Popper

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Théâtre Suresnes - Jean Vilar , Suresnes

Du 15 au 18 mars 2007
Durée : 1H30

CONTEMPORAIN

Ecrite en 1976, cette pièce déploie les ficelles d’un vaudeville transposé à l’humour juif. Un petit couple tranquille de Tel-Aviv est farouchement accroché à son petit bonheur, jusqu’à ce que le voisin d’en face s’en mêle... Un texte savoureux et animé qui révèle une histoire cruelle et drôle empreinte de noirceur et de crudité.
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Spectacle terminé depuis le 18 mars 2007

 

Popper

De

Hanokh Levin

Mise en scène

Mihai Tarna

Avec

Julie Biereye-Meziat

,

Jean-Louis Cordina

,

Agnès Dupuy

,

Hervé Huyghues

,

Henrik Schmidt

Humour juif
La pièce
Entretien avec Mihaï Tarna
Extrait

  • Humour juif

Israélien d'origine polonaise, Hanokh Levin a écrit cinquante pièces dans lesquelles il révèle l'absurdité de l'existence humaine à travers une écriture brillante et tranchée. Ses comédies, centrées autour de la famille et du quartier, mettent en scène les aspirations et les vicissitudes de personnages insignifiants.

Ecrite en 1976, Popper déploie les ficelles d'un vaudeville transposé à l'humour juif. D'un côté, un petit couple tranquille de Tel-Aviv farouchement accroché à son petit bonheur. De l'autre, le voisin célibataire qui s'ennuie et se contente d'admirer passivement le bonheur d'en face. Celui-ci va se retrouver au cœur de l'intimité des époux puis deviendra l'homme à abattre…

Comédien et metteur en scène d'origine moldave, Mihai Tarna s'empare de ce texte animé et savoureux pour révéler cette histoire cruelle et si drôle empreinte de noirceur et de crudité.

Traduction : Laurence Sendrowicz

  • La pièce

Entre deux étages, sur un même palier, se joue une tragédie humaine aux confins abyssaux et à la rhétorique salée. « Popper », d’Hanokh Levin, creuse les voies de l’abstraction et met en scène un groupe de gens aux identités floues et aux contours ardents, la nuit dans leurs appartements.

Un couple d’amoureux, entièrement dévoué à l’édification de sa propre et belle histoire, voit cette dernière sombrer dans les rets de la jalousie à cause d’une misérable crotte de nez incidemment mal placée au faite du petit doigt de la donzelle aimée… L’incident de taille, nécessite l’intervention du voisinage, le fameux Popper, meilleur ami en titre, et pompier d’occasion.

Ainsi que le veut le bon sens populaire au service de la morale des tout puissant : tout arroseur finissant arrosé, le héros du palier se consumera dans un coin de sa chambrée sous les assauts de son voisinage bien heureux d’avoir l’amour retrouvé, mais lui faisant payer bien cher le coup de main donné…

À son tour, Popper sera aidé, vainement, par son ami, Katz l’hébété, et aussi la pulpeuse de quartier de gares en quête de rédemption, Koulpa… Comme dans toute bonne comédie, tout est bien qui finit bien, dans « Popper », personne n’échappe à son destin.

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  • Entretien avec Mihaï Tarna

Popper d’Hanokh Levin est un texte particulièrement dingue…En effet ! Mais j’ai d’abord choisi ce texte parce qu’il est tenu par une dramaturgie forte et solide. J’aime beaucoup cet auteur dont on commence à s’emparer aux quatre coins de l’Europe, et j’aime beaucoup cette histoire-là : énigmatique, drolatique, qui laisse beaucoup de liberté au metteur en scène.

L’auteur ne donne aucune indication de lieu, de temps. Il ne donne pas non plus d’indication sur qui sont ces « pauvres gens ». C’est passionnant d’animer tout cela avec son imagination et celle des acteurs. Le peu que donne Levin, c’est que toutes les scènes se passent la nuit, comme si ses personnages étaient des spectres… Il s’agit pour moi d’une petite Babylone sur le palier d’un appartement de HLM…

Popper, c’est une comédie ? Si l’on s’en tient à l’action, oui, c’est une comédie, et à mon sens une grande comédie ! Cependant je crois que ce comique cache une profonde et sourde angoisse de la solitude, une grande histoire qui s’appelle : « peur d’être adulte ». Même si je ne compte pas ponctuer ma mise en scène de grands élans nostalgiques, cette question-là est pour moi beaucoup plus touchante qu’il n’y paraît. Alors il y aura quelques accents tristes perdus dans le flot des situations burlesques. Je voudrais que le spectateur perçoive comme une ombre de larme…

Une certaine forme de lyrisme ? Je suis actuellement en train d’écrire une thèse sur le lyrisme dans le théâtre de Peter Brook, et plus je découvre les ressorts du lyrisme plus il me déplaît ! J’aime les spectacles qui blessent, j’aime les histoires à angles dangereux. J’aime les images qui frappent, même si ça fait mal. Je crois que l’indifférence tuera notre société, et c’est pour cela qu’au théâtre, au moins, on ne peut pas rester indifférents.

