Le Roi se meurt

Théâtre Hébertot , Paris

Du 15 avril au 02 juillet 2005

CONTEMPORAIN

Il y avait dans un pays imaginaire un vieux roi qui croyait tenir dans son poing un pouvoir éternel. Puis un jour, tout bascule dans l’anarchie et dans l’horreur. Le roi doit alors accepter l’inéluctable, le grand rendez-vous avec la mort. Mais va-t-il mourir ?
Continuer la lecture

Spectacle terminé depuis le 02 juillet 2005

 

Photos & vidéos

Le Roi se meurt

De

Eugène Ionesco

Mise en scène

Georges Werler

Avec

Michel Bouquet

,

Juliette Carré

,

Jacques Echantillon

,

Valérie Karsenti

,

Nathalie Niel

,

Jacques Zabor

Molières 2005
Meilleur spectacle du théâtre privé
Meilleur comédien : Michel Bouquet

Le grand rendez-vous
A cheval sur une étoile
Notes de mise en scène

La presse
Extrait

Il y avait dans un pays imaginaire un vieux roi qui croyait tenir dans son poing un pouvoir éternel. Puis un jour, tout bascule dans l’anarchie et dans l’horreur. Le roi doit alors accepter l’inéluctable, le grand rendez-vous avec la mort. Mais va-t-il mourir ?

Haut de page

C’est ainsi que je m’imagine Ionesco ! Tous les êtres d’exception planent au-dessus de l’univers, leurs génies perdurent au-delà de leur temps de vie, ils le marquent d’une empreinte profonde.

L’actualité, si pressée de brasser le pire, oublie ceux qui feront la grandeur de leur siècle, à qui ils apportèrent une contribution essentielle à l’histoire de la littérature.

La nuit de l’oubli enfouit sans ses ténèbres l’éphémère du discours politique et les petitesses dérisoires qui forment le fretin du quotidien. Le poète, lui, renaît chaque fois qu’un homme puise dans les beautés que recèle sa pensée des raisons de s’enthousiasmer, de chasser l’espace d’une soirée ses peines, d’accéder à cette sorte de plénitude que procure le bonheur de la lecture ou de la représentation.

Nul mieux que Ionesco n’a évoqué avec tant de lucidité Dieu, la vieillesse, la maladie, la mort. Je le revois encore, notre si cher Eugène, dans son grand fauteuil, le corps inerte, comme l’ayant déjà déserté, mais le visage immense, mobile, serein, apaisé, qui se tournait vers moi, rassurant, ses lèvres me semblait-il susurrait : « ne vous en faites pas, ce n’est pas si grave de s’en aller ». Ses yeux reflétaient une ironie subtile, puis il s’exprima, il y avait dans sa voix quelque chose de musical, d’aérien. Pendant une heure environ, dont j’eusse aimé retenir chaque seconde, il fut éblouissant. Puis, il se sentit fatigué, sa tête roula doucement de part et d’autre de son fauteuil, je compris qu’il me fallait partir pour lui laisser reprendre sa lutte farouche pour tenter de percer les mystères de l’existence, mais aussi pour poursuivre un dialogue impossible face à Thanatos avec cette interrogation que se pose chacun d’entre nous : Dieu, pourquoi, moi ?

Son théâtre demeure, il a enrichi le répertoire dramatique, sa charge féroce des rois et des roturiers ne cessera jamais de nous éblouir. Ionesco ne se résume pas ainsi que certains le définissent comme le dramaturge du théâtre de l’absurde, tant les zoïles et les thuriféraires de son œuvre se trompent en le réduisant à cette petite dimension. L’absurdité s’est fondue dès les premiers âges dans les avatars de l’humanité : chaque jour nous la montre encore plus pugnace, monstrueuse, tentaculaire, ubuesque. A l’opposé, les comédies d’Ionesco exhalent une chaleur violente, une fraîcheur sans pareil, une joie ineffable, un humour insolite et dans chaque personnage qu’il a jeté sur la scène se cache un cœur anxieux, le sien, celui du rêveur impénitent, du créateur de tant de merveilles.

Pierre Franck

Haut de page

Plutôt souffrir que mourir
C’est la devise des hommes
La Fontaine

C’est une fable qu’Eugène Ionesco nous raconte avec Le Roi se Meurt. Il y avait bien dans un pays imaginaire un vieux Roi solitaire qui sentait dans sa poitrine battre un cœur qu’il croyait immortel. Il y avait dans un pays imaginaire un vieux Roi solitaire qui croyait tenir dans son poing un pouvoir éternel.

