Vie et mort de Mère Hollunder

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Théâtre du Rond-Point , Paris

Du 18 septembre au 13 octobre 2019

CONTEMPORAIN

Mère Hollunder est ronde, bonhomme. À son cou, en bandoulière, un appareil photo. Elle fixe au présent les visages qui passent, femmes ou jeunes filles. Elle se raconte à elles. Dans ce solo, portrait d’une dame ordinaire, figure de l’ombre mais femme forte, Jacques Hadjaje rend grâce aux héroïnes sans gloire.
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Vie et mort de Mère Hollunder

De

Jacques Hadjaje

Mise en scène

Jean Bellorini

Avec

Jacques Hadjaje

  • Une femme simple et libre

C'est trop dur d'être une femme, on a perdu le mode d'emploi. Chez elle, ça sent l’eau de Cologne et la poussière. Dans sa robe couleur d’automne, vieux tweed à carreaux clairs, Mère Hollunder est ronde, bonhomme. Autour d’elle, des poules, un magnétophone. À son cou, en bandoulière, un appareil photo. Elle fixe au présent les visages qui passent, exige des sourires de ses modèles, femmes ou jeunes filles. Elle se raconte à elles. Sa vie, son homme, Jacob, et quelques autres, petits mâles dominants qu’elle a croisés. C’est une vie de femme d’un autre temps que Jacques Hadjaje écrit et incarne. La fête d’une femme simple et libre. Malicieuse et revêche, elle a appris à dire « non », trois lettres devenues ses préférées.

Elle transmet sa liberté. En 2014, la troupe de Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, présente au Rond-Point Paroles gelées d’après Rabelais, qui remporte deux Molières. Un an plus tôt, la même troupe crée Liliom de Ferenc Molnár, où apparaît Mère Hollunder, second rôle incarné déjà par Jacques Hadjaje. Avec son metteur en scène, le comédien reprend aujourd’hui les habits désuets du personnage pour lui donner vie. Dans ce solo et portrait d’une dame ordinaire, figure de l’ombre mais femme forte, l’écrivain, pédagogue et metteur en scène Jacques Hadjaje rend grâce aux héroïnes sans gloire. À celles qui refusent la complaisance et les sanglots, qui disent « non » sans haine, à l’injustice et à la bêtise des hommes.

  • Entretien avec Jacques Hadjaje

Nom Hollunder, prénom « Mère » : mais où, quand et comment est-elle née, cette Mère Hollunder ?
Mère Hollunder est née dans une pièce de théâtre. C’est l’un des personnages de Liliom que le hongrois Ferenc Molnár a écrit en 1909. Jean Bellorini, mettant en scène Liliom en 2013, m’a proposé d’y interpréter plusieurs petits rôles, dont le secrétaire de Dieu, ce qui n’est quand même pas rien, quand on y réfléchit… et cette Mère Hollunder. Lauriane Scimemi a imaginé pour le personnage une silhouette de grosse dame. Joyeuses séances d’essayage de costume et début de l’aventure… Mère Hollunder ne fait que quelques passages dans Liliom, toujours à toutes jambes, toujours ronchonnant et armée de son appareil-photo, c’est son métier. C’est sur la chaise où je m’asseyais en coulisse, attendant mes entrées, parfois longtemps, mais aussi croisant le regard surpris des techniciens dans les théâtres qui accueillaient le spectacle, que j’ai commencé à m’attacher à elle et à lui inventer une vie. Molnár ne lui a pas donné de prénom. J’ai continué à l’appeler « Mère ». Elle fait partie de ces anonymes, ces discrets, ces sans-grades, qui n’ont pas d’histoire, ou plutôt, dont on n’imagine même pas qu’ils pourraient avoir une histoire.

Si elle est un « petit personnage », un hommage aux « humbles », qu’est-ce qui fait d’elle ici un personnage unique et principal ?
J’ai toujours éprouvé de la tendresse pour ces petits personnages, qui n’ont que très peu de mots pour se défendre et auxquels l’acteur doit donner une existence en quelques gestes. Avec Vie et mort de Mère Hollunder, j’ai, il est vrai, voulu rendre hommage à tout ce petit peuple de figurants, qui n’ont droit ni aux longs monologues, ni aux grands sentiments, mais sans lesquels l’action n’avancerait pas. Claudel invente dans Le Soulier de satin un magnifique et éphémère personnage, l’Irrépressible, désespéré de ne pouvoir s’exprimer, lui qui aurait tant à dire. J’aime à penser que Mère Hollunder est l’Irrépressible de Molnár. Elle est un concentré de colère. Contre la fatalité de la misère, l’injustice sociale, la violence faite aux femmes. Toutes choses qu’il ne faut cesser de dénoncer. Il m’a semblé que Mère Hollunder pouvait porter cette parole d’une façon poétique, décalée, et parfois brutale aussi. Comme le ferait un très vieux clown, qui a déjà beaucoup roulé sa bosse et qui n’hésite pas à dire crûment sa vérité.