Dans Popper d’Hanokh Levin, le désir ardant et la peur sont comme des angles saillants. Sous ces airs de comédie, cette pièce est une tragédie comme La Mouette de Tchekhov. J’aime la solitude qui se cache derrière les éclats de rire. Il y a vraiment quelque chose de singulier dans l’humour d’Hanokh Levin, une certaine esthétique de la vulgarité. Je crois que les grands écrivains sont forcément vulgaires, quand on aime la liberté jusqu'à la perversion, on aime la vérité dans ce qu’elle a de sale et on aime l’exprimer telle quelle.

C’est-à-dire que votre mise en scène prendra en compte cette vulgarité-là ? J’aime beaucoup le grotesque et il me semble que pour ce texte-là il est parfaitement approprié. Je ne parle pas du grotesque de cirque, mais bien du grotesque de théâtre, que l’on a souvent tendance à confondre. Le vrai grotesque est pour moi une forte décharge de vérité émotionnelle.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le personnage de Popper ? Popper a beaucoup de points communs avec Don Quichotte, il ne lutte pas contre des moulins, mais il lutte ! Contre lui-même, contre ses voisins… C’est absurde de rêver d’un monde meilleur…. J’aime beaucoup cette belle phrase de Tarkovski : « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Dostoïevski lorsqu’il dit que la beauté sauvera le monde, je crois que c’est la honte qui sauvera le monde ». Je crois que dans le texte de Levin, Popper meurt de honte.

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  • Extrait

Le matin, chez les Shvartz. Shvartziska se cure le nez avec le petit doigt. Entre Shvartz.

Shvartz – Shvartziska. Ma Shvartziska. Prunelle de mes yeux ! Oreillette de mon coeur ! Petit doigt de ma main ! Il lui embrasse l’oreille, le cou, l’épaule, essaie de lui attraper la main mais elle la cache derrière son dos.
Shvartziska – Allez, ça suffit.
Shvartz – Non. Ta Main. Ton doigt.
Shvartziska – Arrête, Shvartz.
Shvartz – Je veux embrasser ton doigt. Ton riquiqui.
Shvartziska – Non.
Shvartz – Si.
Shvartziska – Prends mes épaules.
Shvartz – Je les ai déjà embrassées.
Shvartziska – Mon cou.
Shvartz – Je l’ai déjà léché. Je veux ton petit doigt.
Shvartziska – Prends ma poitrine. Qu’y a-t-il de mieux que de beau nénés ? Tiens, prends !
Shvartz – Je veux le riquiqui.
Shvartziska – Non.
Shvartz – Si.
Shvartziska – Non.
Shvartz – Le riquiqui !
Il essaie de saisir sa main. Elle le repousse.
Shvartziska – J’ai dit assez !
Shvartz recule. Tristement. – Et moi, je ne voulais que le doigt. Le petit doigt. En me levant ce matin, je me suis dit : « Shvartz, tu as déjà tout eu, tu en as embrassé de la Shvartziska.
Pourras-tu encore glisser quelque chose entre tes lèvres ? Non. Il te faut à présent une nouvelle approche, quelque chose de frais, de subtil. Tu vas donc arriver sur la pointe des pieds et tu lui embrasseras le petit doigt. Tu en vouras plus ? Tu crèveras de désir ? Ceinture. Tu pourras exploser que tu n’obtiendras rien de plus. Et ce sera avec ce léger contact digital que tu t’en iras travailler et que tu passeras ta journée à compter les minutes. Mais quand viendra le soir et que tu rentreras, ah, le soir… » Oui, Shvartziska, telle était mon intention. Pourquoi avoir détruit ce qui avait été minutieusement programmé au plus profond de mon coeur ? Je l’ignore. Si jusqu’à cette minute notre bonheur n’avait été aussi parfait, peut-être l’effondrement n’aurait-il pas été aussi total.
Shvartziska – Shvartz, ne dis pas ça.
Shvartz – Si. Tout s’écroule. Au revoir. Il sort
Shvartziska – Shvartz, n’en fais pas une catastrophe ! Shvartz ! pour elle-même Qui aurait pu imaginer d’aussi grands desseins bâtis sur un tout petit doigt ?

Popper de Hanokh Levin Acte I, scène 1

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