La grande beuverie

A la Folie Théâtre , Paris

Du 24 janvier au 30 mai 2019
Durée : 1 heure

CONTEMPORAIN

,

Comédie dramatique

Une enivrante soirée dans un univers onirique où la parole demeure le plus savoureux des breuvages.
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La grande beuverie

De

René Daumal

Mise en scène

Robin Rafoni

Avec

Florent Lumbroso

,

Charles Mathieu

Du fin fond de sa taverne, le narrateur relate le souvenir d'une soirée vertigineuse, foisonnante d'agitation, où d'exquises mélodies jouées par son comparse violoniste rythment les complaisances narcissiques des convives. Lorsque chacun est persuadé d'être le plus sagace de la bande, les chamailleries vont bon train, quelques bibelots prennent vie et entrent à leur tour dans la partie (à moins que notre imagination ne nous joue des tours ?). A terme, éthanol et érudition ne font plus qu'un, car leur union prouve que l'humanité est tout aussi hilarante qu'émouvante.

  • Mode d'emploi

En quatrième de couverture du roman La grande beuverie, René Daumal nous laisse comme message subliminal et néanmoins fondamental : « Alors que la philosophie enseigne comment l'homme prétend penser, la beuverie montre comment il pense. » Aventurons-nous plus avant, et rappelons l'étymologie du mot philosophie. " Philo "  : aimer, " Sophia "  : connaître. On ne peut donc connaître qu'en aimant.

Et quel moment est le plus favorable pour aimer connaître, qu'il s’agisse d'individus, d'idées, d'oeuvres d'art, et tout ce qui peut constituer la substance de l'existence humaine ? Lors d'une grande beuverie. Ne me demandez pas ce qu'est une beuverie car tout le monde sait qu'il s'agit d'une réunion où le triomphe de l'intellect s'entrechoque contre les grandes chopes de piquette. Donc, comme vous pouvez le constater grâce à cette brève introduction, ce monologue est à la fois vivifiant pour les zygomatiques et stimulant pour les méninges.

  • Le dessein du meteur en scène

Cet exercice est audacieux car le metteur en scène réalise avec le comédien un travail de jonglerie pour rendre le texte à la fois intelligible et sensible. Un flirt périlleux entre la gaudriole et la métaphysique. « C'est dans le silence que la clairvoyance nous saute aux yeux comme une évidence. » « Si vous saviez comme j'aimerais me taire, vous n'auriez pas si soif. »

C'était encore une de ces phrases à nous laisser tous perplexes pendant une heure, au cours de laquelle, à force de vins grecs et autres, nous l'oubliâmes. » Et c'est dans le rythme et les sonorités que la respiration commune se fait. Le metteur en scène fit un long travail de recherche sur les oeuvres de René Daumal et le mouvement du Grande Jeu, fondé en collaboration avec Roger Gilbert Lecomte, Roger Vailland et Robert Meyrat.

Car bien entendu, la Grande Beuverie parle entre autres de la déception éprouvée par ce mouvement d'une autre génération, malheureusement trop peu connu de nos jours. Le metteur en scène a fait le choix d'attribuer l'ensemble des personnages à un seul et même comédien qui, à travers cette odyssée fantasmagorique, bataille dans un long monologue avec toutes les entités qui peuplent l'oeuvre : il râle, s'énerve, s'attriste, passe par toute une palette d'émotions et se fracture lui-même pour laisser entrevoir à travers ses fissures le monde de ce roman, et le spectateur peut ainsi aimer et connaître, entendre le texte et se laisser imperceptiblement chambouler par cette oeuvre de René Daumal.

Selon le point de vue du metteur en scène et sa sensibilité à l'oeuvre, les répétitions privilégièrent la direction d'acteur au détriment de tout artifice, car le comédien prend possession de l'espace scénique pour immerger totalement le spectateur dans l'univers de cette oeuvre et, ainsi, créer une communication directe avec le public.

Pour cette per-formance, le résultat de ce travail est une transmission indicible du propos de Daumal car, tel un puzzle, ce fatras de mots restitue la diffi-culté qu'éprouve chacun à se faire comprendre par le biais de cet outil primordial du langage : « Encore mieux quand les paroles com-mencent à évoquer des images, c'est-à-dire à sculpter la gadoue psycho-physique du sac bipède avec des mouvements divers parmi les esprits animaux, mais je ne peux pas tout vous expliquer à la fois. »

Ce spectacle rend hommage à l'oeuvre de René Daumal en la recontexctualisant dans l'ère actuelle. L'accent est mis sur l'humour et l'empathie pour le personnage principal, cet anti-héros clownesque, mais néanmoins sublime. Le spectateur se laissera avec délectation imbiber par la plume de ce brillant auteur grâce au comédien, emporter par les nombreuses mélodies bouleversantes interprétées par le violoniste, pour un spectacle accessible à tous et savamment orchestré par un metteur en scène passionné. C'est très bien, et ça vaut le coup.

