Pascal Descartes

Théâtre de l'Œuvre , Paris

Du 10 octobre au 31 décembre 2007
Durée : 1h10

CONTEMPORAIN

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Coups de coeur

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Tête d'affiche

Une joute pleine d’esprit entre deux philosophes exceptionnels, deux hommes qui ont chacun une vision particulière du monde, une rencontre qui éclaire avec intelligence et acuité notre histoire la plus contemporaine… Un dialogue vif, brillant, sensible, imaginé par Jean-Claude Brisville et interprété par Daniel et William Mesguich.
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Spectacle terminé depuis le 31 décembre 2007

 

Photos & vidéos

Pascal Descartes

De

Jean-Claude Brisville

Mise en scène

Daniel Mesguich

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William Mesguich

Avec

Daniel Mesguich

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William Mesguich

La rencontre entre deux hommes exceptionnels
Extrait d’un entretien avec Jean-Claude Brisville

  • La rencontre entre deux hommes exceptionnels

La rencontre entre deux hommes exceptionnels, deux intelligences hors norme qui ont chacun une vision particulière du monde.

Les deux philosophes les plus célèbres de leur temps se sont rencontrés à Paris, dans le couvent des minimes, durant plusieurs heures, à huis clos, le 24 septembre 1647. Blaise Pascal avait alors 24 ans et était déjà très malade, René Descartes 51 ans. De cet entretien historique, rien n’a filtré, sinon une ou deux notes jetées sur le papier par l’un et l’autre. Que purent-ils se dire ?

De cette interrogation, Jean-Claude Brisville a imaginé librement cette conversation où la fascination réciproque est comme un désir rendu impossible par les points de vue contraires. Descartes, rationaliste, réaliste, pragmatique même, militaire, homme de voyage, bon vivant ne dédaignant ni la bonne chère ni le beau sexe. Pascal maladif, tourmenté, mystique ardent, intransigeant, exaltant la souffrance et la mort. Si l’on sent progressivement tout ce qui sépare ces deux hommes, on perçoit aussi tout ce qui pourrait les unir.

Ces lointaines paroles échangées sont un exact miroir tendu à notre propre temps. Que ceux que n’intéressent ni la Raison, ni le Sentiment, ni la Foi, ni la Science et ni Dieu, ni le Vide, et ni le Monde, ne viennent pas les entendre. La philosophie des Lumières n’a pas fini d’éclairer notre siècle…

Le texte de la pièce a été publié aux Editions Actes Sud-Papiers. Ce spectacle est dédié à la mémoire d’Henri Virlogeux et de Jean-Pierre Miquel.

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  • Extrait d’un entretien avec Jean-Claude Brisville

