Le projet Laramie

Vingtième Théâtre , Paris

Du 04 mars au 07 mai 2006
Durée : 1h30

CONTEMPORAIN

De sang froid... Inédite en France et véritable documentaire théâtral, cette pièce construite sur plus de 200 interviews raconte le meurtre de Matthew Shepard, un étudiant gay de 21 ans. Une chronique de la haine ordinaire, l’autopsie d’un monde perdu confronté à ses peurs. Des mots vrais, une écriture unique.
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Spectacle terminé depuis le 07 mai 2006

 

Photos & vidéos

Le projet Laramie

De

Moisés Kaufman

Mise en scène

Hervé Bernard Omnes

Avec

Serge Chambon

,

Anna d'Annunzio

,

Christine Gagnepain

,

Denis Laustriat

,

Hervé Bernard Omnes

,

Elisabeth Potier

,

René Remblier

,

Cyril Romoli

,

Raphaëlle Valenti

,

Philippe Villiers

L’histoire de Matthew Shepard (1977-1998)
A propos de la pièce
Un documentaire théâtral. Analyse d’un fait-divers.

  • L’histoire de Matthew Shepard (1977-1998)

Mardi 6 Octobre 1998, Matthew Shepard sort au Fireside Bar, à Laramie. A 21 ans, il est étudiant en sciences politiques à l’université du Wyoming. Il est revenu dans cet Etat, après avoir étudié en Suisse pendant 2 ans, ses parents travaillant en Europe. Deux jeunes hommes l’abordent. Ils lui demandent s’il est gay. Matthew confi rme. Ses deux interlocuteurs affirment qu’ils sont gays aussi, et se proposent de le raccompagner. Matt, confiant, les suit dans leur véhicule, qui les conduit hors de la ville.

Les deux hommes commencent à battre Matthew, à la tête, avec la crosse d’un 357 Magnum. Matt est seul contre deux, et n’est pas de taille à se défendre : il mesure 1m65 pour 54 kg. Ses agresseurs l’attachent à une barrière. Matthew sent qu’ils veulent le tuer, et il les supplie de lui laisser la vie sauve. Ses agresseurs continuent à le torturer et à le frapper, si violemment qu’ils lui brisent le crâne. A son arrivée à l’hôpital Matt présentait 14 coupures sur le visage, certaines assez profondes pour atteindre l’os, et de multiples brûlures sur le corps.

Les deux agresseurs abandonnent Matthew, attaché à la barrière. Matthew reste 18 heures ainsi par une température proche de zéro, avant qu’une chute de VTT ne fasse atterrir à ses pieds un cycliste, qui croit d’abord avoir affaire à un épouvantail, et qui se dépêche de prévenir les secours lorsqu’il constate que la victime respire encore.

La nouvelle de la violente agression contre Matt provoque un choc dans tout le pays. Bill Clinton se déclare profondément choqué par la brutale attaque et demande aux Américains de prier, avec lui, pour Matthew, dont les parents rentrent précipitamment d’Arabie Saoudite où ils vivent et travaillent alors.

Matthew a été transporté à l’hôpital de Poudre Valley, dans le Nord du Colorado. Il est dans le coma. Son crâne est tellement brisé que les médecins ont renoncé à l’opérer. Une veillée est organisée devant l’hôpital où arrivent ses parents. Rapidement des dizaines d’autres ont lieu, dans tout le pays. A minuit, le dimanche 11 Octobre, la pression sanguine de Matthew chute brutalement. A 00h53, lundi matin, Matthew meurt au milieu des siens, sans avoir repris connaissance.

Dès l’annonce de la mort de Matthew, les associations gays décident de réagir en organisant des « candlelight vigils », des veillées où chacun vient avec des bougies. Le but était double : se rassember pour rendre un hommage silencieux et ému à Matthew, et réclamer l’adoption de la loi contre les crimes haineux, afin d’éviter si possible que ce drame ne se reproduise.Les obsèques de Matthew Shepard ont eu lieu le 16 octobre, à Casper, sa ville natale.

