
Avec Red, Eszter Salamon poursuit son travail de ré-hallucination des traces du passé à travers le corps, la voix et la mémoire. Inspirée par la figure de Valeska Gert, la performance ouvre un espace de dialogue à la fois fictionnel et poétique entre les deux artistes, par-delà le temps.
Valeska Gert (1892-1978) est de ces artistes que l’histoire a méthodiquement reléguées au silence. Figure inclassable de l’avant-garde berlinoise, elle invente dès les années 1920 un art performatif radical, grotesque, dissident, avant que le régime nazi ne broie sa carrière et ne la contraigne à l’exil. À New York en 1939, puis à Berlin en 1949, elle ouvre coup sur coup deux cabarets – le Beggar Bar et le Hexenküche – espaces d’utopie artistique d’où jaillissent poèmes pacifistes, chants antifascistes, cris contre la bombe atomique et l’annihilation collective.
Pour Eszter Salamon, cet effacement n’a rien d’un hasard : il témoigne de la liberté de Valeska Gert, de sa force de désobéissance, de sa puissance de trouble. Depuis 2016, la chorégraphe lui consacre une recherche au long cours déclinée à travers plusieurs œuvres : l’installation sonore Love Letters to Valeska Gert (Salzbourg, 2016), la performance MONUMENT 0.5 : The Valeska Gert Monument (2017), les films Reappearance (2022) et Sommerspiele (2023), et également l’installation performative Study for the Valeska Gert Pavilion (Biennale de Lyon, 2022). Ni reenactment, ni hommage nostalgique, Red poursuit ce dialogue avec Valeska Gert à travers une proposition frontale et offensive, fidèle à la radicalité de la performeuse allemande. À partir des fragments d’une mémoire morcelée, Eszter Salamon propose une performance engagée où se mêlent sans hiérarchie voix, guitare électrique, poèmes d’aujourd’hui et d’hier, mouvements et surtout la peinture comme matière et comme geste artistique.
Et le rouge, de tout recouvrir. Couleur du sang, de la vitalité, de la révolte : Eszter Salamon transforme la scène en monochrome. Manifeste féministe contre l’effacement, Red ne restitue pas une œuvre perdue : Eszter Salamon réactive la puissance provocatrice de Valeska Gert pour faire front, à son tour, aux résurgences contemporaines du nationalisme et du fascisme.
1, rue André Suarès 75017 Paris
Entrée du public : angle de la rue André Suarès et du Bd Berthier.