défaite, toujours nécessaire, toujours tragique, de "l'Antoine" en nous. De la victoire, toujours tragique, toujours nécessaire, du Nouveau sur l'Ancien. » - D. Mesguich

Octave César est jeune, moderne ; c'est un brillant propagandiste et communicateur. Il sera vainqueur à cause de son aveugle obsession du pouvoir. Antoine n'a plus d'attrait pour la politique romaine. Il tourne le dos au succès et s'interroge sur le sens de sa vie. Pour lui, mieux vaut échouer héroïquement que de réussir dans la médiocrité.

Le point de vue de Cléopâtre sera la perspective adoptée pour la mise en scène de la pièce. Cléopâtre repousse les frontières parce qu'elle rejette fondamentalement la notion même de frontière. Elle doit exprimer sa différence, son unicité, ses désirs. Elle ne passe aucun moment de sa vie en coulisses, même sa vie amoureuse est théâtrale ; elle possède une identité d'actrice, elle est l'essence du théâtre.

La violence des fréquentes querelles d'Antoine et de Cléopâtre démontre qu'ils sont totalement enchaînés l'un à l'autre. L'amour et la guerre s'entremêlent, inextricables. Nous ne sommes pas ici en présence de la naïve passion adolescente de Roméo et Juliette, mais bien d'une liaison amoureuse adulte : un homme et une femme sont aux prises à une relation complexe où ils doivent rationaliser le travail et l'amour, la politique et le désir personnel. L'histoire d'Antoine et de Cléopâtre est celle d'une passion envahissante. L'amour, ici, est une question de vie ou de mort. « Être », c'est « être aimé ». Les guerres et les luttes pour le pouvoir ont lieu dans les chambres à coucher et les bureaux des gouvernants. Lorsqu'un événement survient dans leur vie, il se répercute immédiatement sur le monde entier. La vie et la destinée de millions de gens dépendent littéralement des caprices et des mobiles de ces trois dirigeants.

Le projet Antoine et Cléopâtre est conçu pour être joué sans interruption. La simplicité du lieu scénique permet l'évocation immédiate des épisodes successifs de l'histoire qui s'étend sur dix ans et se déroule aux quatre coins de l'Empire (du monde connu). La scénographie pourrait donc être un miroir lointain de la scène élisabéthaine qui, tour à tour, se remplit et se vide.

Le caractère fluide de la réalité (la philosophie de l'instabilité chez Bacon et Montaigne) est brillamment exprimé dans la pièce de Shakespeare : les couloirs du palais de Cléopâtre se fondent pour faire place à sa chambre à coucher et Alexandrie se dissout pour devenir Rome. Je conçois non seulement l'espace, mais aussi le temps comme étant fluide : le pont de la galère de Pompée devient le plateau de tournage du présentateur du journal télévisé de 19 heures de notre XXIe siècle. Les lieux sont des mirages, apparaissant soudain pour ensuite s'estomper insensiblement.

La scène, sur le plan scénographique, est donc le paysage psychique des trois protagonistes principaux : vide et se remplissant soudain de leurs obsessions, leur imagerie inconsciente. Leur monde est le nôtre. Tantôt, c'est une immense toile de Rubens, regorgeant de vie dans laquelle les deux amants ragent et s'enlacent dans une étreinte passionnée ! Puis, c'est un espace vide où ils se retrouvent seuls avec leur conscience, leur doute, leur obsession. La musique et le chant, le mouvement et l'imagerie théâtrale viendront se greffer au texte.

Michel Grivelet écrit que Antoine et Cléopâtre est une pièce sur « …un monde où les luttes pour la domination continuent, se suivent plutôt, fastidieuses, sans conviction, ayant perdu l'exaltation des causes idéales, qu'elles prétendaient servir. Un monde dont on peut dire qu'il est politiquement désenchanté alors même qu'il semble en passe de réaliser le rêve d'un ordre universel. Un monde désabusé, s'il n'était illuminé par l'éclat d'une passion qui va de l'ivresse au sacrifice et fait croire à la vérité de l'amour. »

N'est-ce pas ce à quoi nous aspirons ?

Lewis Furey

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Alexandra H. (1 avis) 10 mars 2006

Antoine et Cléopâtre ouahou... Lewis Furey est un orfèvre... ses interprètes, des hommes et femmes orchestres redoutablement justes, sensibles... Bravo! courez-y, si ce n'est déjà fait!
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