Démons

Le Monfort théâtre , Paris

Du 26 septembre au 14 octobre 2017
Durée : 1h20

CONTEMPORAIN

,

A ne pas manquer

,

Coups de coeur

Au fond c’est une banale histoire entre un homme et une femme. Entre jouissantes invectives, humour noir et désespoir, ils frappent et se débattent pour se sentir vivants. Une adaptation remarquable du texte de Lars Norén, par de jeunes comédiens surdoués. A ne pas manquer !
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Démons

De

Lars Norén

Adaptation

Lorraine de Sagazan

Mise en scène

Lorraine de Sagazan

Avec

Lucrèce Carmignac

,

Jeanne Favre

,

Antonin Meyer Esquerré

,

Benjamin Tholozan

  • Déchirement

Au fond c’est une banale histoire entre un homme et une femme. Murés. Dans l’appartement qu’ils avaient pourtant choisi pour être au monde ; à deux. Et puis le temps. Maintenant il faudrait sortir d’ici. Plus de force ? Ou bien c'est qu'ils s'aiment ? Entre jouissantes invectives, humour noir et désespoir, ils frappent et se débattent pour se sentir vivants.

C’est d’un ordinaire. Si si je vous assure. C’est vraiment dégueulasse.

  • La presse

« Un appel au réveil salutaire. » Aïnhoa Jean-Calmettes, Mouvement.fr, 14 juillet 2016

« Ça marche merveilleusement. […] Ainsi rechapée, la pièce de Norén prend fortement sens. Bravo. » Le Canard enchaîné

« Une adaptation d'une intelligence remarquable servie par des comédiens surdoués. » La Terrasse

« La justesse et le naturel dans l’interprétation de ces monstres font de cette variation explosive une expérience jubilatoire ! » Theatres.com

« Peu à peu le jeu jaillit de toute part dans cette mise en scène. […] Un moment théâtral à ne pas manquer. » Nonfiction

« Une pièce intéressante qui prouve (si besoin était) que le théâtre fait partie intégrante de la vie. » Theatrauteurs

« Lucrèce Carmignac et Antonin Meyer Esquerré sont excellents dans ce duel. » Froggy's Delight

« Ça détonne, ça dérange, mais il faut se rendre à l’évidence, ça ne laisse pas indifférent. Une véritable performance ! » Just Focus

  • Note d'intention

« Le théâtre comme spectacle vivant. Le Larousse fait la définition suivante du spectacle vivant : l’appellation « spectacle vivant » désigne un spectacle se déroulant en direct devant un public.

Quelle est la véritable valeur ajoutée du théâtre par rapport aux métiers de l’audiovisuel par exemple ? Est-ce seulement le fait que tout se passe en direct ? Que produit ce direct ? Pourquoi choisit-on régulièrement de dresser un mur figuré entre les spectateurs et les acteurs ? Qui veut-on protéger ? Et pourquoi ? Pourquoi va-t-on au théâtre ? Pour vivre quoi ? Est-ce que je peux être spectatrice avec la même intensité si j’ai la sensation que je peux manger, dormir, mourir pendant une représentation sans que cela ne modifie son cours et que je pourrais aussi bien ne pas être là ? Quelques spectacles ont changé le cours de ma vie. J’ai réfléchi différemment après les avoir vu, j’ai compris, j’ai évolué et j’ai été parfois bousculée très fort...

Je crois au théâtre comme cet acte unique et sublime réunissant un groupe de gens qui ne se connaissent pas et vont échanger, d’une manière ou d’une autre, pendant le temps d’une représentation après laquelle il ne seront plus jamais les mêmes. Le public n’existe pas sans les acteurs, et vice et versa. Avec cette adaptation de Démons de Lars Norén, j’ai voulu me poser la question du spectateur comme acteur de la situation. J’ai voulu abattre ce quatrième mur, ce filtre qui m’embarrasse pour proposer aux spectateurs de vivre et ressentir la situation en l’éprouvant ; vivre le théâtre de l’intérieur.

