La Grande et fabuleuse histoire du commerce

Bouffes du Nord , Paris

Du 09 octobre au 16 novembre 2013
Durée : 1h20

CONTEMPORAIN

,

Coups de coeur

Avec cette pièce nourrie d’entretiens auprès de vrais représentants de commerce, Joël Pommerat interroge l’ambiguïté du métier de vendeur, entre authenticité et manipulation, naïveté et cynisme. Il joue sur la confusion entre la vente et le service rendu, entre le progrès, l’aliénation et le besoin. Un théâtre de réflexion, qui saisit par sa beauté, son sens, et émeut profondément.
Continuer la lecture

Spectacle terminé depuis le 16 novembre 2013

 

Photos & vidéos

La Grande et fabuleuse histoire du commerce

De

Joël Pommerat

Mise en scène

Joël Pommerat

Avec

Patrick Bébi

,

Hervé Blanc

,

Eric Forterre

,

Ludovic Molière

,

Jean-Claude Perrin

La pièce
La presse
Note d'intention
Entretien

  • Comédie documentaire

Comédie documentaire, fresque humaine et sociale... Deux histoires. Deux époques. Années 60. Années 2000.

Vendre à tout prix. N’importe quoi, coûte que coûte. Voici la mission de ces cinq hommes qui se retrouvent chaque soir dans une chambre d'hôtel pour faire le bilan d'une journée laborieuse de porte-à-porte, de vente à tout prix. Ils parlent chiffres, stratégie, marché, motivation, potentiel… Vantent leur métier, le plus beau du monde, se gargarisent de formation à l’américaine. C'est la technique qui compte, pas le produit : celle qui fait ouvrir les portes puis le portefeuille.

Avec cette pièce nourrie d’entretiens auprès de vrais représentants de commerce, Joël Pommerat interroge l’ambiguïté du métier de vendeur, entre authenticité et manipulation, naïveté et cynisme. Il joue sur la confusion entre la vente et le service rendu, entre le progrès, l’aliénation et le besoin. Une nouvelle fois, Joël Pommerat transforme le réel le plus banal en un matériau onirique pour mieux nous faire comprendre la réalité. Un théâtre de réflexion, qui saisit par sa beauté, son sens, et émeut profondément.

  • La presse

« Il transfigure le réel le plus prosaïque en un matériau onirique pour mieux nous faire comprendre la réalité. Un théâtre de réflexion, qui saisit par sa beauté, son sens, et émeut profondément. » Armelle Héliot, le figaro, 29 décembre 2011

« Pommerat suggère plutôt qu’il ne dénonce, indique plutôt qu’il ne théorise, en phénoménologue plutôt qu’en moraliste. Il montre la barbarie contemporaine sans jamais se départir d’un humanisme foncier, et d’une empathie qui rend les winners aussi pitoyables que les losers… » Catherine Robert, La Terrasse, 23 novembre 2012

  • Note d'intention

Ce qui est passionnant et vertigineux dans le métier de vendeur c’est que le meilleur des savoir-faire, la meilleure des techniques, pour celui qui l’exerce, c’est l’authenticité. Dans ce métier la meilleure façon de mentir c’est d’être sincère. Ainsi le bon vendeur doit faire avec ce qu’il y a de meilleur en lui : avec sa vérité, avec ce qu’il « est ». On pourrait même dire que sa meilleure « technique » c’est de parvenir à être « lui-même » (contradictoire et même absurde : personne ne sait exactement ce que « être soi-même » veut dire).

Mais si le vendeur doit plus ou moins abuser l’autre, il doit sans doute avant tout se tromper lui-même, pour « construire » cette fameuse authenticité qui est son meilleur atout. Pour être un vendeur vraiment efficace il faut forcément y croire. Dans ce métier fondé sur la relation aux autres, s’il y a une technique c’est celle de réussir à être sincère ou « vrai » avec les autres, tout en étant plus ou moins « faux ». Réussir à « fabriquer » de l’authentique.

Ce paradoxe que connaît l’acteur, devient chez le vendeur une malédiction, car à la différence de l’acteur qui peut repérer aisément les limites entre « scène » et « vie réelle », le vendeur peut se perdre comme dans un labyrinthe. Les frontières peuvent s’effacer peu à peu, en lui et à l’extérieur.

Un jour le vendeur oubliera de retirer son masque après la représentation. Son masque devient peau. Sa pensée aura épousé les nécessités et la logique de son activité de séduction et de conviction.

Impossible de distinguer en lui même et à l’extérieur les limites de l’artifice et du vrai. Sa relation à autrui se sera désagrégée en même temps que tout possibilité de confiance dans les autres. Confiance : un mot qui aura perdu tout sens, et toute valeur.

