La pierre

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Théâtre de Belleville , Paris

Du 04 au 30 avril 2020
Durée : 1h20

CONTEMPORAIN

Une maison à Dresde. Six personnages en lutte pour l’occuper ou la fuir. Dans un voyage effréné à travers l’Histoire allemande de 1935 à 1993, les souvenirs s’affrontent tandis qu’un mythe familial se consume. Quand le vent a tourné, que peut-on révéler d’un côté et entendre de l’autre ? Comment vivre avec le passé, choisi, subi ou hérité ? Une pièce acide en forme de puzzle.
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Spectacle terminé depuis le 30 avril 2020

 

Photos & vidéos

La pierre

De

Marius von Mayenburg

Mise en scène

Blanche Re´rolle

Avec

Anne Burger

,

Madeleine Chevallier

,

Sophie Deforge

,

Christabel Desbordes

,

Garance Morel

,

Charlaine Petit

,

Hugo Tejero

  • Une pièce acide

Une maison à Dresde. Six personnages en lutte pour l’occuper ou la fuir. Dans un voyage effréné à travers l’Histoire allemande de 1935 à 1993, les souvenirs s’affrontent tandis qu’un mythe familial se consume. Quand le vent a tourné, que peut-on révéler d’un côté et entendre de l’autre ? Comment vivre avec le passé, choisi, subi ou hérité ? Une pièce acide en forme de puzzle.

  • Note d’intention

J’ai eu un véritable coup de coeur pour cette pièce. Déjà amatrice de l’écriture de Marius von Mayenburg, baignée par ailleurs depuis petite dans la culture et l’histoire allemandes, j’ai été particulièrement touchée par ce texte. Il interroge habilement notre rapport à la mémoire, que je trouve passionnant dans le contexte de la famille : un lieu semble-t-il de confiance, où l’on peut à la fois tout dire, tout croire... et tout cacher.

Que transmet-on alors d’une génération à l’autre ?
« Si l’honnêteté ne consistait qu’à tout dire, il serait très facile d’être honnête, mais cela ne vaudrait rien, ce serait invivable et détruirait tout. Cette vertu nuirait à toutes les autres. Où commence alors le mensonge ? Je dirais : là où nous prétendons être honnête, c’est-à-dire ne pas avoir de secret. » Max Frisch, Journal, 1949

Ici, l’histoire de la famille de Witha, Wolfgang, Heidrun et Hannah suit celle de l’Allemagne, avec ses horreurs et ses changements de cap. Le sujet de la mémoire devient donc sensible : que peut-on raconter d’un côté ? Et entendre, comprendre, accepter de l’autre ? Les histoires empruntent alors des chemins de traverse. Tout n’y est pas vrai, mais tout n’y est pas faux. Embarqué dans le manège, on essaie de démêler les récits des personnages, de comprendre comment ils ont été échafaudés puis transmis d’une génération à l’autre, avec leurs zones d’ombre, leurs incohérences et leurs mythes.

Ni pièce historique, ni documentaire, ce voyage dans les mots, leur sens, leurs possibles interprétations et réappropriations, est pour moi un merveilleux objet théâtral. Sa forme poétique nous questionne bien au-delà du contexte allemand et lui donne une puissance universelle.

Chaque pays a ses histoires sombres et ses fantômes prêts à ressurgir. Au sein de ma propre famille, j’ai souvent posé des questions sur la situation de mes arrière-grands-parents dans les années 1940 ou sur l’expérience de mon grand-père, appelé pendant la guerre d’Algérie. Je me suis retrouvée face à
des histoires lacunaires ou des évitements dont j’ai fini par me contenter.

  • Entretien avec Blanche Rérolle

Pourquoi avoir choisi de mettre en scène La Pierre ?
Cette pièce a été une rencontre. Une rencontre avec un auteur, puissamment contemporain ; une écriture, poétique mais sans fioritures ; une construction fragmentaire qui nous tient en haleine ; de beaux rôles de femmes, et une question : comment vivre avec le passé, choisi, subi ou hérité ? Les conflits de générations ne sont pas propres à l’Allemagne et peuvent résonner avec la grande Histoire de nombreux peuples et les petites histoires de chaque individu. Aujourd’hui encore, la transmission intergénérationnelle est une question primordiale et d’actualité : que va-t-on laisser aux générations suivantes ? Y a-t-il un responsable ? Et comment en parler ?

Comment arrivez-vous à faire voyager le spectateur entre toutes ces époques ?
La pièce elle-même est construite comme un puzzle. Ses 35 courtes scènes nous entraînent dans un voyage permanent entre cinq dates : 1935, 1945, 1953, 1978 et 1993. J’ai voulu qu’elles soient affichées dans l’espace, comme point de repère essentiel pour guider le spectateur et le laisser s’abandonner progressivement au manège. Si ces dates correspondent à des réalités très diverses de l’Histoire allemande, nous sommes cependant bien loin d’une reconstitution historique époque par époque. Au contraire, la maison et son jardin constituent un espace fixe et dépouillé. À l’intérieur, les âges peuvent résonner, se brouiller, déborder. Le rapport au temps devient alors plus élastique et met en évidence l’entremêlement des récits, vécus ou racontés, et leurs échos. La création sonore joue également sur ces résonances, ouvrant une autre porte vers l’imaginaire des souvenirs.

Les dates clefs :
1935 : Lois raciales de Nuremberg
1945 : Capitulation du Troisième Reich
1953 : Exode massif des Allemands de l’Est vers l’Allemagne de l’Ouest
1978 : L’Allemagne toujours divisée
1993 : L’Allemagne réunifiée

Pourquoi cette présence constante des comédiens au plateau ?
L’histoire d’un lieu se raconte aussi par ceux qui l’ont occupé. Dans La Pierre, le point d’ancrage du récit est cette maison, à laquelle chaque personnage est attaché. Chacun y a vécu, y vit ou y vivra. Ainsi, bien qu’un seul personnage ait réellement traversé les cinq dates, j’ai voulu que tous soient en permanence au plateau. Dans un rapport au temps non linéaire, la maison devient le lieu d’un huis-clos. Les personnages sont alors tantôt protagonistes d’une scène qui se joue, tantôt fantômes d’un épisode révolu, tantôt présages d’une réalité à venir. La trajectoire de la maison se raconte ainsi morceau par morceau, à mesure que les personnages se débattent pour transmettre, réinventer ou questionner les pans manquants de leur propre histoire. Leur présence simultanée nous plonge d’autant mieux dans la complexité de la mémoire et du mythe. Elle révèle le pouvoir des mots et de la croyance... tandis que la pierre reste un témoin éternellement muet.

Propos recueillis par Carole Marchand

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