Puis un jour, alors qu’il était très vieux, alors qu’il était très jeune, tout bascula dans l’anarchie et dans l’horreur : le territoire se mit à rétrécir, à se rabougrir, les frontières à reculer ; la population se réduisit en une nuit à quelques vieillards, à quelques enfants goitreux, débiles mentaux, congénitaux. Tout s’effondra. Ce fut la fin du monde et la fin d’un long règne.

Cet univers qui se détruit, c’est la projection du mental d’un Roi qui se désagrège, entraînant tout dans son néant. Pour que la vie reprenne, il faut que le Roi passe, que le Roi meurt afin que tous puissent hurler ensemble à nouveau : « Vive le Roi ! » La Royauté, les Courtisans, l’Armée, le Peuple ne peuvent survivre et se régénérer qu’en abreuvant la nouvelle royauté de la mort de l’ancienne.

C’est donc à cette cérémonie, farce métaphysique du grand départ du Roi, que nous convie Ionesco. Il nous oblige à regarder de face ce qui nous fait si peur. Peu à peu, Béranger Ier va se détacher de tous les liens matériels qui le nouent à la vie ; il va se libérer de toutes les entraves de ce monde et pourra ainsi entreprendre le dernier voyage. Il a accepté l’inéluctable, le grand rendez-vous avec la mort - mais va-t-il mourir ?

Un jour que Michel Bouquet et moi lui rendions visite, Ionesco nous a affirmé qu’il ne savait pas si Béranger mourait, mais avec un sourire malicieux et tendre, il a ajouté ce qui est sûr, c’est qu’il disparaît. Oui, Béranger Ier disparaît et avec lui disparaissent un peu de nos inquiétudes, Ionesco nous fait rire de nous-même, de nos angoisses, voire de nos terreurs.

Georges Werler

Haut de page

" Jamais peut-être la pièce d'Eugène Ionesco, n'a paru aussi contemporaine. L'air du temps sans doute qui voit un pays scruter chaque sortie de son Président entre compassion et voyeurisme. On suit Michel Bouquet, plus grand que jamais, dans son combat désespéré avec en tête l'image d'un autre monarque. Et puis à mesure que Bérenger 1er se dépouille de ses attributs royaux et de ses illusions, on oublie l'actualité. Si le roi se meurt, c'est de notre mort, de ma mort qu'il parle. La salle devient silencieuse, grave, vraie. Ne ratez pour rien au monde cette pièce devenue un grand classique. Bouquet réinvente le rôle créé par Jacques Mauclair qui s'y est identifié avec quel talent, c'est tout dire. Il est très bien entouré notamment par Juliette Carré, la vieille reine qui l'aide à se dépouiller de ses dernières illusions (...). For-mi-da-ble ! " Gilles Costaz, Le Journal du Dimanche

Haut de page

LE GARDE, annonçant.
Sa Majesté, le roi Bérenger Ier. Vive le Roi !

Le Roi, d'un pas assez vif, manteau de pourpre couronne sur la tête, sceptre en main, traverse le plateau en entrant par la petite porte gauche et sort par la porte de droite au fond.

LE GARDE, annonçant.
Sa Majesté, la reine Marguerite, première épouse du Roi, suivie de Juliette, femme de ménage et infirmière de Leurs Majestés. Vive La Reine !

Marguerite, suivie de Juliette, entre par la porte à droite premier plan et sort par la grande porte.

LE GARDE, annonçant.
Sa Majesté, la reine Marie, seconde épouse du Roi, première dans son cœur, suivie de Juliette, femme de ménage et infirmière de Leurs Majestés. Vive la Reine !

La reine Marie, suivie de Juliette, entre par la grande porte à gauche et sort avec Juliette par la porte à droite premier plan. Marie semble plus attrayante et coquette que Marguerite. Elle porte la couronne et un manteau de pourpre. Elle a, en plus, des bijoux. Entre, par la porte du fond à gauche, le Médecin.

LE GARDE, annonçant.
Sa Sommité, monsieur le Médecin du Roi, chirurgien, bactériologique, bourreau et astrologue à la Cour.