Joël Pommerat

  • Entretien avec Joël Pommerat

Pouvez-vous nous dire un mot à propos de la genèse de cette pièce, créée en 2011 et présentée à Paris seulement 2 ans plus tard ?
Ce projet a une histoire un peu singulière. Il est né d’une invitation de Thierry Roisin, dans le cadre de la manifestation « 2011 Béthune capitale régionale de la culture ». La commande était de réaliser un projet de forme modeste à Béthune, un projet qui s’inscrive dans la région. J’ai un peu hésité parce que nous avions déjà énormément de grands projets qui devaient voir le jour en 2011 (Pinocchio recréé à Moscou, Ma chambre froide, l’opéra Thank to my eyes, Cendrillon). Et je n’aime pas beaucoup fonctionner selon le principe de la commande. Mais le CDN de Béthune et Thierry Roisin venaient in extremis de nous permettre de sauver la production du spectacle Cercles/Fictions avec un apport financier important, je n’ai pas voulu les décevoir et je me suis donc lancé. Avec angoisse, étant donné le peu de temps dont je disposais et les moyens modestes de la production. Cela impliquait de modifier notre processus habituel de travail. J’ai pris cela comme une expérience et j’ai essayé d’organiser mon temps au mieux. J’ai envisagé ce spectacle comme une réflexion sur des questions très précises qui me passionnent et que je n’aurais pas menées sans cette opportunité. Travailler aussi dans un style d’écriture différent des autres travaux en cours. Une façon de mener à la fois une recherche artistique et une réflexion qu’on pourrait qualifier de sociale voire politique. Ce projet se situe finalement à cheval entre la fiction et le document. C’est un projet que j’apparenterai à un de nos spectacles précédents Cet enfant même si la forme n’est pas absolument identique. Au départ nous n’envisagions pas de le tourner ni même de le jouer à Paris et puis les choses ont évolué. Une tournée s’est mise en place et la question de venir à Paris s’est posée finalement.

J’avais envisagé de venir au Théâtre Paris Villette qui me semblait parfaitement adapté à ce projet, mais les difficultés qu’a connues ce théâtre m’ont contraint à changer de plan. Le Théâtre des Bouffes du Nord, Olivier Mantéi et Olivier Poubelle avec qui nous avons d’autres projets ont bien voulu nous accueillir un peu en urgence et je les en remercie.

Vous avez parlé d’étude, de réflexion sociale et politique, et d’opportunité avec cette pièce de développer certaines réflexions qui vous tiennent à coeur, pourriez-vous approfondir ?
Nous vivons dans un monde et dans un système de société dont la remise en cause est rendue extrêmement complexe. Il est facile de ressentir l’impression que tout a déjà été dit. Nous ne savons plus comment formuler des critiques sans tomber dans les pièges du lieu commun, de la redite, voire de la naïveté bien pensante.

Les grandes difficultés semblent provenir du système lui-même dans lequel nous vivons, qui a une grande faculté de récupération à son avantage de toutes critiques, et aussi du fait que nous sommes devenus individuellement plus ou moins partie prenante de ce système.

Depuis des années, je cherche comment me situer par rapport à ce qu’on pourrait nommer la question politique au théâtre, ou plus simplement un commentaire ou une critique du monde dans lequel nous vivons. C’est très compliqué. Mais je n’accepte pas l’idée du renoncement et pourtant je vois assez mal de solution évidente.

Il me semble que nous devons décrire et mettre en scène des faits tangibles mais aussi pour mieux comprendre l’origine des ces faits, leurs causes et leurs effets, il faut interroger les manières de penser, de concevoir, interroger les croyances et les « visions du monde » qui sont à la source des agissements humains. C’est pourquoi on peut dire que les questions politiques ont pour base des questions imaginaires. C’est pour cela que dans mes spectacles je cherche à mettre en scène le lien entre les actions et les représentations, « conceptions », « visions », « appréhensions » que l’humain a de lui-même et des autres. Je cherche à faire le lien entre l’imaginaire et la réalité visible. J’ai l’impression que toutes mes pièces tentent de faire ce lien là depuis Au monde, voire peut-être même avant.

Avec ce projet je voulais évoquer une nouvelle fois le système de consommation dans lequel nous vivons. Système évidemment repéré et dont la critique est en cours depuis des décennies. Système de société dont les autres fondements sont l’économie, la croissance économique et le commerce. Cette société « commerçante » ou « commerciale » dans laquelle je suis né et qui est mon milieu naturel, ma culture, je ne parviens pas à m’y habituer totalement. Et à l’accepter.