Démons met en scène un couple qui se débat et semble avoir besoin comme ultime recours à leur ennui et à leur violence de se donner en spectacle à un couple de voisins qu’ils invitent, qu’ils connaissent à peine. D’après moi, il s’agit d’une véritable mise en abîme et j’ai donc décidé qu’il n’y aurait pas seulement deux voisins mais que le public dans son intégralité serait les invités de ce couple ; le public au centre de l’espace de jeu. Je crois aux spectateurs comme créateurs du matériau émotionnel d’un spectacle. On pourrait penser au happening comme forme d’expression subversive, mais je considère qu’il s’agit plus d’une invitation franche à réagir et à ressentir qu’une provocation quelconque.

Le théâtre comme spectacle vivant aussi parce qu’il s’agit de parler de la vie, de ses questions existentielles. Qui suis-je ? Qui je deviens ? Comment je me construis ? Comment j’existe ? Ce qui m’obsède c’est l’observation comportementale des êtres humains et la confrontation de ces figures sur un plateau. J’ai essayé d’approfondir dans mes deux spectacles le thème de la monstruosité ordinaire qui surgit dans le contexte familial ou dans le couple, c’est-à-dire dans ce qui nous construit socialement et pourtant peut conduire à notre propre déflagration.

Cette ambivalence est très génératrice d’action et de théâtre. Après un questionnement dramaturgique conséquent, que j’envisage comme un travail presque anthropologique qui permet de trouver l’acuité des situations et les pistes les plus sérieuses d’interprétation, je demande aux acteurs d’improviser sur les situations que je leur donne. Puis nous réécrivons ensemble le texte à partir du matériau de l’auteur.

L’interprétation de ces figures demande une virtuosité et un engagement total de leur part : beaucoup de ruptures, un jeu organique et brutal pour atteindre et représenter toutes les couches qui font la complexité d’un être. Dans mes directions, aucune crainte de la psychologie, c’est le psychologisme que je fuis. Je travaille de manière instinctive. Je n’ignore pas que j’ai un inconscient et que je peux lui faire confiance ; il offre souvent une dimension supplémentaire, moins scolaire. La proximité du spectateur dans le dispositif scénique et la possibilité qu’il puisse réagir ajoute une difficulté supplémentaire pour l’acteur qui ne peut plus rien dissimuler. Mais c’est ce que j’ai eu envie de provoquer : assumer la fragilité de la situation de la représentation, c’est-à-dire des êtres humains qui se rencontrent pour la première fois et vont cohabiter ensemble le temps du spectacle.

Je regrette la séparation que l’on fait régulièrement entre un théâtre de divertissement et un théâtre, disons intellectuel. Brecht écrit cette phrase sublime dans Galilée : « penser est l’un des plus grands divertissements de l’espèce humaine ». Si je crois au spectateur intelligent, je crois aussi au metteur en scène comme penseur, analyste des comportements humains qui propose un axe de réflexion non pas comme un miroir mais plutôt comme l’a déclaré Pinter, « comme un objet qui propose de regarder de l’autre côté du miroir ». Montrer ce que l’on ne voit pas, dire ce que l’on voudrait taire : le théâtre comme laboratoire de vérité où ce qui est habituellement innommable et caché est enfin exposé. Un peu comme dans le rêve. Peut-être pour nous permettre de devenir plus humain.

