Plus loin que loin (Further than the Furthest Thing)

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Théâtre de Sartrouville , Sartrouville

Du 18 au 19 mars 2008
Durée : 2h40

CONTEMPORAIN

Zinnie Harris, jeune auteur anglaise à la renommée fulgurante outre-Manche, signe une pièce mystérieuse autour d'une île perdue au milieu de l'Atlantique. A découvrir !
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Spectacle terminé depuis le 19 mars 2008

 

Plus loin que loin (Further than the Furthest Thing)

De

Zinnie Harris

Mise en scène

Guy Delamotte

Avec

Véro Dahuron

,

Philippe Mercier

,

Martine Schambacher

,

Alex Selmane

,

Timo Torikka

La quête d’un mystère originel
Notes de traduction
Extrait
Notes de l’auteur
1ères notes d’intention
2èmes notes de mise en scène

  • La quête d’un mystère originel

Tristan da Cuhna est une île perdue au milieu de l’Atlantique, à mi-chemin entre Le Cap et la pointe de l’Amérique du Sud. Désolée, battue par les vents, elle abrite une poignée d’hommes, au langage archaïque et poétique. Leur seul contact avec l’extérieur est le bateau qui accoste tous les six mois pour les ravitailler. Un jour, un jeune homme revient et rapporte du « D’hors » un industriel anglais qui veut installer une usine. Mais la menace d’une éruption volcanique coupe court à cette tentative, les habitants doivent évacuer.

Loin de leur îlot, les énigmes demeurent et grandissent : pourquoi les empêche-t-on, une fois le danger écarté, de rejoindre leur paradis perdu ? Que se passe-t-il là-bas ? Et qu’a-t-il bien pu arriver autrefois pour marquer cette communauté ? Un journaliste mène l’enquête, le spectateur aussi, embarqué qu’il est dans la quête d’un mystère originel.

Traduction de Dominique Hollier et Blandine Pelissier.

  • Notes de traduction

Plus près que loin
*
Me fait impression, cette pièce. Me fait rêver cette langue. M’effraie aussi. La traduire ? l’inventer, ou la chercher. Où ? Seule ou à deux. A deux, c’est plus sûr. Davantage de garde-fous pour éviter de s’égarer sur les sentiers tentants des patois, du poé-toc, du faux créole. Puis l’est long le voyage, va être mieux à deux. Allons-y. Chacune dans son coin. L’important : la poésie et surtout l’humain qu’elle véhicule, puis le sens qui fait sens.

On va chercher. Où ? En D’dans. D’abord des idées en vrac, gratuites, un mot par ci une sonorité par là, juste par ce qu’elle me raconte, à moi, quelque chose. A toi aussi ? On garde. Confronte. A chaque séance de travail, nos parlers se rapprochent. Se construit avec et sans nous la langue. Au présent. Une langue sans futur. Chargée du passé de chacune, enfance, aïeuls, terre et mer(e). Des emprunts aux autres français, mais pas ostensiblement. Ne pas résumer les personnages à leur langue. Ne pas en faire des niais, tout ça parce qu’ils ne parleraient pas « comme nous ». Au bout d’un temps qu’on les entend c’est nous qui parlons « comme eux » (Z’ont pas l’air bête donc !).

C’est que cela commence à avoir une cohérence, qui permet une cohésion. La langue de ceux-là qui sont de l’île. Pas la langue du D’hors. Dernière étape, on cherche dans le texte les règles de grammaire et de conjugaison qui sont nées quasi d’elles-mêmes. Y’a plus qu’à relire et c’est une langue. Puis regarder les acteurs qui l’apprennent puis qui la parlent sans même s’en rendre compte. Nous l’est tous des îliens en d’dans.

Dominique Hollier, janvier 2004

La langue du d’dans
Première lecture toute seule, chacune dans son coin.
Découverte d’un univers mais aussi d’une langue de poésie rude,
Comme des vers libres à la libre ponctuation.
Eblouissement, puis hésitation devant l’ampleur de la tâche.
On laisse de côté mais la pièce revient, s’impose, alors on tente le voyage à deux.
A deux, on se sent mieux pour s’en aller explorer la langue du D’dans, une langue qui n’envisage du futur que l’immédiat.
Bien des écueils à éviter, ne pas en faire une « langue de consanguins », ni un pur
Créole.
Alors on va pêcher au Canada, en Belgique et dans les îles.
Et chez nous, on s’enfonce dans les terres ou dans l’enfance pour nourrir la langue des îliens.
Et un jour on les entend parler, Bill, Mill et Rebecca. Puis Francis aussi quand
L’émotion le submerge.
Et on sait qu’on n’a pas fait le voyage pour rien.