Je voulais avec ce spectacle et à travers des hommes qui sont des rouages ou des serviteurs de ce système rendre compte de l’idéologie derrière les actes. Je voulais me rapprocher de ces personnages pour les entendre parler de leur activité, les entendre justifier ce qu’ils font et ce qu’ils sont devenus, décrypter la logique mentale dans laquelle ils se trouvent. Faire entendre leurs raisonnements, leurs pensées au coeur de leur métier de vendeur, d’ouvriers du commerce. J’ai donc opté pour un théâtre de reconstitution. Avec le moins de jugement négatif a priori. J’ai cherché à m’imprégner le plus possible de modèles réels et de travaux de sociologues sur le sujet. Je voulais également montrer les relations qu’entretenaient ces personnages. Je voulais montrer comment ils sont acteurs partie prenante et victime du système dans lequel ils évoluent. J’ai choisi de représenter deux groupes à deux périodes historiques éloignées de trente ans pour montrer également comment le système avait évolué, s’était transmuté, devenant plus sensible et humain en apparence dans la période moderne mais encore plus violent en réalité et déshumanisant.

Bien sûr en partant de ces hommes je voulais cerner un imaginaire qui n’est pas propre à une seule catégorie professionnelle, cerner des façons de penser et des relations entre individus emblématiques de l’ensemble de notre société. Une société imprégnée de logique commerciale et commerçante, dans laquelle vendre et acheter sont aussi naturels que marcher, manger, respirer...

Pouvez-vous parler de la façon spécifique que vous avez eu de travailler sur ce projet, et de ce travail que vous appelez reconstitution ?
Dans ces quelques dix-huit mois où je devais écrire et mettre en scène quatre spectacles et en recréer un autre à l’étranger, je disposais en tout de deux mois et demi pour préparer, écrire et réaliser ce spectacle. Je me suis entouré d’une équipe de comédiens avec qui j’avais déjà beaucoup travaillé et de mes collaborateurs habituels.

Nous avons commencé par nous immerger dans le métier de vendeurs à domicile. Nous avons suivi deux stages dirigés par deux professionnels formateurs, l’un plus jeune et plus moderne que l’autre. Nous en avons rencontré un troisième avec qui nous avons également fait des simulations et improvisations mettant l’accent sur les questions psychologiques. Nous nous sommes donc formés aux techniques et aux logiques de ce métier.

Puis, quelques temps plus tard, nous nous sommes mis à répéter au plateau tous les sept, les cinq comédiens, mon assistant Philippe Carbonneaux et moi. En résidence à Châteauvallon au mois d’août. Nous avons défini le principe scénographique de ce spectacle, ces chambres d’hôtels « tournantes » comme seul lieu de décor. Nous avons improvisé pendant trois semaines. Cherchant davantage à reconstituer qu’à imaginer. Nous nous sommes inspirés particulièrement d’un film documentaire Salesman (Vendeur de bibles) des frères Mayles qui montre des vendeurs de bibles à domicile aux Etats-Unis dans les années 1960. Et nous avons lu et joué plusieurs retranscriptions de ventes à domicile tirées d’une thèse intitulée « La vente à domicile : stratégies discursives en interaction » de Marie-Cécile Lorenzo-Basson. A la suite de ces improvisations/ reconstitutions, j’ai essayé d’élaborer une trame fictionnelle, d’inventer des personnages, sans trahir le plan documentaire que je voulais préserver, et cette phase d’observation du réel, dont j’avais envie de rendre compte.

Nous avions également mené des entretiens avec des vendeurs en activité ou à la retraite, mais ce matériau s’est finalement révélé décevant et nous a peu servi.

J’ai écrit pendant les creux des tournées de Cendrillon que nous venions de créer et nous avons ensuite répété six semaines à Béthune. La dernière scène de la pièce a été transmise aux acteurs quelques jours avant la première, mi décembre 2011.

C’était dans l’ensemble un processus très fragile et assez stressant mais nous avons pris quand même beaucoup de plaisir dans cette expérience de création très particulière.

Entretien réalisé pour le Théâtre des Bouffes du Nord

Pourraient aussi vous intéresser

Avis du public : La Grande et fabuleuse histoire du commerce

0 Note

1 avis

1
2
3
4
5

Excellent


(0)

Très bon


(0)

Bon


(0)

Pas mal


(0)

Peut mieux faire


(0)
Donnez votre avis
Excellent
Très bon
Bon
Pas mal
Peut mieux faire
Vous pouvez consulter notre politique de modération
UTILES + NOTES + NOTES - RÉCENTS ANCIENS
1
2
3
4
5
Par

Nelly (7 avis) 28 octobre 2013

Une création assez intélligente. Une mise en scène géniale. Joël Pommerat et son équipe ont fait un très bien travail!
0
0

Spectacles consultés récemment