Les Derniers Jours de l'humanité

Vieux Colombier - Comédie Française , Paris

Du 27 janvier au 28 février 2016
Durée : 2 heures environ

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

,

Pièce historique

Entre café-concert et théâtre documentaire, le montage de David Lescot suit l'évolution des tonalités de l’œuvre originale de Karl Kraus, du rire sarcastique aux larmes, de la dénonciation glaçante à la contemplation poétique. Dialogues, monologues et chansons interprétés avec un grand talent ont comme toile de fond de superbes films d'archives de la Première Guerre mondiale. A voir sans tarder.
Continuer la lecture

Spectacle terminé depuis le 28 février 2016

 

Photos & vidéos

Les Derniers Jours de l'humanité

De

Karl Kraus

Mise en scène

David Lescot

Avec

Sylvia Bergé

,

Pauline Clément

,

Damien Lehman

,

Denis Podalydès

,

Bruno Raffaelli

  • Entre café-concert et théâtre documentaire

Karl Kraus / David Lescot. Le premier, dramaturge, poète et journaliste pamphlétaire a regardé l’Europe s’entretuer depuis Vienne, capitale de l’Empire austro-hongrois qui allait être balayé en 1918. Le second, homme de théâtre, à la fois écrivain, metteur en scène et musicien, a fait de l’histoire, de la guerre et des grands bouleversements humains le coeur de son oeuvre.

Entre 1915 et 1917, Karl Kraus rédige Les Derniers Jours de l’humanité, pièce monumentale, protéiforme, ni synthèse ni procès, où il laisse à son époque le soin de s’autoaccuser, de se déshonorer, et aux responsables multiples celui de se désigner.

Sa pièce de théâtre, censée durer 24 heures, compte près de 220 scènes, 50 pièces musicales, 500 personnages. Elle emprunte à tous les genres, documents officiels, journaux, discussions de comptoir et passe des bureaux ministériels aux casernes, sur le front, dans les cafés ou dans la rue tout simplement. Karl Kraus dit n’utiliser que des paroles qu’il a réellement lues ou entendues, « mot pour mot ».

C’est de cette matière protéiforme que David Lescot s'empare. Entre café-concert et théâtre documentaire, son montage suit l’évolution des tonalités de l’œuvre originale, du rire (sarcastique) aux larmes, de la dénonciation à la contemplation poétique. Dialogues, monologues, scènes de foule, chansons accompagnées au piano et projections d’images d’archives de la Première Guerre mondiale, il invente à son tour un grand cabaret de notre temps.

De La Commission centrale de l’enfance où il raconte les colonies de vacances des enfants de Juifs communistes à Ceux qui restent, d’après les témoignages de deux survivants du ghetto de Varsovie, David Lescot n’a de cesse de s’interroger sur notre mémoire. À propos de Kraus, il déclare : « Les Derniers Jours de l’humanité sont devenus pour nous un document, une archive précieuse, et par sa dimension poétique et l’ampleur de son projet, c’est aussi bien plus que cela. L’imagination y seconde l’observation ; c’est l’oeuvre d’une imagination observante, à la hauteur de l’événement qu’elle décrit, le plus grand texte né de la Première Guerre mondiale. »

  • La presse

« Ah, Dieu ! Que la guerre est moche ! Avec le Viennois Karl Kraus, on est loin des enthousiasmes qu’elle pouvait susciter chez Apollinaire. Il n’y a pourtant rien de plombant, mais, au contraire, une grande délicatesse dans la manière qu’a David Lescot de s’emparer de l’art désespéré du caricaturiste Kraus, et de ce monument sur 14-18 (...)Tout le spectacle de David Lescot est construit sur cet art du contrepoint, où la musique joue un grand rôle. (...) C’est d’ailleurs une fine équipe d’acteurs qu’a réunie David Lescot, en choisissant de faire jouer cette ronde de personnages par quatre d’entre eux seulement, ce qui est un parti pris fort pertinent. » Fabienne Darge, Le Monde, 1er février 2016

« Soutenu par d’excellents acteurs de la Comédie-Française (de Denis Podalydès à Sylvia Bergé), le metteur en scène David Lescot a su à merveille réduire et condenser ce torrent verbal, encore éclairé ici par de bouleversantes images d’archives. Ça tient du cabaret et du music-hall. C’est burlesque et pathétique à la fois. Magnifique. » Fabienne Pascaud, Télérama TT

  • Note du metteur en scène

Œuvre monumentale, inclassable, Les Derniers Jours de l’humanité, a été écrite dans le temps de la Première Guerre mondiale. À chaque année de la Grande Guerre correspond un acte de cette œuvre, qualifiée de « drame » par son auteur, mais dont la représentation, nous dit-il en avertissement, « s’étendrait sur une dizaine de soirées », et qu’il dédie à un « théâtre martien ». Kraus, enfant terrible du milieu intellectuel et littéraire viennois, en lisait lui-même des extraits, de manière paraît-il très spectaculaire, lors de soirées très prisées. C’est de cette forme de transmission du texte, la plus simple et la plus directe possible, que nous avons choisi de nous inspirer pour faire entendre ce texte à l’auditoire.