Où sommes-nous ? À quel moment de l’histoire ?
J’ai voulu ancrer Mère Hollunder dans une enfance paysanne. C’est, je crois, la seule allusion que je fais à la Hongrie. J’évoque aussi la jeunesse de Jacob, son mari photographe, probablement le seul homme de sa vie, qui, lui, a subi la violence antisémite. Ça pourrait donc se passer quelque part en Europe aujourd’hui. On va de la vie à la mort de Mère Hollunder. Mais elle n’a plus vraiment d’âge. Peut-être sommes-nous au-delà de la mort ? Peut-être nous promenons-nous dans le rêve de Julie, à laquelle Mère Hollunder s’adresse en permanence ? On n’est sûr de rien dans cette histoire.

Est-elle une nostalgique ? Est-elle une combattante ?
Sa vie est un combat. Il y a en elle une volonté farouche d’indépendance, de liberté, de maîtrise de son destin. Parfois, à l’évocation du souvenir de Jacob, ou écoutant une cantatrice chanter le grand air de la Norma, ou bien encore gagnée par la fatigue, par ce qu’elle nomme les « petites morts », elle est tentée par l’émotion. Émotion qu’elle chasse très vite, parce qu’elle refuse de vivre dans le passé, parce qu’elle veut à tout prix que Julie s’en sorte, parce qu’elle sait que le malheur s’attaque en priorité à ceux qui ont peur d’avancer.

À quoi dit-elle « non » ?
« Quelqu’un qui dit non est toujours un peu heureux encore. » C’est ce qu’écrit Koltès dans Quai ouest. Ce pourrait être la devise de Mère Hollunder. Elle ne supporte pas l’idée que les routes soient tracées à l’avance. Que nous soyons prédestinés à suivre tel chemin et surtout pas tel autre. Pour elle, le destin est une invention de ceux qui veulent décider de notre vie à notre place. C’est pour ça qu’elle en veut aux religieux de tout poil, qu’elle veut tordre le cou aux schémas de domination, si anciens qu’ils semblent inscrits dans le marbre, du riche sur le pauvre, de l’homme vis à vis de la femme. Son « non » est presque un préalable. Il est un sésame, la clef de sa liberté.

Pourquoi un comédien entreprend-il, seul en scène, de jouer une femme ?
J’ai eu la chance d’interpréter des personnages terrifiants, comme Himmler, dans H de Claude Prin, ou comme Fiodor, le père indigne des Karamazov, de Dostoïevski. Ces monstres sont, je l’espère, très loin de moi. Pourtant, j’ai éprouvé beaucoup de plaisir à les jouer. C’est le travail de l’acteur. Mère Hollunder est arrivée dans ma vie par hasard. Elle est aussi, à tous points de vue, très loin de moi. Cela tient donc d’abord du pari d’acteur. J’ai tenté, avec elle, de rejoindre un vieux rêve de clown. Travail qui a bouleversé ma vie, lorsque je l’ai découvert il y a très longtemps. Je ne sais pas s’il s’agit de jouer une femme, ou bien un être habillé en femme. J’ai endossé un costume et j’ai volé des attitudes à des femmes dans la rue. Je me suis souvenu de ma grand-mère Esther, qui était restée si droite, si digne, malgré tout le malheur qui lui était tombé sur la tête. J’ai repensé à ma mère et à cette étrange manière de regarder sa main dans les derniers jours de sa vie. Chaque interprétation est un voyage.
La femme est, pour un acteur, une destination très lointaine. Je me suis mis en route.

Vous êtes un homme, votre metteur en scène, ou regard extérieur, est un homme… Pourquoi cette parole ne pourrait pas être celle d’un homme ?
Chaque spectacle a sa propre histoire. C’est parce que j’ai joué Mère Hollunder dans Liliom que j’ai eu l’envie de lui donner une autre vie. Jean Bellorini, dont je suis l’un des compagnons de route depuis une quinzaine d’années, m’a fait l’amitié de m’accompagner dans ce nouveau projet et de me mettre en scène. Vie et mort de Mère Hollunder est donc bien une parole d’hommes, dénonçant en particulier la violence faite aux femmes. Mais ce combat ne doit-il pas être l’affaire de tous, femmes et hommes ? Nous avons été très frappés, Jean et moi, par la force du mouvement « #MeToo ». Il y a encore beaucoup à faire. Chez nous, et partout ailleurs dans le monde. Il nous paraît donc légitime d’apporter notre pierre à l’édifice. Même si nous savons que ce combat sera sans cesse à recommencer. Mais nous avons surtout cherché à rendre les choses sensibles, à faire que le spectateur ait envie de rire, et aussi qu’il soit ému par cette improbable grosse dame. Qui n’est ni une drag-queen, ni vraiment un homme déguisé en femme, mais plutôt un acteur qui s’acharne à inventer la drôle de personne qu’est Mère Hollunder. Nous sommes des conteurs d’histoires.

Propos recueillis par Pierre Notte

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