Pour un oui ou pour un non

Lucernaire , Paris

Du 27 juin au 15 septembre 2012
Durée : 1 heure

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Nathalie Sarraute, sous l’apparence de la conversation ordinaire, met à nu avec un humour et une précision diaboliques nos angoisses irrationnelles, nos peurs obscures devant l’autre, cet ennemi. C’est malicieux et cruel, chirurgical, avec la langue et ses abîmes au centre de tout.
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Spectacle terminé depuis le 15 septembre 2012

 

Photos & vidéos

Pour un oui ou pour un non

De

Nathalie Sarraute

Mise en scène

René Loyon

Avec

Jacques Brücher

,

Yedwart Ingey

  • Solder l’amitié en toute franchise

Deux amis de toujours se séparent parce que l'un a dit à l'autre « c'est bien... ça » avec une intonation que ce dernier a jugée condescendante. L’auteur s’amuse à creuser le sillon de l’obsession, cette rumination inquiète qui nous fait monter en épingle l’incident le plus banal.

Sous l’apparence de la conversation ordinaire, Nathalie Sarraute met à nu avec un humour et une précision diaboliques nos angoisses irrationnelles, nos peurs obscures devant l’autre, cet ennemi.

Avec une grande complicité, les deux comédiens s’engagent dans ce combat où chaque mot est là pour faire mouche. Il s’agit de solder l’amitié en toute franchise, de saisir avec exactitude l’instant de la rupture pour mieux la consommer.

C’est malicieux et cruel, chirurgical, avec la langue et ses abîmes au centre de tout.

Le théâtre de Nathalie Sarraute est un drôle de théâtre. Ce n'est pas, comme le voudrait une certaine convention, un théâtre du non-dit, c'est à dire, un théâtre où l'angoisse, le noir fantasme, la suspicion, bref la vérité intime des comportements, n'affleureraient à la surface de la conversation qu'à la faveur des silences et, en quelque sorte, par inadvertance. Non, les personnages de Nathalie Sarraute veulent tout dire, s'expliquer infiniment, réduire autant que faire se peut la part de l'indicible. Ils ne renoncent qu'à bout de force, à bout d'arguments.

  • Un ange passe

Nathalie Sarraute s’amuse à creuser le sillon de l’obsession, cette rumination paranoïde qui nous fait monter en épingle l’incident le plus banal. C’est cela au fond le tropisme sarrautien, un rien, une sensation de malaise qui effleure la conscience, le sentiment d’une curieuse dissonance dans le rapport à l’autre. Mais ce qui n’était qu’une minime fissure va inévitablement s’ouvrir, s’élargir, dévoiler des abîmes insondables.

Sarraute, c’est l’art, à partir d’un rien (ce qui s’appelle rien...) d’explorer, au-delà du langage ordinaire, les multiples petits signes, les « infimes mouvements de la conscience », qui tissent les singuliers mystères qui nous relient les uns aux autres, ou qui nous séparent les uns des autres. Ce faisant, elle construit un monde poétique étrange où le fantastique se mêle au quotidien. Quotidiens sont les personnages, les dialogues qui semblent relever du langage parlé le plus banal. Fantastique est au fond le projet théâtral de faire entendre, sous l’apparence de conversations ordinaires, les mots qui disent le surgissement de l’irrationnel, la peur obscure, cette espèce d’angoisse première, animale presque, qui fait qu’on perçoit l’autre comme un ennemi, des empiétements duquel il faut se protéger, sous peine d’être envahi, absorbé, anéanti...

« Un ange passe » dit, comme il se doit, un personnage d'Isma pour désigner l'un de ces pénibles silences où la conversation chavire, laissant chacun seul dans une douloureuse conscience de soi. Attraper cet ange qui passe avec tant de désinvolture et lui faire rendre gorge est au fond le travail essentiel et obsessionnel de Nathalie Sarraute. C'est une opération délicate qui demande persévérance et doigté. Elle s'effectue dans un étrange climat d'irréalité qui, pour être traduit sur la scène, demande au metteur en scène et aux acteurs humilité, humour, exactitude et ce qu'on pourrait appeler un sens aigu de l'entredeux, c'est à dire l'ambiguïté qui fonde l'expérience du langage dans le théâtre de Nathalie Sarraute.

René Loyon

  • Vider la querelle

Nathalie Sarraute écrit Pour un oui ou pour un non en 1982. C'est sa dernière oeuvre dramatique. L'auteur a alors 82 ans. Elle livre une oeuvre emblématique, comme la quintessence de ses préoccupations et de son écriture. Les personnages cherchent ici encore une fois à « vider la querelle », à littéralement tout se dire. Mais comment dire ce qu'on ne sait pas encore ? Comment vider la querelle quand celle-ci n'est pas même apparue ? Avec la plus grande exactitude, il s'agit alors de saisir le trouble, le moment de rupture, et le partager, le dire à l'autre ; fouiller, revenir, creuser, re-convoquer l'instant, les mots entendus, leur rythme, leur intonation, les silences dans lesquels se glisse le doute, s'insinue le ressentiment. Il y a là comme une incompréhension fondamentale, et l'ancienneté de l'amitié n'y fait rien, comme une blessure inévitable sans doute dans toute relation humaine.

[...] Plus qu'à la précision des mots, Nathalie Sarraute est attentive à leurs inflexions, à leur rythme, à leur absence parfois ; aux silences ; aux pleins et aux déliés de la parole. Elle laisse les mots se dérober, être impuissants, comme s'ils n'étaient jamais à l'endroit exact, au bon moment. Si fragile est la phrase, et si ténue l'intonation, qu'il faut sans cesse redire, préciser, tisser tout un réseau de mots pour approcher l'instant (le bord du gouffre), le cerner et espérer partager une sensation, enfin.

Laurence Campet

  • La presse

« L'écriture de Nathalie Sarraute creuse le sens de ces mots condescendants et met à nu, comme on ronge un os, le rapport au monde foncièrement différent des deux personnages. La mise en scène de René Loyon fait entendre un terrible affrontement existentiel. Les comédiens font vibrer, sans effet superflu, ces paroles infinitésimales et font entendre, au plus juste, les rapports de forces souterrains à l'œuvre dans toute relation humaine. » Télérama


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Thomas T. (1 avis) 05 janvier 2013

Pour un oui ou pour un non Bof bof, un peu déçu. Certes les acteurs sont très bons et le texte ne manquera pas de vous faire sourire quelques fois. Ensuite, c'est surjoué à mon goût et le rythme est trop lent.
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