Le direktor

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Théâtre de la Bastille , Paris

Du 12 mars au 04 avril 2019
Durée : 2h20

CONTEMPORAIN

,

Comédie de moeurs

Oscar Gómez Mata adapte une comédie féroce du réalisateur danois Lars von Trier. Avec une jubilation émancipatrice et communicative, les interprètes s’emparent du scénario pour déconstruire le modèle de l’entreprise contemporaine.
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Spectacle terminé depuis le 04 avril 2019

 

Photos & vidéos

Le direktor

De

Lars von Trier

Mise en scène

Oscar Gomez Mata

Avec

Pierre Banderet

,

Valeria Bertolotto

,

Claire Deutsch

,

Vincent Fontannaz

,

David Gobet

,

Camille Mermet

,

Aurélien Patouillard

,

Christian Geffroy Schlittler

,

Bastien Semenzato

  • Une comédie féroce

Depuis vingt ans, entre l’Espagne et la Suisse, le metteur en scène Oscar Gómez Mata est passé maître dans l’art de bousculer joyeusement les consciences. Pour ce nouveau spectacle, et pour sa première venue au Théâtre de la Bastille, il choisit d’adapter une comédie féroce du réalisateur danois Lars von Trier.

Ravn dirige une entreprise de nouvelles technologies. Trop lâche pour assumer ses décisions impopulaires, il se fait passer pour un simple salarié et invente de toutes pièces l’existence d’un « Directeur de tout » exerçant aux États-Unis. Lorsqu’il faut vendre l’entreprise, puis licencier ses salariés, il ne reste plus à Ravn qu’à engager un comédien qui incarnera ce directeur imaginaire. Prenant malheureusement son rôle trop au sérieux, le jeune comédien décide vite de s’affranchir, précipitant les employés dans une série de quiproquos improbables. Voilà pour l’intrigue, dont le jeu de masques et le goût pour la mise en abîme n’est pas sans rappeler le théâtre de Marivaux ou de Pirandello.

Avec une jubilation émancipatrice et communicative, les interprètes s’emparent du scénario pour déconstruire le modèle de l’entreprise contemporaine, s’amusant tour à tour des nouvelles logiques managériales, de la dilution de la responsabilité, des journées team building et des réunions PowerPoint qui s’éternisent. Au cœur de l’open space, une lutte acharnée s’annonce ainsi entre le libre arbitre et l’irresponsabilité collective.

Au ton moralisateur, Oscar Gómez Mata préfère alors la force de l’humour et les folles digressions de la pensée. Le Direktør est autant une satire sociale qu’une réflexion sur le métier de l’acteur et la puissance du théâtre. Et le spectacle s’impose comme un petit traité de comédie ; une même scène voit s’entrechoquer comiques de situation et de répétition, humour burlesque et réflexif, maniant toujours avec brio la nouvelle langue de la start-up. Les interprètes dansent, chantent, interrompent le cours du spectacle, interpellent le public, portent des perruques sans raison et font du canoë. En somme, Le Direktør célèbre un théâtre dont l’absurde offre aux spectateurs une joyeuse promesse de résistance…

Victor Roussel

Par la compagnie L'Alakran. D’après Direktøren for det hele de Lars von Trier, traduction du danois Catherine Lise Dubost.

  • La presse

«  Une telle réussite (où le public, pris sans cesse à témoin, a sa part), s'appuie sur l'entente fluide des neufs comédiens aux tempéraments originaux, capables de tout vivre sur scène. Chanteurs, danseurs, et presque clowns...  » Emmanuelle Bouchez, Télérama TT, 20 mars 2019

  • Travail et responsabilité

« Ce n’est jamais agréable de virer des gens. On n’a jamais envie. Ni de les engueuler ou de leur donner des ordres. Par contre, c’est toujours agréable de les augmenter. Si on avait le pouvoir de se dédoubler, on pourrait être le mec sympa qui augmente les gens pendant qu’un autre se charge de les virer. » Lars von Trier

Ce scénario est une satire féroce de l’entreprise ; il contient une charge politique à l’encontre de ce qu’est devenu le monde du travail aujourd’hui, ce royaume infini de l’absurde et de la violence symbolique. Le vrai patron est d’une lâcheté inimaginable lorsqu’il s’agit d’annoncer les mauvaises nouvelles. Engager un autre pour faire semblant de vous diriger n’est pas commun, mais cela n’est possible qu’à partir du moment où les employés de l’entreprise eux-mêmes ne savent pas qui en est le patron.

Un des grands intérêts de cette mise en scène est de montrer tout ce qu’on ne voit pas dans le film, de compléter en quelque sorte le temps cinématographique. Cette histoire est une histoire d’être et de paraître ; ce que le théâtre peut y apporter, c’est l’ambiguïté de ce que l’on montre. Pour moi, quand quelque chose est ambigu ou s’il y a une image qui n’est pas complètement définie, c’est le spectateur - l’observateur, donc -qui devra la finir et la définir. C’est le sujet central de cette comédie qui m’a séduit parce qu’il est extrêmement contemporain : la responsabilité. Qui assume réellement ses responsabilités aujourd’hui dans le monde du travail ?

Il s’agit donc d’une « comédie de bureau », le mot « comédie » entendu dans toute sa puissance sémantique : le travail est une petite scène de théâtre, une pièce en trois actes, les employés en sont les acteurs, prisonniers de leurs rôles, toujours plus étroits. Le vrai patron est lâche ; il veut seulement être aimé. Le faux patron est brave mais il décide de pousser jusqu’au bout le faux. Beaucoup de patrons ont des difficultés à diriger, à jouer leur rôle. Alors que ce qu’on attend d’un patron, c’est qu’il exerce bien son pouvoir avec équité.

On peut y voir une incapacité à pouvoir dire les choses telles qu’elles sont aux employés, d’autant plus que de nos jours, les patrons sont de plus en plus virtuels. Les entreprises se sont transformées, les lieux de décisions se sont déplacés, ce ne sont plus vraiment les patrons qui décident, mais le marché, la côte, etc. L’endroit des décisions est d’un anonymat complet. Parfois les décisions vont déplaire, les mauvais patrons sont guidés par le désir d’être aimés, niant le rapport d’autorité, de hiérarchie, entretenant le mythe que ça n’existe pas.

Il y avait avant une hiérarchie dans le monde du travail : le patron avait un nom, un visage, si les ouvriers se sentaient opprimés, exploités, il en étaient d’autant plus solidaires et avaient une identification de classe très forte. Désormais, les organigrammes sont beaucoup plus diffus. Avant, le sentiment d’impuissance des ouvriers se transformait en un sentiment de colère ; on savait contre qui on allait se battre. De nos jours, on n’arrive pas à identifier qui au fond est responsable des décisions prises.

Les responsabilités sont déplacées, diluées. On ne peut plus personnifier, mettre un visage humain. Aujourd’hui, les logiques économiques ont bon dos ; l’abdication du pouvoir politique aux pouvoirs économiques ne fait qu’accentuer la lâcheté des dirigeants. Cette comédie sur la fausseté nous dit : qu’est-ce qui est prioritaire pour moi ? que faut-il préserver, sur quoi je dois agir ?

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