L’œuvre fait alterner les dialogues de rue et de café, le montage d’extraits de presse, les communiqués militaires, les statistiques. Deux personnages récurrents, l’Optimiste et le Râleur (sortes de doubles de l’auteur), se livrent à de vives controverses sur la vie en temps de guerre. Deux autres, l’Abonné et le Patriote, apparaissent comme les Bouvard et Pécuchet toujours ravis des privations de la vie à l’arrière. La pièce excède donc largement les limites imposées par la composition dramatique, et attire à elle une multitude de formes, du documentaire brut au dialogue de clowns, en passant par l’hypotypose ou le poème expressionniste (l’épilogue apocalyptique, sorte de tableau d’après-destruction).

Des figures empruntées à la réalité (journalistes, écrivains, politiques, généraux), y côtoient des personnages fictifs, anonymes, bibliques. Rien n’échappe à la verve corrosive de Kraus, à sa puissance caricaturante : les grands de ce monde, les officiels se voient croqués en monstres grotesques, en bêtes de farce. Mais par-delà la variété des formes, l’auteur revendique la plus scrupuleuse authenticité des sources et des documents.

Kraus affirme n’avoir été que le réceptacle de ce qui s’est véritablement dit ou passé. Grand pourfendeur des langages politique et journalistique, qu’il juge responsables de la corruption contemporaine généralisée, Kraus tourne ses attaques contre la presse, contre le cynisme des industriels profiteurs de guerre, contre une armée dirigée par des officiers d’opérette. Si la dégradation de la langue est cause de la dégradation du monde, c’est toujours par la langue qu’il entreprend de résister, de dénoncer par l’absurde. Il est, seul contre tous, le moraliste de son temps, celui qui exhibe les compromissions, les collusions d’intérêt, les « pensées de derrière ».

Il ne s’agit pas ici de donner à voir la Grande Guerre, mais de la donner à entendre. La forme que nous avons choisie pour cela part de la lecture. Libre ensuite au comédien-caméléon-polymorphe Denis Podalydès, d’incarner ce qu’il dit, de décoller du texte, d’y revenir. Il lui faudra changer de figures instantanément un nombre incalculable de fois. Bruno Raffaelli et Sylvia Bergé, interprètes eux aussi chargés d’incarner de multiples personnages tels l’Abonné et Le Patriote, éternels ravis de la guerre, commenteront de manière absurde les événements, dans une béatitude d’autant plus grande que l’est l’étendue de la débâcle. Ils sont aussi d’excellents chanteurs, tant dans le registre lyrique (Berg, Zemlinsky...) que dans celui des chansons d’époque, parfois hallucinantes de patriotisme déchaîné.

Ce seront enfin les débuts à la Comédie-Française de la dernière arrivée des pensionnaires, Pauline Clément. Nous avons tiré de ce texte un montage et avons imaginé pour l’accompagner un corpus d’images d’archives réalisé par Laurent Véray, historien du cinéma et documentariste, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de ses images cinématographiques. En renfort du texte, on entendra aussi un programme d’œuvres de compositeurs viennois contemporains de l’écriture de la pièce (Berg, Schönberg, Webern, Schreker, Kreisler...), interprétés sur scène au piano par Damien Lehman.

Le spectacle consiste en un montage de formes à l’image de ce texte hybride et sans limite, bientôt centenaire et éternellement moderne.

Pourraient aussi vous intéresser

Avis du public : Les Derniers Jours de l'humanité

6 Notes

6 avis

1
2
3
4
5

Excellent


(3)

Très bon


(2)

Bon


(0)

Pas mal


(1)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire
Vous pouvez consulter notre politique de modération
UTILES + NOTES + NOTES - RÉCENTS ANCIENS
1
2
3
4
5
Par

Christian D. (21 avis) 22 février 2016

Etonnant Un très beau spectacle étonnant à la mise en scène inventive. Quelques longueurs sur la fin. Dommage
0
0
1
2
3
4
5
Par

Valérie R. (1 avis) 15 février 2016

Emouvant et drôle en même temps Beau spectacle servi par des comédiens excellents (chanteurs également, sans oublier le pianiste), très inventif en matière de mise en scène.
0
0
1
2
3
4
5
Par

Géraldine C. (1 avis) 12 février 2016

Les derniers jours de l'humanité Spectacle bouleversant
0
0
1
2
3
4
5
Par

Francoise W. (1 avis) 11 février 2016

Les derniers jours de l'humanité Excellente pièce. Texte riche, formidables acteurs, merveilleux pianiste, mise en scène très originale......une belle reussite
0
0
1
2
3
4
5
Par

Philippe B. (1 avis) 08 février 2016

Plus d'audace Le texte est un peu édulcoré et la dernière partie m'est apparue un peu longuette. Philippe B
0
0
1
2
3
4
5
Par

nathaliej (5 avis) 05 février 2016

Formidable moment Le texte est subtil, la guerre sous toutes ses facettes, une mise en scène originale et 4 acteurs et un pianistes exceptionnels !!
0
0

Spectacles consultés récemment