
Pour la première fois, Nancy Huston, l’une des voix les plus primées de la littérature contemporaine – Lignes de failles (Prix Fémina 2006), Instruments des ténèbres (Prix Goncourt des lycéens, prix du Livre Inter)… – interprète elle-même Les Variations Goldberg, son tout premier roman devenu une œuvre de référence.
Un soir d’été à Paris, la pianiste Liliane Kulainn réunit chez elle quelques proches pour entendre son interprétation des Variations Goldberg de J-S Bach. De variation en variation, Liliane se laisse conduire par ses souvenirs autant que par ce qu’elle imagine des pensées de ses invités.
« Qui ai-je aimé ? Qui m’a aimée ? Qu’est-ce qui demeure quand tout s’efface ? »
Sur scène, Nancy Huston, accompagnée de Babx en alternance avec Donia Berriri, incarne l’héroïne libre, charismatique et multiple de son premier roman devenu culte. Une relecture inédite où théâtre et musique s’épousent pour composer le portrait polyphonique d’une vie.
Lorsque j’ai découvert le roman de Nancy Huston, j’ai été saisie par l’histoire de cette femme qui se retourne sur sa vie et découvre qu’elle est faite de voix, de corps, de gestes, de musiques qui ne lui appartiennent plus tout à fait.
Pendant des années, j’ai eu envie d’adapter Les variations Goldberg sur scène. Il a fallu la rencontre avec Nancy Huston, et qu’elle réponde « oui » à ma proposition de la voir incarner le personnage de Liliane.
Le charisme et la personnalité de Nancy, dont la voix sillonne les phrases avec son accent à peine prononcé, sa silhouette très fine, ses regards, vont donner vie à son héroïne avec une force et une ambiguité exceptionnelles.
La musique jouant un rôle essentiel dans ce projet, la présence de Babx sur scène a déclenché toute une vision sonore. Le talent de ce compositeur interprète est multiple, son sens de l’harmonie, sa connaissance de musiques ancestrales et traditionnelles, fusionnée à son expérience pop rock en font le partenaire idéal pour Nancy Huston.
Et pour donner vie aux trente invités de Liliane Kulainn et les faire figurer, je fais appel à la chorégraphe Georgia Ivès, qui explore dans son travail le lien entre corps et mémoire. Ensemble, nous allons travailler sur les postures et les mouvements des deux interprètes, lorsque la voix d’un invité s’élèvera et racontera sa relation à Liliane.
En mettant en scène ce texte de Nancy Huston, j’aimerais conduire les spectateurs dans un lieu fait de mémoire rejouée, de désir et de silence. Liliane, incarnée par son autrice, y apparaît comme le centre d’un monde qui n’existe plus qu’en éclats. Mon rôle est de faire résonner ces éclats et de leur donner un souffle, une présence.
Les invités qu’elle convoque ne seront jamais visibles comme des figures réalistes : ils naîtront du mouvement, des regards, de la lumière. Pour cela, la collaboration avec la chorégraphe Georgia Ivès est essentielle. Ensemble, nous imaginons une chorégraphie des absences — un vocabulaire de gestes et de courbes corporelles qui tracent dans l’espace l’existence des êtres aimés. Ces présences fantômes sont comme des réminiscences, parfois proches, presque touchables, parfois lointaines. Ils matérialisent ce qui vibre en Liliane, ce qui la hante ou la soulève.
Babx, lui, est le souffle musical de ce rituel. Il compose et sculpte la musique en direct, si bien que chaque mouvement, chaque apparition d’un invité imaginaire, semble naître de la musique elle-même — ou la faire naître. Entre Liliane et Babx se crée un dialogue souterrain : la musique répond à la parole, la parole appelle le geste, le geste fait naître un souvenir.
J’aimerais raconter les tensions entre la solitude et le collectif, entre la clarté du texte et l’opacité du souvenir.Faire ressentir aux spectateurs que nous sommes faits d’échos, de gestes et de voix. Et nous souvenir…
Mon intention est de signer un spectacle où l’intime devient visible sans être exposé, où l’on croit entendre les pensées circuler entre les corps, comme un murmure partagé. Ce spectacle est un passage : celui de la musique à la chair, de la mémoire au présent. Une tentative de faire sentir que l’amour, même perdu, continue d’habiter la scène, et ceux qui la regardent.
Ninon Brétécher
1, place Charles Dullin 75018 Paris