Mélisande

Richard Brunel, auteur de l’adaptation et de la mise en scène, signe avec le compositeur Florent Hubert, d’après la pièce de Maeterlinck et l’opéra qu’en fit Claude Debussy, un nouvel opéra.

Richard Brunel et Florent Hubert mélangent habilement la pièce de Maeterlinck avec la partition de Debussy. Au cœur de cette création, l'incandescente Judith Chemla campe une Mélisande bouleversante aux côtés du touchant Pelléas de Benoît Rameau. Un spectacle lyrique fascinant et plein de poésie.

  • Une Mélisande à fleur de peau

Richard Brunel, auteur de l’adaptation et de la mise en scène, signe avec le compositeur Florent Hubert, d’après la pièce de Maeterlinck et l’opéra qu’en fit Claude Debussy, un nouvel opéra. Quatre chanteurs-acteurs, dont l’incandescente Judith Chemla donne corps à Mélisande, quatre instrumentistes, et voilà le fleuron du symbolisme français, et l’unique opéra de Debussy réduit à l’essence, jusqu’à l’os.

Entreprise audacieuse, mais légitime : l’ambition de Debussy n’était-elle pas de débarrasser l’opéra de tous ses ornements, de ses maniérismes et de ses routines ? Un pas de plus, et nous y sommes : une femme dont on ne sait rien, entre deux hommes, une femme qui ne veut pas se plier, une histoire de jalousie, de passion et de révolte, et la mort pour finir, mais une mort choisie, contre toute convention.

  • La presse

« Judith Chemla électrise Mélisande » Fabienne Pascaud, Télérama TT

  • Avant-propos

Parmi les instruments choisis, l’accordéon signe en soi une  transgression du style. Comme un petit orgue, il est le garant du mélodique et de l’harmonique. Les percussions accentuent les rythmes. Elles se justifient par l’intérêt de Debussy pour le gamelan indonésien. La harpe, instrument debussyste, assure le lien avec la féérie,le conte de fée, source d’inspiration de l’opéra. Le violoncelle apporte le lyrisme qu’on pourrait perdre  en  ne  choisissant  pas  de  vent.  Il  s’agira  donc de faire entendre cet opéra de façon à la fois identique et différente, d’en mettre en valeur les  tempi et les rythmes, dissimulés d’ordinaire derrière l’ampleur de l’orchestre, de le sublimer par la proximité plus grande entre les instruments, les chanteurs et les acteurs.

Le deuxième  resserrement  est  théâtral. Mélisande, à présent seul personnage éponyme, devient le centre névralgique du projet. Face à elle, trois figures masculines, trois âges de la vie : les frères de la pièce, amoureux de Mélisande, Golaud et Pelléas, l’un interprété par un acteur, l’autre par un chanteur ; et une troisième figure, un comédien, le vieil homme, présence poétique qui condense à elle seule toutes les figures de l’observation et de l’empathie de l’opéra originel : le médecin, Arkel et Yniold. Ce quatuor dessine les multiples figures d’une danse d’amour qui devient rapidement danse de mort. Et du fait d’un nombre réduit de scènes pour cette adaptation, les longs mois du séjour de Mélisande à Allemonde se condensent en quelques jours. Dès lors, se  dégage de la gangue d’un imaginaire symboliste épuré, la puissance de la structure  dramatique : d’un côté le parallélisme des scènes qui se font écho et de l’autre l’enchaînement inexorable des événements. La mécanique implacable du tragique, une fois enclenchée, ne peut s’arrêter : chaque geste, chaque mot, chaque décision a des conséquences inévitables. Dès lors, plus que l’histoire d’une triangulation amoureuse, l’opéra se révèle la plongée dans une psyché et dans un traumatisme. Mélisande, l’une des femmes de Barbe-Bleue, a fui son bourreau. En suivant Golaud, elle croit s’assurer une protection mais elle ne trouve que la prison d’une conjugalité déceptive. Ses silences, ses mensonges, tous ces boucliers derrière lesquelles elle pense pouvoir se cacher, sont vains. Comme  dans  un  cauchemar,  la  monstruosité  ressurgit et Golaud se transforme finalement en Barbe-Bleue.

Mais paradoxalement, c’est cette scène trauma-tique, ce re-jeu terrifiant, qui libère Mélisande des entraves de son passé, lui fait prendre son destin en main et la fait accéder à des choix : ce-lui de provoquer Golaud, celui d’aimer Pelléas, au risque de le faire tuer, au risque d’en mourir.Centre du projet théâtral, Mélisande est aussi au centre du projet musical : à la fois inspiratrice de la musique, elle en est l’âme. Elle chante quand elle  retrouve  son  souffle  et  la  force  de  vivre, au sortir de la forêt, au seuil de son nouveau royaume.  Elle  chante lorsqu’elle voit en Pelléas son reflet, son double. Elle chante sa peine ou sa terreur.

La présence vibrante de Judith Chemla, la beauté de sa voix chantée et la précision de sa voix parlée, autorisent ce va-et-vient entre théâtre et opéra, si fluide qu’on le découvre parfois après qu’il s’est produit.

Catherine Ailloud-Nicolas, dramaturge

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Spectacle terminé depuis le dimanche 19 mars 2023

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