François Busnel : Au théâtre, vous avez ouvert une brèche, tout de même.
J.-C.B. Si j'ai ouvert une brèche, elle s'est refermée aussitôt. En effet, la confrontation de deux grands personnages historiques n'avait encore jamais été entreprise de façon systématique avant L'entretien... ou Le souper. Mais si mes pièces ont eu du succès, c'est peut-être parce qu'elles étaient très documentées. Le plus difficile était de trouver les deux personnages qui fonctionnaient bien ensemble, d'étudier leurs vies de façon très approfondie. Ensuite, chaque action découlait de leur caractère. Et puis j'ai été aidé par l'Histoire. Elle a du génie, l'Histoire ! En étudiant mes personnages, je découvrais quantité de choses que je n'aurais jamais eu l'idée d'inventer. L'auteur de théâtre est comme un chercheur de trésors : il gratte la terre et trouve de l'or. Moi, je grattais l'Histoire et je découvrais de fabuleux gisements. C'est ainsi que j'ai écrit L'entretien... Je ne connaissais rien à la philosophie de Descartes ni à celle de Pascal, mais leurs vies m'ont fasciné. Songez que Descartes vivait maritalement avec une servante, à Amsterdam, ce qui était assez exceptionnel pour un gentilhomme français. Il eut une petite fille qui mourut d'une épidémie de variole à l'âge de sept ans. Dans une lettre à un de ses amis, il écrit que les plus belles années de sa vie furent celles passées auprès de cette femme et que la perte de cet enfant fut le plus grand chagrin que la vie lui ait donné : « Je ne suis pas de ceux qui pensent que les larmes n'appartiennent qu'aux femmes. » Cette phrase, de la part d'un philosophe de la raison raisonnante, qui passe pour un homme sec, m'a semblé prodigieuse. J'ai voulu en savoir plus, lu des biographies et découvert qu'il mena une vie extraordinaire : Descartes incarnait le « cavalier français », aimait les femmes, l'aventure, le jeu, la guerre, les duels, les sciences occultes (il a beaucoup fréquenté les sorciers)... Cadet de famille, il fut mis en pension à La Flèche, persécuté par ses camarades, pris sous la protection d'un père jésuite qui lui donna des leçons particulières au point qu'il devint, en quelques mois, la lumière de ce collège et fut repéré par Richelieu qui lui fit une proposition qu'il déclina à l'âge de 16 ans... A 17 ans, il partit pour Paris et son arrivée à la capitale fait penser à celle de d'Artagnan telle que la raconte Alexandre Dumas dans le premier chapitre des Trois mousquetaires. Il se levait très tard, fréquentait les dames, passait ses nuits dans les tripots, jouait et se battait.

Qu'est-ce qu'une pièce réussie ?
J.-C.B.
Je crois qu'il y a deux fondamentaux, comme on dit dans le rugby, deux lois que tous les auteurs doivent respecter. D'abord, le conflit. Il faut un conflit fort. Dans les romans, les conflits peuvent se dérouler par l'intermédiaire d'une narration ou de deux monologues parallèles, on parle chacun pour soi, sans forcément s'opposer. Mais au théâtre, le conflit doit absolument apparaître dès les premières lignes. Ensuite, l'évolution des personnages. Les personnages ne doivent pas être les mêmes à la fin qu'au début ; ils doivent évoluer et s'opposer. Tous les auteurs dramatiques ont respecté ces règles, même Beckett. L'histoire de France, pour cela, est merveilleuse. Un vivier exceptionnel. Pour ne s'en tenir qu'à la littérature, prenez l'opposition de Descartes et Pascal, de Corneille et Racine, de Voltaire et Rousseau, de Sartre et Camus... Inutile d'inventer, tout est là. La France est née, semble-t-il, sous le signe des Gémeaux : il y a toujours eu deux personnages au sommet qui se sont opposés. C'est un fait typiquement français. L'Espagne, c'est Cervantès. L'Italie, c'est Dante. L'Allemagne, c'est Goethe... Mais la France, c'est Voltaire et Rousseau... Cette gémellité est le propre de notre culture. Je n'ai pas inventé l'opposition au théâtre, d'autres ont fait d'excellentes pièces historiques avant moi, mais j'ai systématisé ce principe. J'ai fait lire toutes mes pièces à d'éminents historiens comme Alain Decaux, André Castelot ou Jean Tulard, aucun n'a jamais rien trouvé à redire au point de vue de la vérité historique : je n'inventais rien, tout était puisé dans l'Histoire.

Quelle est la place de l'humour dans vos pièces ?
J.-C.B.
Très importante, en effet. Même dans une pièce comme L'entretien de M. Descartes avec M. Pascal le jeune, il y a des moments d'humour. Quand une situation est très tendue, il faut que l'on souffle un peu, que les spectateurs se détendent. Dans L'entretien, pièce grave et sévère, il y a trois ou quatre moments où le public riait beaucoup. J'ai également eu la chance d'être servi par des acteurs de tout premier plan. Henri Virlogeux dans le rôle de Descartes, Daniel Mesguich dans celui de Pascal ; Claude Rich en Talleyrand ou Claude Brasseur en Fouché.

