
Pour sa nouvelle création, Christophe Rauck met en scène, dans un dispositif en bifrontal, deux pièces de l’écrivain suédois Jonas Hassen Khemiri. Présentées sous forme de diptyque, ≈ [Presque égal à] et J’appelle mes frères dénoncent le pouvoir de l’argent et la peur de l’autre dans nos sociétés occidentales.
Dans ≈ [Presque égal à], l’argent conditionne tout. La société devient une machine à exclure et à déshumaniser. Rentabilité, profit, productivité sont les nouvelles idoles. Quatre personnages se croisent dans cet univers froid. Martina rêve d’ailleurs, Mani veut renverser le système, Andrei s’accroche pour survivre et Freja qui vient d’être licenciée aspire à se venger. Pris au piège de la société de consommation, ils n’arrivent à rien, sauf à s’enfoncer davantage. Que vaut la dignité d’un être humain face aux lois du marché ? Peut-on espérer une vie meilleure sans trahir ses convictions ?
Dans J’appelle mes frères, l’explosion d’une voiture piégée sème un vent de panique dans la ville. Sans doute un acte terroriste. Amor, erre dans les rues, alors que la peur et les soupçons s’installent. À cause de son apparence, il se sent observé, traqué. Il appelle ses « frères » – Shavi, Valeria, Ahlem, Tyra – pour les mettre en garde : « planquez-vous ! », « fondez-vous dans la masse ! ». Dans la paranoïa ambiante, il va jusqu’à douter de sa propre innocence. Mais comment rester soi-même quand on incarne malgré soi une menace ? Qui est un coupable potentiel ? Eux ? Moi ? Nous ?
L’écriture de Khemiri fend les cadres et explose les stéréotypes. Elle devient un acte de libération jubilatoire, entre comédie grinçante et satire politique. Inspiré par le stand-up, il invente une langue vive, libre et percutante dans une adresse directe au public. En jonglant avec les mots et les registres, son théâtre fait du langage – miroir des inégalités – un puissant outil de résistance et d’affirmation de soi.
Christophe Rauck, à juste titre, dit de Jonas Hassen Khemiri qu’il ne cherche pas à dénoncer mais à tendre un miroir. La première pièce du diptyque qu’il nous présente nous parle d’argent, de notre relation à l’argent. Le fil de l’action est éclaté en saynètes inégales, dont certaines sortent du lot par la férocité des portraits ou par la puissance des situations. La seconde pièce, à l’écriture plus resserrée - mais pas plus simple car s’y succèdent scènes dialoguées et théâtre narratif - aborde la question de l’identité. Plus précisément : quand, en Suède - ce pourrait être en France - on est un Suédois musulman en butte au racisme, comment vivre son identité, tiraillé entre la tentation de s’effacer et celle de s’affirmer, le tout dans un contexte où le terrorisme a sa place. Malgré l’étroitesse de la scène ménagée par le diptyque bi-frontal, Christophe Rauck signe une mise en scène soignée, servi par d’excellents comédiens; citons notamment Servane Ducorps dans la première pièce et Mounir Margoum dans la seconde.
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Christophe Rauck, à juste titre, dit de Jonas Hassen Khemiri qu’il ne cherche pas à dénoncer mais à tendre un miroir. La première pièce du diptyque qu’il nous présente nous parle d’argent, de notre relation à l’argent. Le fil de l’action est éclaté en saynètes inégales, dont certaines sortent du lot par la férocité des portraits ou par la puissance des situations. La seconde pièce, à l’écriture plus resserrée - mais pas plus simple car s’y succèdent scènes dialoguées et théâtre narratif - aborde la question de l’identité. Plus précisément : quand, en Suède - ce pourrait être en France - on est un Suédois musulman en butte au racisme, comment vivre son identité, tiraillé entre la tentation de s’effacer et celle de s’affirmer, le tout dans un contexte où le terrorisme a sa place. Malgré l’étroitesse de la scène ménagée par le diptyque bi-frontal, Christophe Rauck signe une mise en scène soignée, servi par d’excellents comédiens; citons notamment Servane Ducorps dans la première pièce et Mounir Margoum dans la seconde.
7, av. Pablo Picasso 92000 Nanterre
Voiture : Accès par la RN 13, place de la Boule, puis itinéraire fléché.
Accès par la A 86, direction La Défense, sortie Nanterre Centre, puis itinéraire fléché.
Depuis Paris Porte Maillot, prendre l'avenue Charles-de-Gaulle jusqu'au pont de Neuilly, après le pont, prendre à droite le boulevard circulaire direction Nanterre, suivre Nanterre Centre, puis itinéraire fléché.