(Le Médecin va jusqu'à milieu du plateau puis, comme s'il avait oublié quelque chose, retourne sur ses pas et sort par la même porte. Le Garde reste silencieux quelques moments. Il a l'air, fatigué. Il pose sa hallebarde contre le mur, souffle dans ses mains pour les réchauffer.)

Pourtant, c'est l'heure où il doit faire chaud. Chauffage, allume-toi. Rien à faire, ça ne marche pas. Chauffage, allume-toi. Le radiateur reste froid. Ce n'est pas ma faute. Il ne m'a dit qu'il me retirait la délégation du feu ! Officiellement, du moins. Avec eux, on ne sait jamais.

(Brusquement, il reprend son arme. La reine Marguerite fait de nouveau son apparition par la porte du fond à gauche. Elle a une couronne sur la tête, manteau de pourpre pas très frais. Elle a sans âge, elle a un air plutôt sévère. Elle s'arrête au milieu du plateau sur le devant. (Elle est suivie de Juliette.)

Vive la Reine !

MARGUERITE, à Juliette, regardant autour d'elle
Il y en de la poussière. Et des mégots par terre. 

JULIETTE
Je viens de l'étable pour traire la vache, Majesté. Elle n'a presque plus de lait. Je n'ai pas eu le temps de nettoyer le living-room.

MARGUERITE
Ceci n'est pas un living-room. C'est la salle du trône. Combien de fois dois-je te le dire ?

Haut de page

Pourraient aussi vous intéresser

Avis du public : Le Roi se meurt

0 Note

5 avis

1
2
3
4
5

Excellent


(0)

Très bon


(0)

Bon


(0)

Pas mal


(0)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire
Vous pouvez consulter notre politique de modération
UTILES + NOTES + NOTES - RÉCENTS ANCIENS
1
2
3
4
5
Par

Bastien D. (1 avis) 11 juin 2005

RE: RE: Le Roi se meurt en quoi connaitre la fin dès les 2 premières minutes est-ce ennuyeux? Cette fin, c'est la fin de chacun nous. Et depuis que l'on est en âge de comprendre, c-a-d dès les 2 premières minutes, on sait où l'on va: à la mort. Comme ds la pièce, la vie n'est que du remplissage vers cette issue inéluctable. "Tant que tu es là, elle n'y est pas. Quand elle sera là, tu n'y seras plus". Ionesco est un génie. Que l'on SE permette de critiquer que lorsqu'on s'est donné la peine au moins deux secondes de réfléchir... merci.
0
0
1
2
3
4
5
Par

Bob L. (1 avis) 29 janvier 2005

RE: Le Roi se meurt ben c'est pas terrible comme pièce!!! Ionesco il aurait mieux fait de rester peinard au lieu de nous écrire une pièce sans saveur, même pas drôle, et en plus on s'ennuie à la lire ou à la regarder!!! a+ les artistes Bob
0
0
1
2
3
4
5
Par

Henri D. (1 avis) 04 novembre 2004

RE: RE: Le Roi se meurt JE PARTAGE LES APPRECIATIONS DE VALERIE 2..JE VAIS ACHETER LE LIVRE POUR EMARGER CES PASSAGES MAGNIFIQUEMENT /INTERPRETES/ PAR JULIETTE CARRE..MICHEL BOUQUET...
0
0
1
2
3
4
5
Par

Valerie A. (1 avis) 23 octobre 2004

RE: Le Roi se meurt Beau compliment pour les fonctionnaires ! C'est en effet une pièce sans intrigue, qui ignore la fin après tout ? Ignorons nous que nous allons mourir ? Ce qui importe n'est pas la fin mais le chemin. Sur ce sujet qui pourrait paraitre difficile, Ionesco écrit un texte profond et drôle. La pièce est concise, les acteurs exellents : (Michel Bouquet, Juliette Carré, Valérie Karsenti et les autres), la mise en scène concentre notre attention sur l'essentiel.
0
0
1
2
3
4
5
Par

Sophie P. (1 avis) 15 octobre 2004

Le Roi se meurt Nous avons ici à faire à un théatre de fonctionnaires ! Le thème est intéressant et bien traité il aurait pu être excellent, mais l'auteur nous défleure le sujet dès les 2 premières minutes. La suite devient donc une sucession d'échanges convenus sur un thème qui a perdu son charme et des comédiens qui n'y croient pas plus que le public. Je suis allée voir la pièce enthousiaste de voir jouer Mr Bouquet, j'en suis ressortie ennuyée.
0
0

Spectacles consultés récemment