
Le théâtre ne s’intéresse pas à la loi, il s'intéresse à l’injustice. Comment pouvons nous bâtir tout un système de justice sur l’habitude que nous avons de nous mentir à nous-même ?
À partir de 14 ans.
« En 1986, mon père est Voltigeur, une brigade de police qui prend en chasse Malik Oussekine et le tue. Je l’ai découvert tard, très tard, et pourtant j’avais quelques souvenirs. Dans ce spectacle, je tends le micro à un Juge, Charles Pasqua, une chamane, un policier du passé, mon grand-père gradé de Préfecture, la sœur d’un jeune homme agressé par notre police d’aujourd’hui, et à moi-même.
Le théâtre ne s’intéresse pas à la loi, il s'intéresse à l’injustice. Comment pouvons nous bâtir tout un système de justice sur l’habitude que nous avons de nous mentir à nous-même ? Me concernant, c’est une éducation. »
Thomas Gourdy
« C’est en cela que le spectacle se révèle particulièrement « malin », au sens le plus fort du terme : il déjoue les attentes, refuse les positions figées et oblige à penser dans l’inconfort. En articulant théâtre documentaire, performance et réflexion politique, Force Bleus propose une expérience qui dépasse le simple cadre de la représentation. » Cult News
« Un spectacle original en forme d’oratorio documentaire où la musique hantologique d’Alexandre Closel rencontre les fantômes de la lignée policière de Thomas Gourdy, éclairant, renforçant, et parfois contredisant leurs propos. » SNES-FSU
« Peu à peu, mine de rien, le spectacle entre dans la profondeur et la nuance. (...) On est content de s'être laissé embarquer. » Le Canard Enchainé
« Si Force Bleus a quelque chose de la cathartique pour son auteur et interprète, il mène le public à une réflexion salutaire, à l’heure où l’on voit se préparer des lois encore plus répressives. Bien construit, le spectacle (...) met le doigt là où le bât blesse. » Arts-Chipels
De 1981 à 1989, mon père Marc travaille à la Préfecture de police de Paris : policier, acrobate, voltigeur. Peu de gens le savent : une unité de prestige, la « Spéciale de gymnastique », donnait alors des spectacles de pyramides humaines sous chapiteau, dans la France entière.
En 2017, je croise une patrouille de police. Un contrôle brutal. La photo que je prends me mène au Tribunal de Police. « Pourquoi s’en mêler ? » me demande le Ministère Public. Cette question devient le point de départ d’une exploration qui dépasse la simple question du droit pour toucher à l'intime. Car ici comme ailleurs, lorsque je braque mon téléphone sur la police, c’est toujours Marc que je vois. Mon père. Je vois ce que le temps a failli recouvrir et que mon travail d’enquête a découvert : la police ne voltige pas qu’en plein jour.
Force Bleus est le récit d’une remontée de souvenirs de fils, petit-fils et arrière-petit-fils de policier. Une quête pour comprendre comment les non-dits et les drames de l'Histoire façonnent une vie. Car cette histoire familiale est traversée par des événements que l'on tait : l'implication de mon grand-père lors de la répression du 17 octobre 1961, et surtout le rôle de mon père au sein des "voltigeurs motoportés", cette unité impliquée dans la mort de Malik Oussekine en 1986.
Le plateau de théâtre devient le lieu de cette reconstitution. J'y ré-assemble les fragments de cette histoire - archives, souvenirs, procès-verbaux, silences - au filtre de ma perception d’adulte. Mon écriture n'est pas une confidence, mais une tentative d'utiliser les arts du jeu, de l’enquête et de l’image d’archive, non pas pour comprendre, mais pour approcher la cicatrice du père, celle cachée sous le silence. Sur scène, je prête ma voix à toutes ces figures – le fils, le père, la juge, les fantômes de l'Histoire – pour transformer ce qui relève de l'intime en un espace de réflexion partagé. C'est une lutte contre la maladie du silence, à l’endroit même où l’on n’est plus, et où s’agite encore ce qui s’est tu.
Thomas Gourdy
Fils et petit-fils de policiers, Thomas Gourdy s’intéresse aux dérives racistes, violentes ou injustes de la police. Sa pensée concilie souci de la nuance et affirmation de ses engagements. Elle est complexe, parfois un peu difficile à suivre. Elle nous délivre pourtant un témoignage et une réflexion importants, faisant le lien avec l’actualité des violences policières.
Pour 1 Notes
Fils et petit-fils de policiers, Thomas Gourdy s’intéresse aux dérives racistes, violentes ou injustes de la police. Sa pensée concilie souci de la nuance et affirmation de ses engagements. Elle est complexe, parfois un peu difficile à suivre. Elle nous délivre pourtant un témoignage et une réflexion importants, faisant le lien avec l’actualité des violences policières.
94, rue du faubourg du temple 75011 Paris