En adaptant Démons, je cherche à retrouver l’essence et la nécessité de la parole de Lars Norén aujourd’hui. Je crois que c’est une erreur de croire à l’objectivité d’un texte et de vouloir en faire une explication. Tout le monde, pendant la représentation, en est l’interprète potentiel, guidé par le metteur en scène qui est le premier interprète. Il faut inventer sa vérité. Ce qui m’intéresse ce n’est pas être un témoin historique mais un témoin du vivant, du rapport entre les hommes. Pour cela je n’hésite pas dans le cas de Démonsà réécrire le texte par endroits, à faire des coupes, des ajouts ; à désobéir à l’auteur en somme. Pour mieux le servir. Pour chercher à faire résonner l’émotion et la violence qui se dégagent aujourd’hui de son texte. Le théâtre est un art au présent. Je crois qu’on parle aussi de spectacle vivant parce qu’un spectacle parle aujourd’hui et doit résonner aujourd’hui comme s’il venait de s’écrire. Ivo Von Hove dit à ce sujet “mettre en scène une pièce du passé implique de recréer la déflagration qu’ont ressentie les spectateurs le soir de la première”.

Un artiste ne peut ignorer le monde dans lequel il vit. En cela c’est un art politique, contestataire et sans consensus : rien n’est interdit à la représentation. Vivons ! »

Lorraine de Sagazan

  • Extraits

Lucrèce – De quoi j’ai l’air ?
Antonin – Maniaque. Plus vieille et maniaque.
Lucrèce – Pourquoi es-tu si agressif ?
Antonin – Je suis pas vraiment agressif avec toi.
Lucrèce – Comme je le mériterais.
Antonin – Oh non. Qu’est-ce que tu fais ?
Lucrèce – Je me coiffe.
Antonin – Avec un couteau ?
Lucrèce – Qu’est-ce que j’ai ?
Antonin – C’est pas un pigeon qu’ils mettront sur ta tombe, c’est un rat.
Lucrèce – S’il te plait Antonin...

( ...)

Lucrèce – Je t’aime. Ça tu le sais.
Antonin – Qu’est-ce que tu as dit ?
Lucrèce – Je t’aime.
Antonin – Oui... Mais qu’est ce que tu veux dire ?

(...)

Antonin – Je te jure une chose : si tu existais, je te tuerais.

Lucrèce – Je vais rester là pour que tout le monde voie comment tu me traites. Tu sais c’est simple, Je m’accroche à toi parce que la vie est tellement médiocre qu’effectivement il faudrait en faire une grande scène de cinéma ou de théâtre parce que ce sera toujours plus vrai, plus fort et plus beau que tout ce que tu proposes... Et toi, tu serais le personnage merdique qui me donne la réplique et dont personne se souvient. L’acteur dont on cherche le nom parce qu’il ne prend pas bien la lumière. Tu prends pas bien la lumière. Tu ne sais pas me regarder et tu parles faux. T’écoutes pas. T’es un mauvais acteur dans l’histoire de ta propre vie. Tu connais la définition du talent que fait Tchekhov ? L’audace, la liberté de pensée, l’élan, l’envergure. (un temps) Tu n’as aucun talent. (au public) J’aimerais tellement être plus joyeuse. Si vous saviez comme j’aimerais me sentir bien. Etre là et que ça me fasse juste plaisir, et que je ne vous trouve pas laids... Pardon c’est pas ce que je voulais dire...
Des vies j’espère qu’on en a vraiment sept et qu’il m’en reste un peu parce que celle-là, elle est déjà foutue. Tu sais Antonin, quelqu’un a dit : « il n’y a pas d’amour il n’y a que des preuves d’amour »... c’est Cocteau je crois... La prochaine fois que je te dis « je t’aime », n’y crois pas, ce ne sera sans doute pas vrai. Je prononcerais peut-être ces mots juste pour que tu fermes ta gueule. Et que je puisse dormir. J’ai besoin de dormir, ça m’entraine à crever.

Antonin – (à un homme dans le public) Tu ne veux pas emmener Lucrèce quelque part ? Dans ta chambre ? J’ai quelque chose dont elle a besoin, tu comprends ? Sacrément besoin, tu comprends ? Et ça je lui donnerai jamais. (un temps) qui pue des pieds ? Toi ou moi ?

(...)

Avis du public : Démons

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    Tristan G. 07 octobre 2015

    Démons - belle performance Belle performance des comédiens et mise en scène intéressante avec de nombreuses interactions avec le public...Je le conseille vivement! »
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