Blandine Pélissier, janvier 2004

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  • Extrait

MILL J’attendu. Dès le soleil levé. Vu ton bateau du début qu’il arrive. Retenu mon souffle pour les roches. Fermé les yeux pour le coin. Compté les battements de mon cœur pour l’arrivée.
FRANCIS Mill…
MILL M’approche pas, pas déjà. Laisse d’abord que je te voie bien. L’autre côté. Alors c’est comme ça qu’ils s’habillent alors, ceux du D’hors ? Ton oncle tu lui manqué. L’est vieux. Tu faus pas t’en aller d’un homme vieux comme ça.
FRANCIS Je ne suis parti que…
MILL Des mois. Des mois et des mois. Je compté Francis. Une moitié d’année, c’est, et puis encore la moitié.
FRANCIS Il n’y avait pas de bateau.
MILL M’approche pas, je te regarde encore. Deux mariages, on a eu. Deux mariages. Puis beaucoup d’anniversaires. Harry Repetto a mouru. Tu l’as manqué. Tu vois… manqué. l’Harry Repetto qu’a mouru. Mort le deuxième dimanche après que t’as parti. L’est où ton sac ?
FRANCIS Sur la grève.
MILL Me touche pas, je dis. Je vérifie encore que t’es bien toi.

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  • Notes de l’auteur

Pour écrire Further than the Furthest Thing, je me suis librement inspirée de Tristan da Cuhna, une île perdue au milieu de l’Atlantique, à mi-chemin entre Le Cap et la Pointe de l’Amérique du Sud. Son seul contact avec le monde extérieur est un bateau qui accoste tous les six mois environ. Bien que l’action se passe en 1961, l’extrême isolement des insulaires en a fait, pour ce qui est de l’habillement, du langage et du comportement, un hybride insolite de cultures et d’époques, un tiers napoléonien, un tiers victorien et un tiers contemporain. (…) La communauté de l’île compte environ 170 personnes issues des sept familles descendant des sept marins naufragés qui ont fondé la colonie voilà des siècles. Il n’y a sur l’île, ni électricité ni arbres, et dans les maisons faites de pierres et de planches récupérées sur des épaves, on s’éclaire à la lanterne.

Further than the Furthest Thing doit beaucoup aux habitants de Tristan da Cuhna et à leur histoire, l’histoire d’une île magnifique et d’un mode de vie basée sur l’isolement, brutalement interrompu par une éruption volcanique, et l’évacuation de la communauté toute entière à Southampton. Toutefois, cette pièce n’est pas uniquement leur histoire et s’éloigne très vite des faits réels. J’ai plongé dans l’histoire de Tristan da Cuhna pour alimenter mon imaginaire et j’en suis ressortie, nourrie, pour donner le jour à des personnages et des évènements qui n’ont jamais existé. (…)

Mes liens personnels avec Tristan da Cuhna remontent à mon grand-père, le pasteur anglican Dennis Wilkinson, qui fut nommé là-bas peu après la seconde guerre mondiale. Il emmena avec lui ma grand-mère, alors jeune femme, et leurs deux enfants, ma mère et ma tante. Bien que leur séjour là-bas se soit limité à quelques années, il est entré dans la légende familiale et nous avons tous poussé sur un terreau riche des contes de cet endroit magique. Combien de soirées avons-nous passées à regarder quelques photos floues d’hommes au visage grave et à écouter raconter les chaloupes, les œufs de pingouin, le sable noir volcanique, les lieux aux noms étranges comme « Les Carrés » ou « le Mauvais Chemin » !

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  • 1éres notes d’intention

Suite au travail réalisé dans le cadre de notre Festival Ecrire et Mettre en Scène, Aujourd’hui en mai 2003, nous avons décidé de créer ce très beau texte de Zinnie Harris. Les deux traductrices, Dominique Hollier et Blandine Pélissier ont d’ailleurs terminé leur travail de traduction dans le cadre et grâce à ce travail de 10 jours avec les acteurs.

Ce texte et le travail en mai 2003 ont été pour moi et toute l’équipe un vrai coup de foudre. Les spectateurs ayant assisté au travail n’ont pu que nous déterminer à poursuivre l’aventure tant l’accueil fut chaleureux et leur curiosité éveillée par l’étrangeté du texte. La puissance de cette langue qui joue d’une certaine « naïveté » comme une fausse piste car elle s’enracine bien plus qu’on ne le pense dans une origine primordiale du langage (au sens de premier, avant toute autre chose) me semble plus que nécessaire à faire entendre aujourd’hui.

