Tchékhov à la folie

Théâtre de Poche-Montparnasse , Paris

Du 09 avril au 17 novembre 2019
Durée : 1h20

CLASSIQUE

La demande en mariage et L'ours. Deux pièces en un acte d'Anton Tchékhov. Avec Emeline Bayart, Jean-Paul Farré et Manuel Le Lièvre.
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Tchékhov à la folie

De

Anton Tchekhov

Mise en scène

Jean-Louis Benoit

Avec

Emeline Bayart

,

Jean-Paul Farré

,

Manuel Le Lièvre

  • Des « plaisanteries »

La demande en mariage et L'ours. Deux pièces en un acte d'Anton Tchékhov.

Tchékhov disait de ces deux pièces courtes qu’elles étaient des « plaisanteries ». C’est pourtant avec elles qu’il va connaître ses premiers triomphes. Il n’a pas trente ans en 1888 et traverse une des périodes les plus heureuses de sa vie. Ce Tchékhov-là, joyeux, farceur, féroce humoriste, fait preuve dans ces miniatures pour la scène d’une violence grotesque incomparable.

Que ce soit dans La Demande en mariage ou dans L’Ours, le tumulte, le rythme endiablé, la cocasserie des situations, la folie de ces personnages ahuris et furieux nous emportent loin du Tchékhov « chantre des crépuscules ».

  • Entretien avec Jean-Louis Benoît

Est-ce votre première rencontre avec Tchékhov en tant que metteur en scène ?
Non. Quand j’étais à l’Aquarium, j’ai monté un spectacle à partir des récits de Tchékhov, sous le titre Histoires de famille. C’était en 1983. Ces récits étaient antérieurs à la rédaction de L’Ours. Tchékhov n’était pas connu. Comme beaucoup d’auteurs de l’époque, il a d’abord écrit des nouvelles pour les journaux. On commence à parler de lui avec la publication de La Steppe en 1886. Puis vient sa première pièce, Ivanov, en 1887, dont la création est un échec. Tchékhov ne correspond pas aux codes… Il n’est pas tout de suite compris. Pour se remettre de cet échec et retrouver sa veine comique il compose L’Ours, qu’il qualifie lui-même de « plaisanterie ». Et c’est le triomphe !

Et pourquoi ne poursuit-il pas dans cette veine comique ?
Après le gros succès de l’Ours, Ivanov est repris, avec succès cette fois-ci… Tchékhov est lancé ! C’est une période heureuse pour lui. Il n’a pas trente ans, il a réussi ses études de médecine, il gagne de l’argent, il nourrit sa famille, il n’est pas encore atteint par la tuberculose qui va l’emporter. Il est jeune, tendre, gai… Mais n’oublions pas qu’il va mourir à 44 ans !

Vous trouvez que l’on pressent la suite de son oeuvre dans ces deux courtes pièces ?
Il y a un fond tragique dans les personnages de L’Ours et de La Demande en mariage. Smirnov quand il entre chez Ivanovna Popova est au bord du suicide. Mais on est surtout dans l’absurde. Dans La Demande en mariage, le prétendant n’adresse jamais sa demande à la promise. Ce sont deux pièces sur le mariage où le mot « amour » n’est pas une seule fois prononcé ! Mais Tchékhov ne considérait pas beaucoup ces « miniatures », qui pourtant l’ont lancé au théâtre !

Est-ce que vous trouvez à ces deux pièces des ressemblances avec le théâtre de Feydeau, dont elles sont les contemporaines ?
Pas du tout ! La grande différence c’est que chez Tchékhov les personnages sont humains. Chez Feydeau, ils n’ont pas de profondeur ; quand ils rentrent en coulisse, ils n’existent plus ! Chez Tchékhov on sait qu’ils vivent, il y a de l’émotion même dans leurs blagues. La vérité est la première préoccupation de Tchékhov. On a affaire à des gens vrais !

A quel auteur européen il vous fait penser ?
A Molière ! Il a sa faculté d’observation de l’humanité. Une faculté aiguisée par sa fonction de médecin… Et à Gogol, dont il s’inspire. L’humour de Tchékhov doit beaucoup à Gogol. Son goût pour l’insolite des situations excessives, qu’il maîtrise parfaitement. Et puis au vaudeville, qu’il aimait beaucoup. Pour moi Tchékhov est un latin. Il est né au sud de la Russie, à la même latitude que Venise. Il y a du Goldoni chez lui. On retrouve d’ailleurs dans son écriture ces ruptures, ces phrases saccadées, qui ne se terminent pas… Les metteurs en scène qui l’ont le mieux monté sont des italiens !

Mais la Russie est néanmoins très présente dans les deux pièces… Comment la faites-vous exister ?
On a évité la reconstitution folklorique. Mais la Russie est sans cesse citée. Dans les costumes, dans l’atmosphère. Chez Tchékhov revient toujours la notion de la terre, de la propriété. Dans ces deux pièces, c’est l’enjeu même des conflits entre les personnages. Nous sommes en plein été. On sent le travail, ça fourmille, c’est le temps des moissons, tous s’activent dans une chaleur étouffante. Le son est très important pour évoquer la campagne.

Et le décor ?
Il bouge en permanence. C’est une véritable machine à jouer !