  • Le langage du comédien

Incarner ! Il faut que le comédien incarne : mettre sa chair au service de l'oeuvre. Il doit se servir de ses émotions pour servir l'émotion. Il interprète un personnage central qui traverse les évènements et les restitue de manière corporelle et vocale. Ce personnage central, René Daumal lui-même, prend à certains moments une dimension clownesque car dans cette trajectoire dramatique, il ne fait que prendre gadin sur gadin sans manquer, inlassablement, de se relever jusqu'à la lie de cette grande beuverie.

Mais le comédien se retrouve également à interpréter les autres personnages. Serait-il réellement schizophrène ? Non. C'est, dans la mesure du possible, un banal être humain comme vous et moi. Mais comment fait-il, alors ? Il s'est nourri des indications du metteur en scène, a bu ses paroles pour finalement donner vie à chaque personnage, par des attributs archétypaux tels que le phrasé, la posture, la démarche, et toutes sortes de particularités qui rendent un personnage crédible et le caractérisent dans sa personnalité.

Le comédien a donc pour rôle d'être l'intelligence sensible du spectacle : incarner la chair. Comme dit le proverbe, il faut partir de soi pour partir de soi, n'est-ce pas ?

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Avis du public : La grande beuverie

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Canard M. (1 avis) 09 février 2019

Un vent nouveau souffle sur le théâtre . Que dire... J'habite dans le 11e arrondissement , je connais cette salle de théâtre depuis quelques années et je m'attendais pas du tout à voir ce que j'allais voir... Quelle prouesse de l'acteur et du musicien , ce spectacle est vertigineux . je vous conseille vivement d'aller voir cette merveille !
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BLAISE JEAN MARC ROMEAS R. (1 avis) 04 février 2019

Entre clown, philosophie et poésie, un voyage onirique et lucide Pour ceux qui ne connaissent pas René Daumal, il s'agit d'un des plus grands poètes, romanciers, penseurs, du 20ème siècle, dont la fantaisie n'a d'égale que l'érudition et la lucidité. "La grande beuverie" est une critique tendrement ironique de la France des années 20, qui garde toute son actualité. Tout y est examiné au microscope de l'humour : la religion, la politique, les arts, la pyschanalyse, etc. Comment se frayer un chemin humain dans un monde si burlesque où tout semble factice ? La grande réussite de cette mise en scène, c'est d'avoir à la fois su concilier l'humour (on rit beaucoup) avec le sérieux d'une réflexion philosophique essentielle pour notre époque. Les trois compères (Robin, Florent et Charles, tous trois cherchant par l'art à réinventer la vie et le monde, y mettent toute la folie de leur sagesse, et réciproquement. L'ensemble est enlevé, plein de verve, plein de vie, et quand le spectacle se termine, on s'aperçoit qu'on a beaucoup réfléchi, beaucoup appris, sans s'ennuyer une seconde, et que le Clown qui nous a diverti pendant plus d'une heure, est aussi un éminent professeur... de vie !
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Julien J. (1 avis) 25 janvier 2019

C'est génial !!! Je ne suis pas un grand fan de théâtre mais je n'ai pas regretté ma soirée. Scotché par les acteurs. Excellente soirée.
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Denis G. (1 avis) 24 janvier 2019

Si jubilatoire est un mot qui a du sens pour vous J’ai déjà eu l’occasion d’apprécier une première fois la performance de ces deux acteurs et je m’apprête à retourner les voir pour trois raisons. D’abord parce que tout ce qui fait connaitre René Daumal est à prendre. Il est un grand poète, son « mont analogue » est un bijou où tout ce qui est à lire entre les lignes. Sa « grande beuverie » vaut pour toutes les époques, donc aussi pour la nôtre. Ensuite, parce que l’air de rien, c’est un exploit que de mettre en scène une sorte de monologue. Pas simple de figurer des émotions, de créer une ondulation qui accompagne les mots. Ils ne jouent pas le texte. Ils l’habitent de l’intérieur. Enfin, parce que les acteurs refusent la facilité. Ils choisissent un texte moins connu, très puissant, qui, quand il est proféré, produit le même effet que si la télé passait du noir et blanc à la couleur. Les mots ricochent dans notre mémoire et ces ricochets produit l’effet de jubilation qui était dans l’intention de l’auteur. Allez-y par amour des mots. Allez-y parce que c’est jubilatoire.
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