Vous écriviez pour ces acteurs. Qu'est-ce que cela change ?
J.-C.B.
Beaucoup de choses. C'est comme un musicien qui compose une sonate : il doit écouter les instruments. Moi, j'écoutais les voix de mes acteurs. Et ils avaient des voix magnifiques. La voix est ce qui vous exprime, au sens le plus profond du terme. Lorsque parfois la fatigue me prenait en cours d'écriture, que venait l'envie de tout lâcher et d'aller dormir, alors la voix des acteurs s'élevait sous mon crâne ; c'étaient eux qui me dictaient leurs répliques et me tenaient éveillé jusqu'à ce que la pièce soit achevée.

Mené par François Busnel, pour le magazine Lire, mars 2006.

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Avis du public : Pascal Descartes

12 Notes

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Jeanmarie G. (1 avis) 12 mai 2015

Corps et âme... Vivent la raison, la pensée, la foi, le doute ! Puissance de l'esprit, la voix, le corps, la présence : Vive le théâtre servi par de tels acteurs !
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Michel P. (25 avis) 09 mai 2015

Pascal Descartes Excellent spectacle. Magnifiquement interprété par les deux comédiens, avec une mention spéciale pour le père.
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GILLES L. (38 avis) 30 avril 2015

Deux monstres Un très grand texte de Brisville, le meilleur théâtre de Paris, deux monstres d'acteurs et un échange vibrant entre deux génies (la proximité de la scène rend encore plus charnelle la présence de Pascal et Descartes) Une soirée monstre. Je ne connaissais pas Willian Mesquich, et c'est un vrai coup de coeur. Il donne une intensité fiévreuse au jeune Pascal qui est exceptionnelle. J'ai hâte de la revoir à la rentrée dans Flaubert. La relève est assurée. Nous avons de très grands acteurs pour continuer de faire vivre de grands textes.
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Bertrand S. (2 avis) 23 avril 2015

brillant Juste un moment délicieux. 2 grands fauve de théâtre face à face. Le parti pris de l'auteur pour Descartes et le jeu de William Mesguich fils ne rendent vraiment pas Pascal aimable. Fascinante confrontation, passionnante tant du point de vue philosophique que historique. Merci.
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David G. (1 avis) 22 octobre 2014

Excellent moment, grand jeu d'acteurs, texte ciselé, même si l'on peut regretter que l'auteur ne retienne que le côté sombre de Pascal.
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Eric D. (2 avis) 14 octobre 2014

Pascal Descartes Très bon dialogue soutenu par des acteurs maître de leur art . .Theme très actuel . Un régal
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Martine R. (2 avis) 26 septembre 2014

Pascaĺ Descartes Excellent spectacle, intelligent et remarquablement joué. Le thème est plus que jamais d'actualite quand tant de personnes cherchent dans l'intégrisme la réponse à leurs angoisses existentielles et leur mal de vivre. Un bonheur total.
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Claire N. (2 avis) 14 septembre 2014

Pascal Descartes Excellent !
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Yanik M. (3 avis) 01 mai 2015

Actualité permanente Du bon théâtre avec un texte qui illustre bien les affrontements (parfois un peu schématiques) de pensée/de vie et 2 acteurs excellents au plus près des spectateurs. Mise en scène très bien dans les échanges face à face mais un peu plus "floue" dans les déplacements + un élément anachronique dont la présence n'est pas, à mon avis, bien justifiée. Un peu gênant : le retard de la séance de près de 30 mn.
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DANY09 (29 avis) 24 avril 2015

Bien J'ai trouvé ce texte moins brillant et spirituel que celui du Souper ou de l'Antichambre. Daniel Mesguich est parfait en revanche je n'ai pas trop aimé le jeu de William que j'ai trouvé excessif et artificiel.Ce pauvre Pascal en devient ridicule. Le débat Jésuites-Jansénistes renvoie à notre actualité. C'est une pièce intelligente et intéressante à voir dans ce charmant théâtre de poche.
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