Le 9 Avril 1999, Russell Henderson, 21 ans, l’un des deux assassins de Matthew Shepard est condamé à une double peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Il a évité la peine de mort en plaidant coupable. Le 4 Novembre 1999, Aaron Mc Kinney, 22 ans, l’autre assassin est à son tour condamné à une double peine de prison à vie. La peine de mort avait été requise, mais les Shepard acceptèrent d’intervenir sur demande de la famille de l’accusé afin de lui éviter cette peine : « Mr McKinney, je vous laisse la vie en mémoire de celui qui ne vit plus aujourd’hui, a déclaré Dennis Shepard, je crois en la peine de mort. Il n’y a rien que je désire plus fortement que de vous voir mourir Mr Mc Kinney. Mais il est temps de faire preuve de pitié vis-à-vis de quelqu’un qui a refusé de faire preuve de la moindre pitié… »

Le texte de la pièce est adapté et traduit par Hervé Bernard Omnes.

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  • A propos de la pièce

Il y a des moments dans l’histoire, où un événement met au premier plan les différentes idéologies et croyances prédominantes d’une culture. Dans ces circonstances, un tel événement met en lumière, et distille l’essence de ces philosophies et de ces convictions. En prêtant alors vraiment attention, dans des instants comme ceux-là, aux propos des personnes, on est capable d’entendre comment ces pensées fondamentales affectent non seulement la vie de l’individu, mais aussi une culture dans son ensemble.

Les procès d’Oscar Wilde furent un événement de ce genre. Lorsque j’ai lu les minutes des procès (alors que je préparais l’écriture de Gross Indecency), j’ai été frappé par la clarté avec laquelle ils éclairaient toute une culture. Dans ces pages, on pouvait non seulement voir une communauté confrontée aux problèmes que Wilde représentait, mais de la bouche même d’hommes et de femmes de l’ère victorienne, on apprenait, trois générations plus tard, quelles sortes de rouages animaient les idéologies, idiosyncrasies et philosophies qui régissaient leurs vies et leur culture.

Le meurtre brutal de Matthew Shepard est un autre de ces événements. Dans les répercussions immédiates, la nation entama un dialogue qui fit remonter à la surface ce que nous pensons et disons à propos de l’homosexualité, des politiques sexuelles, de l’éducation, de la violence, des droits et privilèges, et de la différence entre tolérance et acceptation.

L’idée du Projet Laramie trouve son origine dans mon désir d’en apprendre plus sur les causes du meurtre de Matthew Shepard, sur ce qu’il s’est passé cette nuit là, sur la ville de Laramie. L’idée d’écouter les témoignages des habitants m’intéressait. En quoi Laramie est-il différent du reste du pays, en quoi est-il identique ? Peu de temps après le meurtre, j’ai posé la question à ma compagnie, le Tectonic Theater Project. Que pouvons-nous faire, en tant qu’artiste, pour répondre à cet incident ? Et plus concrètement : le théâtre est-il un support capable de contribuer au dialogue national généré par un tel événement ?

Ces préoccupations correspondaient parfaitement avec la mission du Tectonic Theater Project. Chaque projet que nous initions, au sein da la compagnie, a deux objectifs : examiner le contenu du sujet traité, et explorer les formes et langages théâtraux. A une époque où les films et la télévision redéfinissent constamment, et affinent leurs outils et procédés, le théâtre est resté trop souvent retranché dans la tradition de réalisme et de naturalisme du 19ème siècle. En ce sens, notre démarche était de continuer à s’interroger : comment le théâtre témoigne, et comment il est créé ? De la même façon, j’étais intéressé par ce schéma : une troupe de théâtre se rend quelque part, parle aux gens, et rentre avec ce qui a été vu et entendu afin de créer une pièce.

