Scènes d'intérieur

Paris 8e

du 10 au 21 mars 2026 1h50

Scènes d'intérieur

Mêlant passé et présent au travers de deux récits, Mélanie Leray fait dialoguer théâtre et cinéma pour ausculter les consciences et décrypter la transmission intergénérationnelle de la violence.

Scènes d'intérieur - Photographies

  • Deux générations face à la violence

Julie, Félix et Violaine réalisent un film sur les violences familiales. Ils ne sont pas toujours d’accord sur la manière de représenter la violence. Leur histoire se déploie dans un hôtel de bord de mer. Chloé, une comédienne sur le point de jouer le rôle de Nora dans Une maison de poupée, accompagne son mari, Henri, à un séminaire. Sous le regard de Simon, leur fils de cinq ans, les tensions émergent peu à peu, révélant mensonges, non-dits et violences. Le récit dévoile en parallèle un épisode décisif de la vie de Lénaïg, la mère de Chloé.

Mêlant passé et présent au travers de ces deux récits, Mélanie Leray fait dialoguer théâtre et cinéma pour ausculter les consciences et décrypter la transmission intergénérationnelle de la violence.

  • Presse 

« Mélanie Leray met en scène une passionnante relecture d’Une maison de poupée, tuilant présent et passé du drame, théâtre et cinéma, avec une intelligence et une créativité éblouissantes. Remarquable ! » La Terrasse

  • Note d'intention de la metteuse en scène

L'espace : un révélateur dramaturgique.
J'ai fait le choix de concevoir une scénographie où l'espace du film devient indissociable de l'espace scénique. Cette fusion spatiale annonce « la couleur » : nous ne sommes ni dans un projet purement théâtral, ni purement cinématographique, mais dans un langage hybride où les deux médiums se mettent au service d'une histoire de violence et de transmission intergénérationnelle, ainsi que du fantôme de la Nora d’Ibsen.

Filiation artistique : d'Ibsen à aujourd'hui.
Cette création puise ses racines dans Une maison de poupée d'Ibsen (1879), œuvre visionnaire qui dénonce l'infantilisation de la femme dans le mariage bourgeois où l'épouse demeure un objet décoratif privé d'autonomie. Plus d'un siècle après cette pièce fondatrice, malgré les conquêtes juridiques et l'égalité formelle des droits, la violence conjugale révèle la persistance souterraine de ce besoin névrotique de domination.

Mon film raconte l'histoire de Léna à la fin des années 1990, mère de trois enfants dont une adolescente, Chloé. Il illustre cette troublante continuité : privé de son pouvoir légal sur sa femme, Adrien recourt à la violence pour maintenir son emprise. Cette brutalité domestique constitue la face cachée d'un patriarcat qui refuse de disparaître. Pour Chloé, la découverte d'Ibsen au lycée devient un miroir cruel de son quotidien familial. Quand Nora claque la porte pour fuir son mari oppresseur, la jeune fille reconnaît l'impossible liberté de sa mère, coincée dans une maison de poupée moderne faite de peurs quotidiennes. La violence qui explose en elle contre sa camarade traduit cette rage impuissante face à un système qui, bien que condamné par la loi, continue de broyer des femmes.

Une performance : un tournage et montage en direct (en alternance avec le film sur l’adolescence de Chloé).
Sur scène, Chloé a maintenant 43 ans. Elle accompagne son mari avocat dans le Sussex avec leur fils Simon. Ils passent la nuit dans un hôtel où doit se dérouler une soirée pour célébrer la fusion d'un cabinet britannique avec le cabinet d'affaires français pour lequel travaille Henri. L’histoire est filmée sur scène. Cette performance live crée une temporalité unique, jamais reproductible, où le spectacle devient à la fois théâtre et cinéma en direct. Chaque soirée génère un film différent pour capturer l'émotion brute et l'authenticité de l'instant présent.

La mise en scène théâtrale devient une performance filmique projetée sur le même écran, en alternance avec le film sur l’adolescence de Chloé. L’enjeu de cette performance consiste à coller au plus près du corps des acteurs, caméra à l'épaule, pour créer une intimité inédite au théâtre grâce à la proximité physique entre acteurs et cadreurs. Là où les mots parfois s'arrêtent, l'image nous permet d’approcher de l’indicible grâce au jeu de l'acteur scruté à la loupe. Quand je dirige les acteurs dans l'espace scénique, je répète simultanément chaque plan avec les cadreurs, véritables partenaires de jeu et, d'une certaine manière, acteurs à part entière.

Le public assiste ainsi à la création d'une œuvre cinématographique en temps réel, où l'imprévu, les nuances d'interprétation et la magie du direct s'inscrivent dans l'image. Cette dimension performative transforme chaque représentation en événement, créant une intimité particulière entre les spectateurs, les acteurs et cette histoire de couple, d’enfants et d’amour toxique malaisante.

Choix artistiques : acteurs.
J'ai choisi de travailler avec Marie Denarnaud pour notre troisième collaboration. Cette confiance mutuelle construite au fil de nos projets précédents est essentielle pour travailler sur l'intimité. Marie possède cette capacité rare à révéler la vulnérabilité et la force sans jamais tomber dans la complaisance.

C’est ma première collaboration avec Arthur Igual, un acteur puissant et charismatique. Même s’il devient violent, le personnage d'Henri reste séduisant tout au long de la pièce. C’est un personnage ambigu qui ouvre des portes de compréhension aux mécanismes de domination. Pour le film, je me suis entourée d’enfants et d’acteurs proches de mon travail, comme Pauline Parigot, Emmanuelle Bercot et la jeune Prune Bozo.

L'âme musicale du spectacle.
Les compositions d’Émilie Quinquis, première productrice de musique électronique à composer en langue bretonne, tiennent une place centrale dans cette création. Sa musique crée des connexions subtiles et un dialogue permanent entre les mots, les corps des acteurs au plateau et les images projetées. Cette création musicale originale est le fil conducteur émotionnel qui unifiera tous les langages de notre spectacle hybride, tissant un lien invisible mais essentiel entre toutes les temporalités de notre récit.

                                                                                                                                                         Mélanie Leray

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