Il n’est pas tant question pour moi dans ce travail de suivre à la lettre des situations concrètes voire réalistes parfois que de donner à entendre, à voir cette lancinante question de l’origine et d’une faute commise par les anciens qui entache la communauté des Hommes à jamais. L’impossible adaptation au Nouveau Monde est aussi le regret éternel de la perte d’un paradis supposé et le nécessaire retour sur son île, l’unique chance d’être en paix avec soi.

comment quelque chose qu’est vie toute neuve peut être porte-malheur ?
Je sais pas
Peut-être parce que c’est vie toute neuve puis qu’on le mange que c’est porte-malheur

le toit nous l’a démoli pour faire le cercueil d’Harry Repetto. Alors voilà c’est comme ça, l’église est plus la même, avec la pluie qui coule dans le cou

tu dis vrai, les parents oiseaux seraient revenus les chercher, bien sûr.
Imagines, si c’est moi. Si moi je suis l’oiseau puis je viens, puis je les vois qui sont plus là…

quelque chose qu’est bien
quelque chose qu’est bon
n’est nulle part du sable comme ça
nulle part
n’est nulle part du sable aussi fin
aussi brillant
aussi noir

Je pourrais poursuivre à l’infini ces extraits du texte qui me semble ouvrir les mondes jusqu’à en recopier le texte en entier…

Jamais connu ça avant
non jamais…

Guy Delamotte

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  • 2èmes notes de mise en scène

« A l’inattendu les Dieux livrent passage »

Bill est debout au bord d’un lac de montagne.
Il retire ses vêtements et entre dans l’eau. Elle est très froide.
Il se penche pour s’asperger les bras et le visage.
Il entre dans l’eau jusqu' aux épaules et se met à nager.

Le même jour, à la nuit tombante. Sur la grève.
Rebecca se baigne dans la mer.
Françis est assis au bord de l’eau, lui tournant le dos et jouant avec des cailloux.
Rebecca sort de l’eau derrière lui. Elle est nue et enceinte.

C’est une pièce de magie.
Où les mots réveillent les mondes souterrains.
Où les mots se doublent de leur sens premier.
Où les mots habitent les langues et roulent sur les lèvres.

On ne marchande pas avec la magie !
Et si dans la disparition de la manche du prestidigitateur, l’œuf devient pièces de monnaie, la vie ne s’achètera pas à n’importe quel prix et surtout pas au risque de quitter l’origine de son monde, sa langue.

La cargaison d’images ne change rien
Image_magie
5 lettres identiques.
Pour dire la tromperie des gens du dehors !

1) Nous ne sommes pas une espèce qui possède le langage. Nous l’acquérons tant bien que mal à partir de l’âge de dix huit mois jusqu’à l’âge de sept ans. Nous le perdons dans l’angoisse et plus encore en vieillissant. Le langage ne nous définit pas : il défaille en nous.

2) En langue Inuit un des nombreux mots qui signifie chaman se dit « marmonnement à voix basse » Ce marmottage est à mi- distance de l’oral et de l’écrit. Il ressemble à une régurgitation de langue parlée qui déjà se détache du dialogue, s’éloigne de l’ordre, amenuise l’appel. Voix semblable à la gorgée de lait qui revient comme une minuscule nuée blanche sur les lèvres des bébés après qu’ils ont tété leur mère.
Le radotage des vieux qui décélèrent leur enfance n’est nullement méprisable, sur fond de ce murmur.
Des milliers de peuples sans écriture en témoignent ; cinq millénaires de civilisations à écriture de même fondent ce besoin de régurgitation mezzo voce comme une anticipation hallucinée d’une oralité désoralisée.
Ils sont assis en cercle, tassés, petits, la face jaune, les yeux noirs comme de l’encre ; les yeux cependant luisent ; faces éclairées à partir d’une mystérieuse source interne. Ils écoutent peu à peu la voix douce, la voix sans source, le langage hallucinogène, le bourdon qui s’élève et qui fait retour.
Ce que nous appelons chaman, les Inuits le nomment aussi angakoq. Anga, veut dire l’Ancien. Très exactement : l’Avant. L’Ancien, L’Avant parle d’une façon particulière : il parle les yeux fixés sur aucun objet ( cet « aucun objet » est l’ancêtre du livre) ; le ton qu’il prend est plus grave ; il parle avec hésitation ; il donne une sensation de traduction, de vu autrefois, de très ancien, de déjà partagé, de difficile à redire ; le souffle est à demi avalé ; la voix se retire à moitié derrière les lèvres et mâchonne au fond de la gorge ; l’avant s’adresse à mi-voix… P Quignard

Et je copie et recopie encore le texte -Plus loin que loin- pour en trouver la bonne distance peut être, comme pour en extraire un sens perdu, insoupçonné.
A défaut d’écrire sur, d’après, autour, notes d’intentions et autres bla, bla. Comme un moine ferait d’un verbe sacré, ne s’autorisant que l’instant ou la plume s’égare, d’un mouvement vif, s’aventure, au fil de la lettre tracée et revient dans le cadre de la page, toujours fidèle mais ayant parcouru le verbe et donné lumière au noir de la plume sur le blanc du papier, mis en lumière. Tremblement de l’écriture qui désespère à figer le verbe, comme une rencontre à venir.

« C’est une belle folie : parler. Avec cela, l’homme danse sur et par-dessus toute chose. » Nietzche.

Guy Delamotte

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