A cette époque, je venais de retomber sur un essai de Brecht sur le théâtre, que je n’avais pas lu depuis un certain temps. Dans sa démonstration, il utilise la situation suivante : Un témoin raconte à un groupe de personnes un accident de la circulation. Partant de là, Brecht construit une théorie sur le théâtre épique, basé sur ce modèle. Cet essai m’a montré comment aborder ce projet, aussi bien en termes de création que de vocabulaire esthétique.

Ainsi, en Novembre 1998, quatre semaines après le meurtre de Matthew Shepard, neuf membres du Tectonic Theater Project et moi-même, partîmes pour Laramie, dans le Wyoming, afin de recueillir des interviews qui deviendraient la matière d’une pièce théâtrale. Nous ne savions absolument pas alors que nous consacrerions deux ans de nos vies à ce projet. Nous retournâmes six fois à Laramie, conduisant plus de deux cents entretiens. Cette pièce a été créée à Denver, au Denver Center Theater, en Février 2000. Puis au Union Square Theater à New York, en Mai 2000. Et en Novembre 2000, nous sommes allés jouer la pièce à Laramie.

Travailler sur Le Projet Laramie a été source d’une grande tristesse, d’une grande beauté, et le plus important, de grandes révélations, sur notre nation, nos idées, sur nous-mêmes.

Par Moisés Kaufman

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  • Un documentaire théâtral. Analyse d’un fait-divers.

Un documentaire théâtral
C’est lors d’un voyage à New York que j’ai « rencontré » Le Projet Laramie. Une rencontre dans une chambre d’hôtel, la télévision diffusait l’adaptation de la pièce pour HBO. Cette histoire est entrée dans ma vie et la changea définitivement, comme elle changea la vie de milliers de personnes, partout dans le monde.

Matthex Shepard, je le connaissais. Son histoire me touchait par sa violence, son injustice, sa bêtise. Elle me touchait parce qu’elle est la preuve de notre incapacité à tolérer, à respecter, à aimer l’autre, dans ses différences.

Le Projet Laramie nous parle de nous, du monde où nous vivons, des « valeurs » sur lesquels nous bâtissons nos civilisations et nos croyances. Il parle de notre peur du vide et de notre soif de justice. Laramie peut être chacune des villes du monde. La force de cette pièce, et son universalité, est d’être construite sur des mots vrais, des interviews, des documents. Il n’y a pas de place pour la fiction, car la réalité dépasse en horreur tout ce qu’un dramaturge aurait pu écrire. Nous sommes dans un documentaire, brut, sans manichéisme, sans pudeur, sans politiquement correct, où loin des stéréotypes médiatiques et racoleurs, nous explorons l’âme humaine, des abîmes de haine et d’égoïsme où elle peut s’enliser aux sommets de compassion dont elle est capable.

Avec Le Projet Laramie, Moisés Kaufman repousse les limites de l’écriture théâtrale. Dans sa pièce précédente, Outrage aux bonnes moeurs, il se faisait historien, recréant l’univers d’oscar Wilde à travers les minutes des procès, les articles de presse, les journaux intimes… Pour Le Projet Laramie, il se fait journaliste de terrain, confident, confesseur et témoin direct. Il devient documentariste, jetant les bases d’un théâtre, qui tout en reprenant les codes brechtiens, va chercher une nouvelle dynamique, et une autre dimension de représentation. Le théâtre en ressort plus fort, moderne, dans un rôle éminemment politique (mais est-il autre chose ?), intemporel, universel. Nous replongeons aux origines mêmes du théâtre et à sa fonction dans la vie de la Cité.

Dans mon travail de traduction et d’adaptation, j’ai cherché à garder le style « parlé » de l’œuvre et, dans la mise en scène, j’ai cherché constamment à retranscrire la force des témoignages, force découlant de leurs formidables sincérités et simplicités.