Comment avez-vous choisi vos interprètes ? Faut-il une nature particulière pour jouer ces pièces ?
Il faut des acteurs qui connaissent le comique et qui l’utilisent à bon escient. Surtout ne pas parodier, ni truquer. C’est un théâtre de blague où tout doit paraître vrai. Il faut être crédible dans l’invraisemblable. À chaque personnage correspond un tempérament. Tchékhov a inventé Smirnov après avoir vu un comédien qui jouait tout très fort. C’est un personnage colérique, mais un homme éminemment fragile, qui a « la larme à l’oeil ». Un taureau plutôt qu’un ours ! Quant à la femme dans les deux pièces, elle a des comportements d’homme. Comme dit Markovitch, le traducteur, ici les hommes sont des femmes et inversement…

Vous avez un faible pour la traduction de Markovich ?
Oui, nous avons déjà travaillé ensemble, et j’aime sa volonté d’être au plus près du russe. J’aime aussi le tempo rapide qu’il a su retrouver dans la langue, et qui donne cette impression de tourbillon… Je crois que les farces sont ce qu’il y a de plus difficile à traduire.

Qu’est-ce qui fait selon vous la spécificité de Tchékhov, la particularité de son théâtre ?
Le mélange des genres. Ce qu’on a perdu en France à la Renaissance, après Rabelais, pour entrer dans l’austérité des règles imposées par le classicisme, et qui évacuent lentement tout le bas du corps. Chez Tchékhov on pleure, on rit, on se tape dessus et on s’embrasse en même temps… Il y a du comique dans le tragique et vice-versa. C’est très slave et très latin à la fois ! La gravité est là, tout est ouvertement et inexorablement grave, ce qui n’empêche jamais le rire de s’infiltrer partout ! Et il n’y a pas de message, contrairement à Tolstoï. Le théâtre de Tchékhov n’a pas pour objectif d’enseigner quoi que ce soit… Lui-même avait un jugement assez méprisant sur sa propre oeuvre.

Mais quel est son point de vue sur le monde ?
Un regard. Un regard mû par la grande singularité de sa personne et son intérêt pour les gens. Tchékhov détestait être seul, il lui fallait toujours du monde autour de lui. Et puis il y a un contexte historique, qui sourd dans tous ses écrits. La vision d’une humanité qui s’effondre, à l’orée du XXème siècle et de la Révolution… Mais la vie, le rire, la gaieté reprennent toujours le dessus. Et un immense sentiment d’absurdité s’impose. Tenez, cette phrase « Il est mort ! Donne-lui de l’eau et appelle un docteur ! » raconte tout !

Propos recueillis par Stéphanie Tesson.

  • Extraits

Lomov (seul)
… et je ne peux pas ne pas me marier... D’abord, j’ai déjà trente-cinq ans – un âge, comme on dit, critique. Ensuite, il me faut une vie tranquille et réglée... J’ai un souffle au coeur, des palpitations permanentes, je suis impulsif et tout le temps affreusement émotif... En ce moment, là, j’ai les lèvres qui tremblent et, à la paupière de droite, un petit tic qui me tiraille... mais le plus affreux de tout chez moi, c’est le sommeil. À peine au lit, à l’instant de m’endormir, d’un coup, dans le flanc gauche, vlan, ça me tire et ça remonte droit dans l’épaule et dans la tête... je saute du lit comme un fou, je fais deux trois pas, je me recouche, et, à peine au bord de m’endormir – vlan, dans le côté, c’est reparti. Et comme ça, vingt fois de suite...
Extrait de La Demande en Mariage

Natalia Stépanovna
Il est mort. Ivan Vassilitch ! Ivan Vassilitch ! Qu’avons-nous fait ? Il est mort ! Un docteur, un docteur !
Tchouboukov
Oh !...Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu veux ?
Natalia Stépanovna
Il est mort !... Il est mort !
Tchouboukov
Qui est mort ? Mais c’est vrai qu’il est mort ! Jésus Marie ! De l’eau ! Un docteur !
Extrait de La Demande en Mariage

Smirnov
...Je vous provoque en duel !
Louka
Jésus !...Dieu du ciel !...De l’eau !
Smirnov
Au pistolet !
Popova
Avec vos gros poings et votre cou de taureau, vous croyez que vous me faites peur ? Hein ! Espèce de butor !
Smirnov
Le duel ! Je ne permettrai à personne de m’injurier et ça m’est bien égal, que vous soyez une femme, une faible créature !
Popova
Vous êtes un ours ! Un ours ! Un ours
Extrait de L’Ours

Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan.

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Avis du public : Tchékhov à la folie

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Sandra N. (1 avis) 12 mai 2019

Des rires du début à la fin Quel spectacle extraordinaire! Les 3 comédiens sont formidables, d'une intensité incroyable. Emeline Bayart est tout simplement exceptionnelle! Elle joue avec chaque fibre de son corps, jusqu'au bout des doigts, jusqu'au moindre cheveux. Ses mimiques sont tellement drôles et originales! Quel bonheur de voir un tel jeu!!
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THIERRY L. (1 avis) 20 mai 2019

Excellent spectacle où l'on passe un très agréable moment où les acteurs sont formidables . A voir pour la joie que cela procure surtout par les temps actuels et également un grand merci à Tchèkhov , peut-être un peu méconnu . Mérite le détour , courez-y ....
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Thierry K. (1 avis) 16 juillet 2019

Tchékov, mysogine ou féministe? Excellents comédiens, avec qelques qualitées supplémentaires pour Emeline Bayard. Tchékov reste toujours un dramaturge en pleine actualité.
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Joël C. (2 avis) 01 juillet 2019

tchekov Un spectacle merveilleux avec des acteurs étonnants de vérité à voir absolument
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