
Il aimait les femmes, elles le font pétiller.
À travers une mosaïque de récits, Les Petites Femmes de Maupassant révèle un écrivain amoureux de la liberté et des femmes. Quatre comédiennes incarnent avec humour et finesse des héroïnes tantôt intrigantes, tantôt ingénues, qui livrent leurs secrets d’amour.
Cette adaptation dessine un Maupassant drôle, sensuel et inattendu, croquant les relations humaines avec une ironie tendre. Un spectacle délicat, vif et profondément contemporain, où la malice le dispute à l’émotion.
Elles sont quatre, tour à tour chipies et intrigantes, leurs voix s’entrelacent en secrets d’alcôve.
Quand j’ai lu pour la première fois Les Petites Femmes de Maupassant, deux films me sont revenus immédiatement à l’esprit : La Maison Tellier de Max Ophüls et Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud. Ces deux réalisateurs avaient su saisir dans mon adolescence ce qu’il y avait de brut, d’entièreté et de farouche tendresse.
L’écriture de Guy de Maupassant, aux accents très filmiques, m’a impressionné à la fois par le choix simple des mots, la pureté de la syntaxe et, en contrepoint, par la complexité de sa construction. Maupassant donne à entendre une fable, et j’aime cette capacité à raconter une histoire, mais de manière non linéaire. C’est par la juxtaposition de moments très sensibles et impressionnistes que se développe la narration.
L’écriture de Maupassant est donc très cinématographique. Il organise à l’intérieur même de sa dramaturgie différents plans renvoyant sans cesse le spectateur à de nouveaux cadrages. Le réalisme poétique, comme on pourrait l’intituler. Le cadre appartient à l’histoire, celui qui regarde, celui qui regarde l’observateur, et enfin l’objet de la fable : ces êtres observés. Il y a donc de la perspective chez Maupassant. À la profondeur de champ du cinéma, il répond par la multiplication des plans de narration.
L’histoire commence par un simple regard sur la plage et finit par la création d’un conte entre femmes. Le résultat est une pièce à la fois puissante par l’intrigue et sensible par sa capacité à saisir des mouvements intimes. Il donne à voir les tropismes de l’innocence et l’improbable confrontation au monde des adultes.
Pour moi qui suis cinéphile et qui ai repris au théâtre un vocabulaire proche du septième art, j’ai trouvé chez Les Petites Femmes de Maupassant un territoire propice à une aventure théâtrale. Et comme il s’agit bien d’écriture, il faut se méfier, chez un auteur comme Maupassant, de l’apparente quotidienneté. Il existe dans son phrasé des motifs, une poétique sous-jacente qui demande aux acteurs et au metteur en scène de dépasser le semblant de réalité et d’en comprendre la musique.
Ici, le texte révèle des âmes qui nous sont proches. Des êtres que nous croisons tous les jours et qui nous ressemblent. C’est un théâtre très au présent dans tous les sens du terme : le présent du plateau et le présent de notre histoire contemporaine.
Cette histoire est si contemporaine que m’apparaissent sans filtre les images de Audrey Hepburn, Madonna, Taylor Swift, l’humour et la noirceur d’Billy Wilder, la poésie d’Alice Guy, Nirvana et un soupçon de John Coltrane, un verre de Chardonnay, un dos nu, la première cigarette, la vie, la mer et la solitude...
En évoquant la solitude, je me dis que j’ai toujours trouvé nos périodes de nostalgie fascinantes. J’y vois une réflexion sur l’avenir, sur ce « que ferons-nous demain ? » et c’est sans doute, au-delà de la beauté du texte, ce qui m’a séduit dans Les Petites Femmes de Maupassant.
Ce sont bien ces femmes et l’étincelle du temps qui m’ont interpellé. Il y aura toujours quelque chose de sensible dans « l’adolescence » de ces femmes, à fleur de peau, qui fera que, plus vieilles, elles regretteront ce temps des possibles et détesteront parfois la sourde insolence de la jeunesse.
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