L’artiste italien Luigi Ghirri dit à propos de son travail : « La photographie n’a pas pour but de montrer des lieux, mais plutôt de représenter les sentiments qu’ils peuvent susciter. » J’ai adopté cette démarche, estimant que les émotions ne peuvent être pleinement ressenties que si elles sont libérées de toute forme imposée. À ce titre, les projections vidéos et les musiques qui accompagnent le spectacle seront des éléments de ce voyage documentaire émotionnel : oniriques, abstraites, symboliques, mais jamais figuratives ou narratives au sens représentatif et concret d’une réalité exacte.

Conclusion momentanée : Everyone carries a piece of the truth
Cette phrase, utilisée en sous-titre, ou accroche publicitaire de nombreuses productions de la pièce outre-atlantique, définit bien ce dont il est question ici. Nous sommes devant un puzzle, chaque pièce est déterminante, chaque pièce est essentielle. Elle ajoute quelque chose dans la recherche de la vérité, et possède, à ce titre, sa valeur propre, mais ne permet pas de voir l’ensemble de l’image.

De plus nous portons tous une part de cette vérité, de cette responsabilité, de ce message. Que nous soyons victime ou coupable. À nous de le délivrer, de témoigner, et d’éduquer. Enfin ce poids, cette charge, qu’il soit celui de la culpabilité, ou de l’indifférence, doit être porté par l’individu, comme par la communauté. Il en va de notre responsabilité, de notre dignité.

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Avis du public : Le projet Laramie

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Colin G. (1 avis) 17 avril 2007

RE: Le projet Laramie Que penssez vous du fait que l'on se soit servi de faits réèlle pour monter une pièce de théatre.Je m'explique.Je suis lycéen en term L et je doi passer mon bac de Théatre et mon sujet est:Le téatre témoignage et j'ai pri comme exemple le Projet Laramie que je joue également avec la troupe de mon lycée.Merçi
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Fred F. (1 avis) 10 avril 2006

RE: RE: Le projet Laramie Que dire de plus. Il est clair que ce genre de pièces ne laisse ni indifférent ni intact. C'est une sorte de ballet où les déplacements, la lumière et même la musique prennent une place considérable. La mise en scène, combinée au talent des comédiens appui avec force le sujet traité. On en ressort avec l'impression d'avoir pris la réalité du monde en pleine figure. La réaction du public est d'ailleurs très parlante. Les applaudissements d'abord timides, de peur de déranger l'ambiance dans laquelle le spectacle nous a plongé, s'intensifient très vite pour ovationner cette troupe formidable.
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Geoffrey C. (1 avis) 17 mars 2006

RE: Le projet Laramie magnifique! on aborde de nombreux themes comme l'homophobie, la peine de mort, la religion, la puissance des médias, le respect, le pardon,etc. Les 10 comédiens interprètent tous plusieurs personnages, une véritable performance artistique surtout pour les plus jeunes (inconnus). Les lumières et la musique apportent beaucoup à l'ambiance de la pièce. Enfin, un grand bravo au metteur en scène qui devrait très vitre sortit de l'anonymat avec ce 1er essai plus que concluant! Nous vous invitons vivement à aller voir cette pièce! myriam & geoffrey
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Lionel J. (1 avis) 10 mars 2006

Le projet Laramie Les applaudissements s’estompent , les lumières se rallument . Vous restez là cloué sur votre fauteuil, incapable de prononcer un mot. Le temps s’est arrêté à Laramie , ville paisible du Wyoming où l’innommable s’est produit . Dans une mise en scène sobre et inspirée ,les 10 acteurs sont tour à tour virgule, point d’exclamation, point d’interrogation ou Point Final. Rôles multiples qui s’enchevêtrent dans une scénographie esthétique. Une musique envoûtante brouille nos sens tandis qu’un habillage vidéo achève de nous emporter. On ne ressort pas intact. Indispensable.
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